Syrie : manifestations aujourd’hui sous le slogan « La zone tampon nous protège » 02.12.11

Publié le par printempsdespeuples44

 L’affiche de ce vendredi 2 décembre telle que publiée sur le site Facebook de The Syrian Revolution 2011 explique très clairement la nouvelle revendication du peuple syrien : « Nous voulons une zone tampon ».

   

Le Conseil national syrien (CNS), qui regroupe une bonne partie de l'opposition, et l'Armée syrienne libre (ASL), formée de soldats déserteurs syriens, se sont engagés à coordonner leurs efforts lors d'une première rencontre qu'ils ont eu en Turquie, a indiqué jeudi un responsable du CNS.
Ce contact s'est déroulé lundi dans la province turque de Hatay (sud), frontalière avec la Syrie, et les deux parties ont convenu que "le devoir de l'Armée syrienne libre est de protéger le peuple et de ne pas attaquer" le régime syrien, a dit Khalid Hodja.
"Nous sommes tombés d'accord pour que le Conseil et l'armée soient en coordination", a dit ce responsable, membre du comité des relations étrangères du CNS.
Riad Al-Assaad, un colonel de l'armée syrienne qui commande l'ASL depuis la Turquie, où il s'est réfugié, s'est entretenu avec six membres du CNS, dont Burhan Ghalioun, son chef et figure historique de l'opposition syrienne.
L'officier syrien s'est engagé à respecter "le discours politique" du Conseil, a ajouté M. Hodja.
"Le Conseil a ainsi reconnu l'ASL comme une réalité et l'armée (ASL) a reconnu le CNS comme le représentant politique" de l'opposition syrienne, a souligné M. Hodja.
La Turquie accueille environ 7500 opposants syriens qui ont fui le conflit dans leur pays dans des camps de toile à Hatay.
Ankara, qui a rompu avec la Syrie, son ex-alliée, et a annoncé mercredi une panoplie de sanctions économiques à son encontre, a pris ses distances avec le mouvement armé syrien mais s'est en revanche présenté comme un sanctuaire pour le CNS, réunissant tous les courants politiques opposés au régime de Bachar al-Assad, rencontrant ses dirigeants.
Les ministres européens des Affaires étrangères ont de leur côté décidé jeudi de durcir leurs sanctions économiques contre la Syrie, en ciblant les secteurs de la finance, du pétrole et du gaz notamment, ont indiqué des sources diplomatiques.
Il s'agit du dixième train de sanctions de l'Union européenne qui a décidé cette fois-ci d'ajouter onze nouvelles sociétés, et douze personnes à ses listes de gels d'avoirs et d'interdictions de visa.

L’ONU reconnaît « au moins 4 000 morts »
Sur le terrain, 27 civils ont été tués hier par les tirs des forces de sécurité et dans des bombardements dans les régions de Hama et Homs, a rapporté l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) et des comités de militants cités par la chaîne de télévision al-Arabiya. Les forces de sécurité ont mené également des perquisitions dans la province de Deraa, où 28 personnes ont été arrêtées, a indiqué l’OSDH. À Harasta, près de Damas, 10 jeunes ont été arrêtés dans les perquisitions, selon la même source. En outre, selon le Centre syrien pour les études juridiques, l’avocat et militant des droits de l’homme Fahd al-Moussa a été arrêté lundi pour ses activités en faveur du mouvement de contestation pacifique. Par ailleurs, les militants prodémocratie ont appelé hier à une journée de grève générale à travers la Syrie, dédiée aux « martyrs » tombés dans la répression du mouvement de contestation. Le dernier bilan des victimes depuis le début de la répression est d’au moins 4 000 morts, a annoncé la haut-commissaire des Nations unies aux Droits de l’homme, Navi Pillay, estimant que le pays se trouve « au bord de la guerre civile ».

 

Des prisonniers tout juste libérés d'un centre de détention à Damas, sur cette photo diffusée par l'agence de presse officielle syrienne, SANA, le 30 novembre dernier. HO/AFP

 

233 témoins ont raconté les horreurs de la répression syrienne aux enquêteurs de la commission internationale mandatée par le Conseil des droits de l'homme. Extraits.

 

Meurtres, viols, torture… Lundi dernier, la commission internationale d'enquête mandatée par le Conseil des droits de l'Homme de l'ONU a rendu un rapport accablant pour la Syrie. Au terme de ce rapport de 39 pages, la commission d’enquête conclut que les autorités syriennes ont commis des « crimes contre l’humanité » dans leur répression des manifestations contre le régime du président Bachar el-Assad, lancées en mars dernier.

