Des manifestants anti-Assad à Kfarnabel. Handout/

 

Le Conseil national syrien (CNS), principale instance de l'opposition syrienne, a demandé mercredi à la communauté internationale la création de "zones de protection" en Syrie et appelé la Russie à convaincre Damas d'autoriser le passage de convois humanitaires

 

Les appels se sont faits très pressants hier, notamment du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), pour l’acheminement au plus vite d’une aide humanitaire en Syrie.   « La situation actuelle exige qu’une décision soit prise immédiatement pour qu’une pause humanitaire puisse être instaurée dans les combats », a déclaré Jakob Kellenberger, président du CICR, cité dans un communiqué. « À Homs et dans d’autres zones touchées, des familles entières sont bloquées chez elles depuis des jours, sans pouvoir sortir acheter du pain, d’autres vivres, de l’eau, ou accéder à des soins médicaux », a-t-il ajouté. Il a en outre réclamé des autorités syriennes et des autres parties prenantes à la violence d’observer « des pauses quotidiennes d’au moins deux heures » afin de permettre l’acheminement rapide des secours humanitaires. Washington et le chef de l’Armée syrienne libre (ASL), formée de militaires dissidents, le colonel Riad el-Assaad, ont accueilli favorablement cette initiative. Les autorités syriennes n’avaient, elles, pas encore réagi en soirée. De plus, le département d’État américain s’est dit hier plutôt opposé à l’idée d’armer l’opposition au régime du président syrien Bachar el-Assad, sans toutefois rejeter totalement cette hypothèse.

 

La secrétaire générale adjointe de l’ONU aux Affaires humanitaires, Valérie Amos, a également exhorté « toutes les parties à résister à la violence, à reconnaître l’importance de la protection des civils et à accorder un accès sans entrave aux organisations humanitaires afin que nous puissions aider ces gens qui en ont un besoin désespéré ». Pour sa part, le Conseil national syrien (CNS), principale instance de l’opposition syrienne, a appelé la communauté internationale à obtenir la levée du « siège » de Homs et acheminer une aide humanitaire.

Sur le terrain, trente-trois civils ont été tués hier dans une vaste opération militaire contre Abdita, une localité de la province rebelle d’Idleb, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), qui a indiqué la mort de deux autres personnes dans la région. Dans la ville de Homs, baptisée « capitale de la révolution », seize personnes ont péri dans le bombardement intensif du quartier rebelle de Baba Amr, pilonné depuis 18 jours, a indiqué cette ONG basée à Londres. « Nous n’avons ni électricité ni mazout. Les gens ont très peur qu’il y ait un assaut. La situation est pire que quiconque puisse imaginer. Il n’y a même plus de farine. Le blocus est total », a indiqué Omar Chaker, un militant qui se trouve dans le quartier. Cinq civils ont également été abattus par des tirs des forces de sécurité, notamment à la mitrailleuse lourde, dans la ville de Qousseir dans la province de Homs, selon l’OSDH. Par ailleurs, un convoi de 56 chars et véhicules de transport de troupes a été vu se dirigeant vers Homs, selon l’OSDH, faisant craindre aux militants un assaut final à brève échéance.

 

À Alep, deuxième ville du pays, un homme d’affaires a été assassiné, mais les autorités et les opposants se rejettent la responsabilité de ce meurtre. Selon l’agence officielle SANA, Mahmoud Ramadan, 43 ans, qui dirigeait une compagnie hôtelière, a été abattu devant chez lui par des « groupes armés ». Mais l’opposition a accusé le régime d’être à l’initiative de ce meurtre, car il s’agit du frère d’Ahmad Ramadan, membre du bureau exécutif du CNS. Selon des sites d’opposition, la famille avait reçu des menaces pour faire pression sur Ahmad Ramadan afin qu’il renonce à ses activités au sein de l’opposition. En tout et pour tout, le bilan des victimes s’élevait hier à près de 100 morts.

