Tunisie. Sauver le blogueur Zakaria... 21.02.12

Publié le par printempsdespeuples44

Zakaria Bouguira, un jeune étudiant en médecine (et blogueur à ses heures) a été torturé après le 14 janvier et, selon ses dires, la police continue à le persécuter. Une pétition à signer vient d’être lancée.

Par Zohra Abid

 


 

Dans cet appel, une date limite a été fixée au 29 février et une adresse email mise à la disposition de ceux qui souhaitent soutenir le jeune homme traumatisé par ce qu’il a vécu et par ce qu’il a vu, de ses propres yeux, au moment de son arrestation. Et pas seulement! Car après avoir porté plainte, il a été contraint de signer la version dictée par la police de son pays post-révolutionnaire. Ceux qui veulent se joindre au mouvement de sa défense n’ont qu’à se rendre sur le site de l’association Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (Acat).

L’homme qui filme avec son portable

Selon ce que raconte le jeune homme, son seul tort est d’être blogueur. Et de se trimballer souvent avec son portable filmant des scènes du quotidien afin de les diffuser sur son blog. Ceci déplaît à certains agents de la police qui n’ont pas encore rompu avec les anciennes pratiques sous Ben Ali.

L’histoire de ce jeune homme à la fleur de l’âge avec la police a démarré dimanche 13 novembre 2011. Une date gravée dans sa mémoire et il aurait beaucoup de mal à l’oublier. Du moins pour l’instant. Ce jour-là, il était par hasard avec sa mère à l’aéroport. C’était au moment où une cinquantaine de supportes marocains – venus assister au match de football disputé entre l’Espérance de Tunisie et Widad Casablanca et qui a débouché sur un lot de violences et de dégradations –, qui s’apprêtaient à prendre le vol du retour, ont été tabassés par la police des frontières. Zakaria Bouguira n’a pas laissé la scène lui échapper et s’est empressé de la filmer avec son téléphone portable. Du coup, l’un des agents l’a violemment appréhendé avant d’appeler en renfort une vingtaine de ses collègues lui assénant «devant témoins, et toujours à l’aéroport, des coups de poing, de pied et de matraque».


Zakaria Bouguira

Polices et journalistes complices

Les policiers, pris en flagrant délit, l’ont traité de traître. Ils craignaient qu’il mette la vidéo de l’arrestation violente des Marocains sur Facebook.

Conduit par la suite au poste de police des frontières, le jeune homme est passé encore à tabac... Selon son récit, il a été cogné davantage par tous les agents qui passaient dans le bureau. L’homme raconte même amèrement les menaces de viol. Les policiers l’ont notamment menacé de l’envoyer dans le centre de détention de Bouchoucha disant que là-bas «on l’obligerait à mettre une jupe et on le violerait».

Pendant les interminables moments de son arrestation à l’aéroport, Zakaria a assisté à des scènes de brutalité à l’encontre des Marocains arrêtés par notamment un certain policier qui serait un représentant syndical de la police des frontières et qui a raconté sur un plateau de télévision exactement l’inverse de ce qui s’est passé en faisant croire au monde qu’il était même une victime d’agression de ces supporters.

Ce que raconte encore le jeune homme est presque irréel. Selon lui, une équipe de journalistes d’une télévision nationale s’est déplacée à l’aéroport et a été autorisée à filmer les supporters marocains. Les journalistes, encore selon Zakaria, en parfaite complicité, ont demandé à la police des frontières de nettoyer les visages des détenus, le sol et les murs de la salle, entachés de sang, avant de filmer une séquence pour la télévision.

Ceci a énormément affecté le jeune homme qui suivait ce qui se passait et n’en revenait pas.

La maman de Zakaria était tout ce temps-là affolée. Des appels ont été vite lancés sur les réseaux sociaux. Un rassemblement a eu lieu devant le poste de police de l’aéroport. Une avocate est arrivée et l’étudiant fut libéré. Pas vraiment!

Pour une justice équitable

Le 20 janvier 2012, Zakaria a aperçu le même agent de police (et représentant du syndicat de la police des frontières) assis dans la terrasse d’un café. Il n’a pas pu se retenir. Et a provoqué le policier en lui lançant des propos du genre «C’est ça ton travail? Frapper et torturer des gens sans défense? Des gens appréhendés et immobilisés? Et tu es fier en faisant ça?». Le policier s’est énervé mais n’a ni réagi ni perdu son sang froid. Du moins dans l’immédiat, il y a trop de monde au café. Le même jour, sur le blog Nawaat, le jeune homme a tout balancé, a tout vomi.

Dix jours après cet incident, qui n’a pas eu jusque-là de suite, il y a eu un sit-in devant le Premier ministère. Zakaria était là. Le policier cogneur aussi.

Une petite heure après ce regard croisé, l’agent a alerté ses collègues qui ont arrêté le blogueur. De peur d’être torturé à nouveau et ne pas être libéré, ce dernier a signé ce qu’on lui a demandé de signer. C’est-à-dire la version de la police de ce qui s’est passé le 13 novembre 2011.

En quittant le poste de police, Zakaria Bouguira a déposé une seconde plainte. Sur cette base de données, l’Acat-France a adressé une lettre au ministre de tutelle lui demandant «de diligenter immédiatement une enquête effective, indépendante et impartiale».

Voilà l’histoire de ce jeune homme désespéré par la police de son pays, telle qu’il l’a racontée, écrite et signée. Le reste est l’affaire de la justice…

 

Deux blogueurs devant la justice à Médenine

 

Le Tribunal de première instance de Médenine a reporté au 14 mars prochain le procès des blogueurs Riadh Sahli et Youssef Filali qui comparaissent pour la seconde fois.

L'avocat Mabrouk Korchid a intenté une action en justice contre les blogueurs pour "diffamation sur le réseau social Facebook".

L'avocat de la défense Chokri Belaid, absent de la séance, a demandé une deuxième fois le report de l'affaire.

Des blogueurs et des militants de la société civile dans la région se sont rassemblés devant le tribunal pour protester contre le procès.

Ils brandissaient des pancartes défendant la liberté de la parole et la pensée, et s'étaient scotché la bouche avec du ruban adhésif pour dénoncer les atteintes à la liberté d'expression.

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