Tunisie : Sit-in «Bardo 1», Une dizaine de tentes installées 02.12.11

Publié le par printempsdespeuples44

 

les manifestations se poursuivaient hier devant le siège de l’Assemblée Constituante au « Bardo ».

Près de 300 citoyens ont brandit les mêmes slogans qu’hier et continuent à occuper les alentours du Palais, 10 tentes sont installées et plusieurs personnes s’apprêtent à y résider.

  http://www.kapitalis.com/fokus/62-national/7101-tunisie-bienvenue-a-bardo-i-la-revolution-continue-.html

 

 

Des professeurs universitaires, des étudiants, des représentants de partis politiques, des syndicalistes et des membres de la société civile se sont rassemblés , par centaines ce jeudi, devant le palais du Bardo qui abrite les réunions de l’Assemblée constituante, pour protester contre la violation des libertés publiques, individuelles et académiques à l’université.

 

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Les protestataires qui dénoncent la violence dans l’enceinte universitaire, ont souligné leur attachement à la liberté de pensée et de créativité. Ils ont brandi des pancartes où on peut lire «Non à la violation des libertés académiques» et «Non à la violence dans les établissements universitaires» ou encore, «contre l’agression des universitaires».

D’autres slogans refusant le Niqab et les courants rétrogrades et extrémistes dans l’enceinte universitaire, ont été, également scandés.

«Chacun est libre de mettre ce qu’il veut, mais en classe, le Niqab empêche la communication » explique une professeur universitaire participant à ce mouvement.

Pour Fadhel Moussa, professeur universitaire et membre de l’Assemblée constituante, ( PDM ) la question est sortie du cadre des revendications légitimes. Toutes les réclamations doivent, impérativement, passer par le conseil scientifique estime l’universitaire qui suggère l’organisation d’élections au sein des universités.

De nombreux protestataires ont précisé que ce mouvement se poursuivra tant que des actions concrètes ne sont pas entreprises.

Sur un tout autre registre, les manifestants, réclament, la diffusion en direct des délibérations de l’Assemblée constituante. Ils demandent aux «représentants du peuple» de ne pas se contenter de défendre les intérêts de leurs partis respectifs: «Nous ne voulons pas d’une assemblée constituante au service des intérêts des partis et de la dictature», «oui pour l’élaboration de la constitution et non pour le rétablissement de la dictature».

Ce rassemblement de protestation intervient dans le cadre de la grève générale décrétée par la Fédération générale de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique relevant de l’Union générale tunisienne du travail, à la suite des derniers évènements survenus à la faculté de la Manouba.

 

Depuis la tentative de passage en force d’un régime parlementaire aux allures dictatoriales dans les débats sur la Constituante, la société civile tunisienne s’est mobilisée devant l’Assemblée. Des milliers de personnes répondent depuis deux jours à l’appel de plusieurs associations et partis politiques démocrates. Le sit-in du Bardo témoigne-t-il d’un réveil des pressions révolutionnaires qui ont aussi commencé dans le centre-ouest du pays?

Une semaine à peine après la mise en place de l’Assemblée Constituante et la manifestation organisée devant ses portes le 22 novembre dernier dans le quartier du Bardo à Tunis, les manifestants se sont à nouveau mobilisés le 30 novembre sur le parvis jouxtant la Chambre des députés. Il s’agissait pour eux de montrer leurs inquiétudes quant à la tournure des évènements au sein de l’hémicycle.

 

Manifestants devant le palais du Bardo le 30 novembre

«Nous sommes là pour soutenir les commissions de travail qui se penchent sur les questions du mode de vote et des pleins pouvoirs au Premier Ministre. Nous sommes là pour soutenir l’opposition» déclare Khalil Ben Cherif, membre du Pôle Démocrate Moderniste. Discussion  technique  et cuisine interne donc. Différentes commissions ont été mise en place au sein de l’Assemblée afin de voter les textes de règlement intérieur et l’organisation des pouvoirs publics.Le problème, comme, l’explique Jaouhar Ben Mbarek, membre du réseau Doustourna, c’est le risque d’accaparement des tous les pouvoirs par le Premier Ministre. « On se retrouve vite dans cette situation quand on additionne son domaine d’intervention au cas de circonstances exceptionnelles qui élargit encore plus son pouvoir,  des circonstances exceptionnelles qui ne sont, d’ailleurs, même pas clairement définies. »

Ce qui se dégage de ce discours juridique et législatif c’est finalement la peur d’un retour vers une dictature « avec cette fois ci un parti qui utilise la carte de la légitimité des urnes ! » explose une manifestante « rien n’a changé finalement et Ennahdha est entrain de vouloir prendre le dessus! On a toujours le même système, seule la tête a été changé. » Cette réaction est en fait la traduction en termes claires de ce que Jaouhar Ben Mbarek dit à mots couverts quand il explique : « il faut un rééquilibre des pouvoirs. On ne peut pas se retrouver avec un Premier Ministre au sommet qui gère tout. » Surtout quand ce Premier Ministre est membre du parti Ennahdha.