Pour rédiger leur rapport, les enquêteurs de la commission – le Brésilien Sergio Pinheiro, expert en droits de l'Homme, la Turque Yakin Ertürk, spécialiste de la violence faite aux femmes, et l’Américaine Karen Abou Zayd, spécialiste des questions humanitaires et des réfugiés - se sont basés sur les témoignages de 233 victimes de la répression, dont des soldats qui ont fait défection de l’armée syrienne. Les enquêteurs précisent qu’ils n’ont pas pu se rendre eux-mêmes sur le terrain, faute de permission des autorités syriennes.

 

« Tirer pour tuer »

 

Dans leur témoignage, des déserteurs de l’armée révèlent aux enquêteurs les méthodes utilisées par les forces de l’ordre pour réprimer les manifestants pro-démocratie. Selon eux, les opérations sur le terrain sont conjointement menées par l’armée, les forces sécuritaires ainsi que les milices, plus connues sous le nom de chabbiha. Les ordres étaient clairs : « tirer pour tuer »

 

« Notre commandant en chef nous avait dit qu’il y avait des bandes de terroristes armés qui attaquaient des civils et qui mettaient le feu aux institutions gouvernementales, raconte un déserteur. Ce jour-là, nous nous sommes rendus à Telbissé. Nous n’avons vu aucun groupe armé. Les manifestants lançaient des appels à la liberté, ils portaient des branches d'olivier et marchaient avec leurs enfants. Nous avions l'ordre de les disperser ou de les éliminer, y compris les enfants. Les ordres étaient de tirer, d’abord en l’air, et de viser la foule ensuite. Nous avons ouvert le feu, j’étais présent. Plusieurs personnes, tuées ou blessées, gisaient par terre ».

 

Toujours selon les témoignages, les soldats qui refusaient de tirer sur les manifestants, ou ceux suspectés de sympathiser avec ces derniers, étaient soit tués, soit détenus et torturés.

 

 

« Les francs-tireurs étaient partout »

 

Le rapport évoque également le rôle joué par des francs-tireurs « postés sur les toits des hôpitaux et des immeubles », notamment à Deraa, Lattaquié, Hama, Jisr al-Choughour et Homs. « Ils avaient l’ordre de tirer sur les meneurs des manifestations, ainsi que sur toute personne tenant une caméra ou un téléphone portable ». « Ceux qui essayaient de secourir les blessés ou de ramasser les corps des victimes étaient aussi visés par les tirs des francs-tireurs », indique le rapport.

« Les francs-tireurs étaient partout, toute personne qui bougeait était visée », assure, sous couvert d’anonymat, un avocat présent à Deraa en avril dernier. Deux de ses cousins sont morts de cette manière.

 

Barrages et listes noires

 

Selon les témoignages de déserteurs, des barrages étaient érigés tous les vendredis pour empêcher les gens de manifester. Un soldat contrôlant un barrage à Deraa affirme aux enquêteurs avoir reçu l’ordre « de fouiller tout le monde et de tirer sur tout manifestant qui tenterait de passer ». Il révèle par ailleurs l’existence de « listes noires » comportant les noms des personnes recherchées par les autorités.

Les enquêteurs rapportent également des rafles de grande ampleur, notamment à Banias, le 7 mai dernier, avec 500 arrestations en une journée, et à Jisr al-Choughour, une semaine plus tard, avec plus de 400 arrestations en une journée.

Emprisonnés dans des écoles, dans des stades, ou même dans des hôpitaux, les détenus sont souvent privés de nourriture et de toute assistance médicale.

 

« Ton fils, oublie-le »

 

Des cas de disparitions forcées sont également cités dans le rapport. Les enquêteurs reconnaissent ne pas être en mesure d’évaluer l’ampleur du phénomène, mais estiment que le nombre de personnes « disparues » s’élèverait à plusieurs milliers.

Un témoin, dont le beau-frère a disparu en septembre dernier à Deraa, affirme ne plus avoir eu de ses nouvelles depuis. « Mon oncle et ma tante sont partis à sa recherche à Damas et à Deraa, mais ils n’ont rien trouvé, affirme-t-il. Les autorités ont refusé de leur donner la moindre information. Au cours d’une conversation téléphonique avec un agent de la sécurité, mon oncle s’est vu dire: +ton fils, oublie-le+ ».

 

 

Enfants torturés à mort

 

En matière de répression, les forces de sécurité syriennes n’ont pas épargné les enfants, souligne le rapport. Des enfants qui auraient subi des tortures psychologiques, physiques, mais aussi sexuelles. « Des sources fiables indiquent que 256 enfants ont été tués par les forces de l’Etat jusqu'au 9 novembre », rapporte la commission, qui souligne avoir parlé à plusieurs enfants ayant été témoins de l’assassinat d’adultes ou d’autres enfants.

