Maroc: les marchands squattent les rues à la faveur du "printemps arabe" 21.09.11
Rabat - Profitant de la tolérance des autorités craignant des troubles sociaux depuis le début du "printemps arabe", des milliers de marchands ambulants squattent les rues des villes du Maroc où ils étalent leurs produits, au grand dam des commerçants ayant pignon sur rue.
Surnommés les "ferrachas" (ceux qui étalent par terre), ces marchands suscitent la colère des commerçants, qui y voient une concurrence déloyale qui menace leur chiffre d'affaires. On les retrouve aussi bien dans les ruelles huppées du centre-ville que dans les quartiers populaires le long des antiques ramparts de Rabat. Etalant leurs marchandises sur des charettes ou à même le sol, ils vendent légumes et fruits, poisson, vêtements, portables, DVD de films piratés, etc.
Les autorités évitent pour le moment de sévir pour ne pas mettre en danger la relative paix sociale qui règne au Maroc, plus que dans d'autres pays d'Afrique du Nord ou du monde arabe. Le souvenir de la mort tragique du marchand de fruits tunisien Mohamed Bouazizi, qui avait déclenché la "révolution du jasmin" en Tunisie qui a renversé le régime de Ben Ali, reste omniprésent.
Excédé par des humiliations policières répétées, il s'était immolé par le feu le 17 décembre à Sidi Bouzid. Au Maroc, un boulanger de 27 ans est décédé au mois d'août après s'être immolé par le feu à Berkane, dans le nord du royaume, pour protester contre son ancien employeur. Par miracle, son
geste n'a pas entraîné de mouvement social.
"Les autorités n'osent pas les chasser et les réprimer de peur que ces marchands à la sauvette ne réagissent brutalement", estime Lahcen Ladchar, un commerçant de Rabat, capitale politique du pays.
Selon lui, "les autorités ne veulent pas de problèmes avec ces gens et attendent que la situation se calme ailleurs pour réagir". De fait, ils sont un peu moins nombreux dans les rues des grandes villes, après un pic en plein ramadan, le mois dernier.
En Tunisie, le même phénomène est apparu après le chute du régime de Ben Ali, en janvier, jusqu'au 1er septembre, lorsque le ministère tunisien de l'Intérieur a interdit les étals anarchiques des marchands ambulants dans les rues de Tunis, à la suite de plaintes de citoyens. Lakhssas Bouchta, un vendeur ambulant venu à Rabat de la province pauvre de Benguérir (sud) défend son commerce: "il vaut mieux faire cela que de voler et d'aller en prison, j'ai cinq bouches à nourir".
Exode rural, chômage et pauvreté Le chômage (de l'ordre de 30% chez les jeunes) et la pauvreté sont endémiques et l'exode rural important dans ce pays de 33 millions d'habitants, qui ne bénéficient pas d'un système de protection sociale.
Des milliers de "ferrachas" squattent les rues depuis le lever du jour jusqu'aux heures tardives de la nuit. Le secteur informel emploie 37% des emplois urbains, et représente 14% du PIB, selon le Centre marocain de conjoncture (CMJ).
Femmes et jeunes sans travail, diplômés chômeurs, petits fonctionnaires et migrants forment les bataillons de cette population de ferrachas, selon une étude publiée récemment par l'Observatoire national pour le développement humain (ONDH). "Le gouvernement va traiter le sujet de manière appropriée par le dialogue afin de préserver les intérêts légitimes des riverains et des marchands ambulants, et cela dans le calme et la sérénité", a déclaré à l'AFP le ministre de la communication Khalid Naciri.
Les commerçants du secteur officiel, soumis à l'impôt, de Rabat, Marrakech, Agadir, Casablanca et Fès (centre) ont manifesté en grand nombre en mai devant le parlement pour dénoncer ce "phénomène" qui lamine leurs affaires.
"Les marchands ambulants sont devenus désormais des vendeurs stables qui ternissent la beauté et la réputation des avenues de Rabat. (...) Ils ne respectent pas la loi, perturbent la circulation et polluent l'environnement" se plaint à l'AFP Hamid Ouarich, président de l'Association du Centre commercial Mamounia, l'un des plus importants de Rabat. "Lorsqu'on proteste contre leur présence devant nos magasins, ils sortent des couteaux", affirme-t-il.