Par ailleurs, à quelques jours du référendum sur la Constitution, 200 personnes ont observé un sit-in devant le Parlement à l’appel d’organisations et mouvements laïques syriens tolérés par le régime, pour protester contre une référence à la charia dans le texte du projet. Plus de 14 millions de Syriens sont appelés à voter le 26 février pour approuver une nouvelle Constitution lors d’un référendum organisé dans le cadre des réformes promises par le pouvoir, mais l’opposition a rejeté cette consultation.

 

Le Groupe des amis de la Syrie s’apprête à se réunir le 24 février à Tunis pour explorer les moyens de mettre fin à onze mois de répression du soulèvement contre le régime de Bachar Al-Assad.

La communauté internationale intensifie ses efforts

 

La situation est particulièrement critique en Syrie. Les forces syriennes ont été déployées dimanche à Damas pour contrer toute contestation. Ce déploiement intervient après l’appel à la désobéissance civile lancé aux habitants de la capitale et dans certains quartiers traditionnellement hostiles au régime.

 

Pour exercer une forte pression, les pays arabes ont annoncé qu’ils voulaient que l’opposition syrienne s’unisse avant de la reconnaître comme l’autorité légitime représentant le peuple syrien. Le ministre tunisien des Affaires étrangères, Rafik Abdessalem, a déclaré que « s’il y a un consensus au sein de l’opposition syrienne, nous ne verrons aucune objection à reconnaître le Conseil National Syrien (CNS) ». Après onze mois de révolte contre le président Bachar Al-Assad, le CNS apparaît comme la voix de l’opposition, mais cette instance doit encore asseoir son autorité sur les militants de base et sur les déserteurs de l’armée syrienne qui opèrent sur le terrain.

 

Pour soutenir les Syriens, la Ligue arabe organisera le 24 février en Tunisie une conférence des « Amis de la Syrie », une association qui réunit plusieurs pays appuyant l’opposition syrienne. Le CNS espère être reconnu comme seul représentant du peuple syrien, mais des observateurs doutent de son poids réel en Syrie ainsi que de sa représentativité. Plusieurs de ses responsables se rendront à Tunis mais Rafik Abdessalem a déclaré que le CNS ne serait probablement pas officiellement représenté à la conférence. « Il n’y aura probablement pas de participation officielle, même si aucune décision n’a encore été prise », a-t-il affirmé. En effet, il s’agit d’une demande en vue d’une reconnaissance du CNS, et il y a une autre opinion en faveur d’une ouverture du dialogue avec toutes les formations de l’opposition syrienne. Cependant, les dirigeants arabes ont annoncé que la conférence du 24 février ne prendrait aucune décision qui pourrait nuire à la souveraineté ou à l’intégrité territoriale de la Syrie. « Nous ne demanderons pas à l’Otan d’aller en Syrie. L’objectif de cette conférence n’est pas de copier l’exemple libyen ou tel ou tel autre exemple. Il s’agit avant tout d’envoyer un message fort aux autorités syriennes pour qu’elles mettent fin au massacre de civils », a affirmé le ministre tunisien.

 

Insistant sur cette idée, l’Otan a annoncé qu’elle n’interviendra pas en Syrie même si l’Onu lui confie un mandat pour protéger les civils. En appelant les pays de la région à trouver un moyen de mettre fin aux violences, le secrétaire général de l’Alliance atlantique, Anders Fogh Rasmussen a exclu que l’Otan fournisse un soutien logistique à l’éventuel établissement de « corridors humanitaires », idée suggérée notamment par la France pour venir en aide aux civils pris au piège dans les villes encerclées par les forces du président Bachar Al-Assad. « Nous n’avons aucune intention d’intervenir en Syrie. Je ne crois pas (que nous changerions d’avis), car la structure de la société syrienne est différente, elle est beaucoup plus complexe ethniquement, politiquement et religieusement. C’est pourquoi j’estime qu’une solution régionale doit être trouvée », a insisté le secrétaire général.