Un ancien soldat a déclaré aux enquêteurs avoir déserté après avoir vu une fillette de deux ans se faire abattre à Lattaquié le 13 août dernier par un officier ayant déclaré ne pas vouloir lui laisser la possibilité de grandir et de devenir une contestataire.

D’anciens détenus ont souligné la présence d’enfants, qui parfois n’avaient pas 10 ans, dans les centres de détention attachés à différents services de renseignements, à Damas, Tartous, Lattaquié et Edlib. « Les détenus avaient les pieds et les mains menottés. Ils étaient sauvagement battus, y compris des enfants de 10 ans. La peur étant trop forte, certains enfants urinaient pendant qu’ils étaient battus ». Le rapport cite deux cas « d’enfants torturés à mort », Thamir Al Sharee, 14 ans, et Hamza Al Khateeb, 13 ans de la ville de Deraa.

Des témoignages indiquent également, souligne le rapport, que des enfants ont été soumis à des tortures sexuelles dans des centres de détention devant des adultes.

 

Violences sexuelles

 

Selon plusieurs témoins, les détenus ont été soumis à des tortures sexuelles. D’anciens détenus ont rapporté que les prisonniers étaient battus ou brûlés au niveau des organes génitaux, contraints à pratiquer des fellations, sujets à des électrochocs dans des centres de détention. Plusieurs anciens détenus ont rapporté des cas de viols avec des bâtons. Les enfants n’y ont pas échappé.

Un homme dit avoir été témoin du viol d’un jeune de 15 ans devant son père. Un homme de 40 ans, poursuit le rapport, a déclaré avoir vu un enfant de 11 ans se faire violer par trois officiers des forces de sécurité. Cet homme a déclaré : « Je n’ai jamais eu aussi peur de ma vie. Ensuite, ils se sont tournés vers moi et ont dit : tu es le suivant ». L’homme, souligne le rapport, n’a pas pu poursuivre son témoignage.

 

Les soldats qui ont fait défection ont également rapporté que des femmes ont été victimes de viol, mais la commission d’enquête a précisé ne pas avoir reçu assez d’éléments de preuve en ce sens.

 

Le rapport accablant de la commission doit être examiné aujourd’hui lors d’une session extraordinaire du Conseil des droits de l'homme de l'ONU, à la demande l’Union européenne. Pour Catherine Ashton chef de la diplomatie de l’Union européenne, « la situation des droits de l'homme en Syrie est grave et demande une réponse urgente ».

 

La France prend des mesures pour protéger des opposants syriens sur son territoire

 

Les autorités françaises assurent la protection de membres de l'opposition syrienne en France, notamment le dirigeant du CNS Burhan Ghalioun, sur qui pèsent des "menaces", a déclaré vendredi le ministre français de l'Intérieur, Claude Guéant.

"Même si les menaces ne sont pas exprimées, nous savons que l'Etat syrien est violent, qu'il n'hésite pas à recourir à la menace", a déclaré M. Guéant à des journalistes.

"Un certain nombres de menaces se sont faites jour concernant les ressortissants syriens, notamment des opposants qui vivent dans notre pays. Des mesures ont été prises pour assurer la protection de ces ressortissants", a ajouté le ministre de l'Intérieur en référence aux membres du Conseil national syrien (CNS), qui regroupe la plus grande partie des courants d'opposition en Syrie, dont des figures clés vivent à Paris.

 La porte-parole du CNS, Bassma Kodmani, a confirmé à l'AFP que Burhan Ghalioun disposait de gardes du corps depuis "trois mois" et qu'elle-même était protégée "depuis six semaines".

 Début octobre, la France et la Suède avaient adressé une mise en garde au régime de Damas, accusé par Amnesty International d'actes de violences, de harcèlement et d'intimidation contre des opposants en Europe et en Amérique, qui seraient commis par des membres d'ambassades syriennes.

Amnesty International citait les cas de plus de 30 militants au Canada, au Chili, en France, en Allemagne, en Espagne, en Suède, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis "qui ont été l'objet d'intimidations de la part d'officiels dans les ambassades" de ces pays. Amnesty affirme également que les proches en Syrie de ces militants ont été "harcelés, arrêtés et parfois torturés".

 Face à ces intimidations d'opposants syriens sur son territoire, la Suède a déjà expulsé des diplomates syriens. Paris avait mis en garde la Syrie contre tout acte violent ou d'intimidation.

 

 

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