Egypte: Des dizaines de milliers d'Egyptiens rassemblés sur la place Tahrir au Caire 22.11.11

Publié le par printempsdespeuples44

 

 

"Dégage!", scandaient les dizaines de milliers d’Égyptiens rassemblés sur la place Tahrir à l'adresse du maréchal, quelques heures avant son discours, un slogan identique à celui qui était lancé à l'époque de la révolte contre l'ex-président Hosni Moubarak en début d'année.

 

Les Frères musulmans, qui représentent la force politique la mieux organisée du pays, ont boycotté cette manifestation de Tahrir et appelé au calme, soucieux de voir le scrutin, pour lequel ils s'estiment en position de force, débuter comme prévu le 28 novembre. "Plus le nombre de manifestants grandit, plus il y aura des tensions", a affirmé à l'AFP Saad al-Katatny, secrétaire général du Parti de la liberté et la justice issu de la confrérie.


Selon le ministère de la Santé, 28 personnes - 26 au Caire, une à Alexandrie (nord) et une à Ismaïlia (sur le canal de Suez) - ont été tuées depuis samedi, notamment sur la place Tahrir au Caire, épicentre du soulèvement du début de l'année.
 
Les militants semblent pourtant déterminés à manifester jusqu'au bout pour pousser le CSFA à remettre rapidement le pouvoir à une autorité civile. Depuis trois jours, ils scandent toujours "Le peuple veut la chute du maréchal" Hussein Tantaoui.

Le conseil militaire est accusé de vouloir se maintenir au pouvoir, de ne pas tenir ses promesses de réformes et de poursuivre la politique de répression de l'ère Moubarak.


Selon Amnesty international, le CSFA "a étouffé la révolution" et certaines violations des droits de l'homme commises depuis qu'il est au pouvoir sont pires que sous le régime Moubarak.

 

Dans la nuit de lundi à mardi, de violents affrontements se sont poursuivis dans des rues adjacentes à Tahrir menant au ministère de l'Intérieur, cible privilégiée des manifestants et sous forte garde des forces anti-émeutes.

 

Après quatre jours d'affrontements meurtriers et la présentation par le gouvernement de sa démission, le pouvoir militaire a tenté de calmer la situation en organisant, durant la journée, une réunion de dialogue avec plusieurs mouvements politiques, dont l'influente confrérie des Frères musulmans.

 

Le CSFA a évoqué durant cette réunion la possibilité de nommer l'ancien chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), Mohamed ElBaradei, comme Premier ministre pour remplacer Essam Charaf, a affirmé à l'AFP une source militaire.

 

Lundi, le CSFA avait reconnu pour la première fois depuis le début des violences, que le pays était en "crise", huit mois après avoir nommé le gouvernement de M. Charaf pour gérer les affaires courantes.

 

Une élection présidentielle se tiendra "avant la fin juin 2012" en Égypte, a annoncé mardi le chef du conseil militaire au pouvoir, le maréchal Hussein Tantaoui.
Cette échéance présidentielle est plus proche que la fin 2012 voire 2013 souvent évoquées faute de calendrier précis. L'armée s'est engagée à remettre le pouvoir aux civils une fois élu un nouveau président.

 

L'armée est aussi prête à organiser "en cas de nécessité" un référendum sur le transfert de pouvoir "si le peuple le souhaite", a-t-il ajouté. "L'armée ne veut pas le pouvoir et met les intérêts du peuple au-dessus de toute considération. Elle est tout à fait prête à remettre les responsabilités immédiatement, si le peuple le souhaite, à travers un référendum populaire", a annoncé le chef du Conseil suprême des forces armées (CSFA).


Les élections législatives se tiendront quant à elles conformément au calendrier prévu, à partir de lundi prochain, a-t-il ajouté.


Le maréchal Tantaoui a également indiqué que le CSFA avait accepté la démission remise la veille du gouvernement du Premier ministre Essam Charaf, qu'il avait nommé en mars dernier. Il a ajouté qu'un nouveau gouvernement allait être formé, sans donner de précisions.


Des dizaines de milliers d’Égyptiens se sont à nouveau rassemblés mardi sur la place Tahrir au Caire pour réclamer le départ au plus tôt des militaires au pouvoir.

 

 

Une partie de l'Egypte refuse de troquer sa révolution contre un régime contrôlé par les généraux.

 

«On ne fera pas les mêmes erreurs que vous» a dit au chroniqueur un écrivain égyptien il y a quelques mois. Cela se confirme: les Egyptiens restent vigilants et savent décoder l’arnaque. Et contrairement à ce que l’on croit et répète, l’expérience algérienne, ratée, est dans les esprits de nos voisins en Tunisie et en Egypte.

Ils savent que chasser Chadli (en janvier 1992) et obtenir un parti majoritaire à la place d’un parti unique n’est pas la démocratie. Le Pouvoir ruse à chaque fois et aujourd’hui encore en Egypte. Là, l’armée veut faire en remake ce qui s’est fait chez nous: déplacer le centre de la décision vers l’occulte, s’autonomiser par rapport au droit de regard et de surveillance du peuple et offrir à la populace un Etat fantoche avec un Président faible, des ministres sans puissance et un parlement sans poids.

 

La ruse du politique face aux aspirations révolutionnaires

Pour comprendre ce qui s’est passé chez nous en 1988 et qui permet à certains oiseaux de répéter que «l’Algérie a déjà payé» (oui mais jamais livré), il faut inverser: en 1988 les Egyptiens chassent Moubarak, leur FLN devient parti favori (synonyme poli de parti unique) et ils ont droit à une fausse opposition surveillée et des islamistes en bocal pour faire peur. Les islamistes sont poussés à la révolte et se révoltent, on revient au «tout sécuritaire» et on reprend le pouvoir sous l’impérative de la stabilité et de la lutte anti-terroriste. Le maréchal Tantaoui devient le vrai maître du pays Amr Moussa devient un Président coopté pour accueillir les étrangers et la police politique change de sigle mais pas de mission. A la fin? Rien n’a changé sauf la couleur de la veste. Dix ans après, les Egyptiens se retrouvent avec 256 petits Moubarak et leurs fils, plusieurs polices politiques, une place Tahrir devenue lots de terrains ou assiette pour la plus grande mosquée d’Afrique.

 

Que l'armée obéisse au peuple, et pas l'inverse

Les Egyptiens veulent donc que cela ne leur arrive pas. Ils veulent l’autorité du peuple sur l’arme et pas l’inverse. Ils veulent que ceux qui ont tué durant leur révolution soient retrouvés et jugés. Ils ne veulent pas que les victimes finissent comme les victimes d’octobre 1988, «accident de travail» selon la nomenclature de remboursement et des indemnisations décidées sous Chadli.

Chez nous, en Algérie, personne n’a été jugé pour les tirs à balles réelle du 5 octobre. Personne n’a payé pour les centaines de morts et les milliers de torturés. Les Egyptiens veulent que le budget de leur armée ne soit pas un secret entres intimes et veulent que la démocratie demandée par les 850 morts soit livrée immédiatement et pas comme chez nous, livrée après la mort. Les Egyptiens ne veulent pas que cela leur arrive et c’est le plus dure: démocratiser l’armée dans les pays arabes lui signifier qu’elle n’est pas au-dessus du peuple, que c’est le peuple qui la paye et qu’elle est là pour obéir et pas pour donner des ordres.

Kamel Daoud

 

 

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