 

Essayant de hausser le ton contre le régime syrien, l’Assemblée générale de l’Onu a adopté à une écrasante majorité une résolution dénonçant la répression en Syrie et soutenant un plan arabe appelant au départ du président Assad. « Le vote envoie un message clair et sans équivoque de la communauté internationale à la Syrie, (appelant) à mettre immédiatement un terme aux attaques brutales contre des innocents », a commenté Amnesty international.

 

La résolution de l’Assemblée générale exige du gouvernement syrien qu’il mette fin à ses attaques contre sa population civile, qu’il soutienne les efforts de la Ligue arabe pour assurer une transition démocratique à Damas et qu’il recommande la nomination d’un envoyé spécial de l’Onu pour la Syrie. Mais ce texte a une portée essentiellement symbolique, l’Assemblée étant un organe consultatif, contrairement au Conseil de sécurité où les résolutions condamnant Damas ont été bloquées par Moscou et Pékin, qui y disposent du droit de veto. L’adoption de la résolution par l’Assemblée générale de l’Onu a confirmé que Damas avait peu de soutiens extérieurs : 137 pays ont voté pour, 12 seulement contre (dont la Russie et la Chine) et 17 autres se sont abstenus.

 

« Porter un coup » à Damas

 

Négligeant la conférence de la Ligue arabe et les condamnations de la communauté internationale, Assad a répété samedi que la crise en Syrie visait à diviser ce pays et à « porter un coup à sa position géopolitique et à son rôle historique dans la région ». Alors que plusieurs grandes villes comme Homs, Hama, Idleb et Deraa sont toujours assiégées par l’armée qui réprime dans le sang une révolte populaire hostile au régime, les autorités prévoient un référendum le 26 février sur un projet de Constitution supprimant l’hégémonie du parti Baas. L’opposition et les militants pro-démocratie ont appelé à boycotter le scrutin et réclament avant toute chose le départ de M. Assad. Alliée du régime de ce dernier, la Chine a dit appuyer les réformes en cours en Syrie. Le vice-ministre chinois des Affaires étrangères, Zhai Jun, a appelé toutes les parties à cesser immédiatement les violences, souhaitant que le référendum sur la nouvelle Constitution et les élections législatives prévues trois mois plus tard se déroulent sans obstacle. Pékin qui, avec Moscou, a bloqué à deux reprises des résolutions à l’Onu condamnant la répression en Syrie, appelle « le gouvernement, l’opposition et les hommes armés à arrêter immédiatement les actes de violences », a déclaré M. Zhai, estimant que le calme devait revenir le plus rapidement possible .

 

Maha Salem

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" Printemps des Peuples "

Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent
 
Tunisie, Algérie, Egypte, Jordanie, Yémen... L’histoire ne se répète jamais à l’identique, mais elle se répète. Et si trop de facteurs différents la déterminent entre ici et là, entre un siècle et l’autre, rendent unique chacun de ses évènements, tourments, pulsions, sursauts, bouleversements, assez d’éléments, de causes et d’effets se ressemblent, pour que l’on en tire d’utiles leçons. Aussi, pour n’être que lointaine, la parenté entre le Printemps des Peuples en 1848 et les évènements qui, partis de Tunisie, secouent aujourd’hui le monde arabe, n’en est pas moins évidente. Et les enseignements que l’on peut tirer au sud de la Méditerranée de ce qui se passa il y a 163 ans à son septentrion, sont nombreux, le premier à retenir étant que ceux qui animent les peuples ne doivent jamais relâcher l’attention et la pression. Trop facilement en effet, dès quelques satisfactions mineures (alimentaires et culturelles) obtenues, les masses inertes, égoïstes et craintives, galvanisées un instant, refluent, pour laisser aux renards occuper l’espace ouvert par les nouvelles libertés de circulation et d’alimentation dans le « poulailler » national.
 
 Giulio-Enrico Pisani

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