Plus de 12 millions d’électeurs yéménites étaient appelés aux urnes mardi pour tourner la page du président Ali Abdallah Saleh, après 33 ans au pouvoir. Le seul candidat est le vice-président Abd Rabbo Mansour Hadi. Mais le scrutin a quand même été perturbé, des actes de violence faisant au moins neuf tués.

Dans la capitale Sanaa, le scrutin a eu lieu sans incident majeur. Mais la violence a fait neuf tués au sud et à l’est et des opérations de boycott par les autonomistes sudistes et les rebelles chiites ont empêché l’organisation du scrutin dans le nord du pays.

Berceau de la révolte, la ville d’Aden, dans le sud, a été la plus touchée. Quatre civils dont un enfant de 10 ans ont été tués lors d’échanges de tirs entre forces de l’ordre et séparatistes qui ont attaqué des bureaux de vote, incendiant des urnes et des bulletins de vote, selon un nouveau bilan de source de sécurité. Deux militaires, dont un officier, et un policier y ont également perdu la vie.

Le décès d’un soldat à Moukalla, capitale du Hadramout (sud-est), et d’un manifestant à Lahaj (sud) dans des conditions similaires d’échanges de coups de feu, assombrit encore le bilan de cette premier scrutin présidentiel depuis 2006.

Dans le Sud, les attaques se sont multipliées contre les centres électoraux en dépit de la mobilisation de 103’000 membres des forces de l’ordre, déployés à travers le pays. Si le résultat est connu d’avance, le taux de participation donnera une idée de l’appui populaire au successeur d’Ali Abdallah Saleh.

Moitié des bureaux fermés

En milieu de journée à Aden, «la moitié des bureaux de vote ont été fermés après avoir été envahis par des hommes armés du Mouvement sudiste», a déclaré un responsable gouvernemental. Les autres bureaux de la ville ont baissé le rideau prématurément «pour prévenir d’éventuels affrontements avec des partisans du Mouvement sudiste», selon un responsable des services de sécurité.

Malgré ces événements, les principaux mouvements politiques, dont ceux qui ont animé le soulèvement contre Ali Abdallah Saleh à partir de janvier 2011, soutiennent cette consultation. Ils la jugent salutaire pour l’avenir du Yémen, le pays le plus peuplé et le plus pauvre de la péninsule arabique.

Femmes en avant

«Nous avons été surpris par la grande affluence des femmes», a affirmé la directrice du bureau de vote réservé aux femmes à Sanaa. Dans la file d’attente de ce bureau, Tawakkol Karman, prix Nobel de la Paix, a qualifié cette journée de «jour de fête pour les Yéménites».

«C’est celui du départ de Saleh et de la fin du despotisme et de l’oppression. Nous proclamons la fin de l’ère Ali Abdallah Saleh et nous allons construire un nouveau Yémen», a dit Tawakul Karman.

Le probable futur président a de son côté affirmé que son élection ouvrait «un nouveau chapitre» pour le pays. S’exprimant après avoir glissé son bulletin dans l’urne, M. Hadi a estimé que «les élections sont la seule manière de sortir de la crise qui touche le Yémen depuis un an». Il a voté sous les applaudissements à Sanaa, au milieu d’un important dispositif de sécurité de crainte d’un attentat, selon son entourage.

Saleh aux Etats-Unis

M. Hadi, 66 ans, un homme de consensus originaire du Sud, et dont le mandat a été fixé à deux ans, a promis de prendre à bras le corps les problèmes du Nord et du Sud. Il veut aussi sévir contre Al-Qaïda qui ne cesse d’étendre son influence dans le pays.

Son prédécesseur, Ali Abdallah Saleh, a lui appelé depuis les Etats-Unis, où il séjourne pour raison médicale, à voter pour son vice-président afin de permettre «une transition pacifique» et d’entamer la reconstruction du pays. Le Congrès général populaire doute toutefois de la sincérité de son engagement à renoncer pour de bon au pouvoir, les membres de son premier cercle continuant d’occuper des postes influents.

Le résultat est attendu dans deux jours, même si la loi yéménite permet de retarder cette annonce jusqu’à dix jours après le vote. Ce scrutin avait lieu conformément à un accord de sortie de crise négocié par les monarchies arabes du Golfe, en vertu duquel Ali Abdallah Saleh a accepté de quitter le pouvoir en échange d’une immunité pour lui et pour les siens.     

Publié dans : Yémen - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
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" Printemps des Peuples "

Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent
 
Tunisie, Algérie, Egypte, Jordanie, Yémen... L’histoire ne se répète jamais à l’identique, mais elle se répète. Et si trop de facteurs différents la déterminent entre ici et là, entre un siècle et l’autre, rendent unique chacun de ses évènements, tourments, pulsions, sursauts, bouleversements, assez d’éléments, de causes et d’effets se ressemblent, pour que l’on en tire d’utiles leçons. Aussi, pour n’être que lointaine, la parenté entre le Printemps des Peuples en 1848 et les évènements qui, partis de Tunisie, secouent aujourd’hui le monde arabe, n’en est pas moins évidente. Et les enseignements que l’on peut tirer au sud de la Méditerranée de ce qui se passa il y a 163 ans à son septentrion, sont nombreux, le premier à retenir étant que ceux qui animent les peuples ne doivent jamais relâcher l’attention et la pression. Trop facilement en effet, dès quelques satisfactions mineures (alimentaires et culturelles) obtenues, les masses inertes, égoïstes et craintives, galvanisées un instant, refluent, pour laisser aux renards occuper l’espace ouvert par les nouvelles libertés de circulation et d’alimentation dans le « poulailler » national.
 
 Giulio-Enrico Pisani

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