«Vous avez beau jeu de dire ça. Ennhadah est cohérent puisque ce qu’ils font maintenant correspond au programme qu’ils avaient présenté. Ceux qui ne sont pas cohérents c’est le CPR et Ettakatol qui ont signé un accord avec Ennahdha et maintenant votent contre eux! » Balance une autre manifestante. Et voilà un groupe de discussion qui se forme en plein milieu de la manifestation. «Depuis la Révolution la rue est devenue une agora où l’on discute de tout» explique une journaliste tunisienne.

De tout, effectivement, et même de points de droit constitutionnel. La question que l’on se pose tout de même est celle de l’écho que ce débat peut trouver au sein de la société civile de manière large. «Ici il s’agit de grands principes : l’idée de démocratie, le rejet du partit unique, de la domination… c’est idées là les Tunisiens les connaissent très bien et ils comprennent de quoi il s’agit  » affirme Jaouhar Ben Mbarek

Pendant ce temps d’autres groupes de discussion se sont formés un peu partout. Au milieu de l’un d’entre eux un homme harangue la foule. C’est Iyed Dhamani, un élu  du PDP : «Nous serons le porte parole de vos demandes! En tant qu’opposition nous défendrons la séparation des pouvoirs, la limitation du pouvoir du Premier Ministre. Nous défendrons une Constitution démocratique… »

Sur le trottoir d’en face deux hommes discutent : «ils ne représentent pas le peuple ceux-là! D’ailleurs ils vont nous mener à la faillite à force de faire des sit-in! » Et les autres en face de continuer à scander : «Le peuple veut une Constitution démocratique!».

Depuis mercredi 30 novembre, le mouvement a pris de l’ampleur. Des tentes ont été installées devant le palais du Bardo et des jeunes de tout le pays sont montés à Tunis manifester. Le sit-in du Bardo a continué jeudi mobilisant de plus en plus la population. A moins d’un mois de l’anniversaire de l’immolation de Mohamed Bouazizi, le cri des manifestants de l’Assemblée fait écho à un évènement tout aussi important, la pression des revendications sociales dans le bassin minier de Gafsa face à une montée du chômage qui en alerte plus d’un. Entre regain des pressions et vigilance civile face à des politiciens qui ne répondent pas aux attentes, la population tunisienne est loin de rester passive et se mobilise à nouveau. A l’heure de la publication de cet article, les tentes des manifestants ont été attaquées par un groupe d’agresseurs. Malgré une ambiance tendue, il semble que la situation revienne au calme. Suivez en direct sur le fil Twitter #OccupyBardo

Les revendications du sit-in en 9 points établis par Doustourna

- La nécessité d’une séparation entre les autorités et pour permettre à chaque autorité des pouvoirs de décision et les pouvoirs du régulateur indépendant.

- Ne pas cumuler tous les pouvoirs dans les mains du Premier ministre ou dans les mains d’un seul parti.

- La nécessité d’adopter une majorité de 50% +1 dans la dénomination des trois présidences (de l’Assemblée constituante et la Présidence de la République et chef du gouvernement) et la même majorité de retirer la confiance de leur part.

- Le vote sur chaque chapitre de la Constitution par une majorité des deux tiers.

- La nécessité d’adopter une des deux tiers (3 / 2) la ratification des lois et la Constitution sous la forme d’une deuxième lecture.

- Défaut d’apporter toutes les fonctions de l’Assemblée constituante à la tête du gouvernement sous la forme de la perturbation du fonctionnement normal des roues de Salt prévue à l’article 11 – point 6 de l’organisation provisoire du public mis en évidence.

- La nécessité d’impliquer le Code du statut personnel dans les lois fondamentales.

- Incompatibilité entre l’appartenance du gouvernement et de la composition de l’Assemblée nationale constituante.

- La diffusion en direct des délibérations de l’Assemblée constituante.

Sana Sbouai


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