Tunisie : Sidi Bouzid fête le 1er anniversaire de la révolution 17.12.11

Publié le par printempsdespeuples44

 

SIDI BOUZID (TAP) - Toute la ville de Sidi Bouzid s'est mobilisée pour marquer le premier anniversaire du déclenchement de la révolution tunisienne, le 17 décembre 2010, jour où le jeune vendeur ambulant, Mohamed Bouazizi, s'était immolé par le feu, devant le siège du gouvernorat, pour protester contre l'injustice et la marginalisation.

Vendredi à minuit, Sidi Bouzid scintillait sous la lumière des bougies et des feux d'artifice, devant les yeux émerveillés des gens de la ville qui s'est parée d'affiches et de banderoles à la gloire de la révolution et de ses héros.

Aussi, l'installation du mémorial en souvenir de Bouazizi vient d'être parachevée.

Plusieurs manifestations retraçant les principaux évènements vécus par la région au cours de la révolution sont prévues, samedi, 17 décembre. Une exposition photo dédiée aux martyrs est, également, au programme.

 

 

Sidi Bouzid l'oubliée ,Sidi Bouzid l'extasiée

   

Eux qui se sont dressés, un funeste 17 décembre 2010, parce qu'ils avaient vu l'un des leurs humilié une fois de trop.

C'est de chez eux qu'est né le Printemps arabe, le jour où ce vendeur ambulant ,Mohamed Bouazizi ,s'est immolé par le feu. Et puis alors ? Qu'ont-ils gagné, ces héros ordinaires, à réussir l'impossible, presque à mains nues quand le gouvernement de Ben Ali leur envoyait blindés et snipers ?

Une richesse inestimable, c'est vrai : un morceau de liberté. Ça n'a pas de prix, la liberté. Et ils le savent bien, les jeunes et les moins jeunes de Sidi Bouzid, qui parlent désormais à voix haute aux terrasses des bistrots, qui rentrent chez eux à la nuit tombée sans l'angoisse d'être embarqués par une patrouille qui les emprisonnera sans explication... C'est vrai, ils sont libres d'aller et venir, désormais. Mais pour aller où ? Que peuvent-ils en faire de cette liberté toute fraiche, s'ils n'ont toujours pas de quoi se nourrir, se chauffer, se vêtir ?... Que va-t-elle devenir, cette fierté légitime, si c'est pour lire dans les yeux de leurs enfants qu'ils en attendaient autre chose ?

Le taux de chômage est toujours à 40 %, dans le centre de la Tunisie, et même à 60 % ou 80 % par endroits. Et pourquoi cela changerait-il, en si peu de temps ? Ils veulent bien avoir un peu de patience, dans leur pauvre fierté, mais ils aimeraient au moins qu'on leur donne un signe. Portés à la tête du gouvernement par les premières élections, le parti islamite Ennahdha et son Premier ministre Hamadi Djebali ont assuré que la lutte contre la corruption est l'une de leurs priorités. Tant mieux. Parce qu'il est là, le cancer de cette société tunisienne .

Et jusqu'alors, pas un de ces petits gouverneurs enrichis qui tiennent en leurs mains toute forme de décision n'a fait directement les frais d'une nouvelle administration. Sauf ceux que le peuple a déposés lui-même - comme la semaine dernière, dans une délégation toute proche de Sidi Bouzid.

C'est encore le peuple qui organise la société civile, qui entretient ou crée les jumelages avec l'étranger de manière à décrocher les financements indispensables au redémarrage d'une économie presque paralysée .

Un an après la mort du petit marchand de légumes, le peuple regarde extasié par le sentiment de victoire mais lassé de trop lentes avancées au sommet de l'État. Et il bout encore de ne pas se sentir respecté. Il a pourtant déjà fait savoir, il n'y a pas si longtemps, qu'il n'est pas de risque plus grand, pour le pouvoir, qu'ignorer le peuple.

Que va-t-elle devenir cette fierté légitime, si c'est pour lire dans les yeux de leurs enfants qu'ils en attendaient autre chose ?

C'est vrai, les gens de Sidi Bouzid sont fiers très fiers. D'une fierté que rien ni personne ne pourra jamais leur enlever. Ce sont eux qui après le refus des habitant de la zone minière de Gasa (en 2009 ) ont dit "Ca suffit ,Arrêter" et ont mis le feu au poudre.

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