Tunisie : 4ème jour du "sit-in du Bardo" avec un dispositif sécuritaire renforcé 04.12.11

Publié le par printempsdespeuples44

 

LE BARDO (TAP) - Le "sit-in du Bardo", théâtre d'affrontements violents et d'échanges acérés d'insultes et d'accusations qui se poursuit pour la 4e journée consécutive, s'est transformé dimanche en cercles de discussions et de débats entre militants de la société civile, jeunes chômeurs et représentants de courants politiques.

Au centre des débats, les projets de loi organisant les autorités publiques et le règlement intérieur de l'Assemblée Constituante ainsi que la question controversée du Niqab.

Les sit-in ont commencé jeudi et se confondent entre protestations politiques, revendications sociales et exigences d'ordre confessionnel.

Des milliers de partisans du Mouvement Ennahdha et d'autres courants islamiques ont rejoint samedi la place en renfort contre les sit-inneurs, exigeant qu'ils évacuent les lieux et rentrent chez eux.

Se rassemblant en deux groupes séparés, des manifestants se sont toutefois accrochés avec le clan adverse. Les accrochages ont causé quelques blessures de gravité diverse.

Les affrontements ont repris samedi quand un groupe étranger aux sit-inneurs a attaqué la foule à coup de pierres et blessé plusieurs manifestants. La police a dû intervenir pour l'isoler et stopper les violences.

Commentant l'évolution des événements, Zied Bouguerra, jeune militant du parti communiste ouvrier, a indiqué: "mon groupe et moi avons préféré nous retenir et éviter toute réaction violente en attendant l'intervention des services de sécurité".

Pour Olfa Ajili, représentante du mouvement du 24 octobre, "les revendications politiques, économiques et sociales des sit-inneurs sont les revendications de tous les tunisiens, quelque soient leurs appartenances".

Le dispositif sécuritaire est actuellement renforcé au Bardo en prévision d'une éventuelle reprise des affrontements

 

Devenue l'agora de Tunis, la place du Bardo, face au palais qui abrite l'Assemblée constituante, concentre depuis plusieurs jours toutes les colères et revendications du pays.

 

Depuis mercredi, des centaines de «sit-inneurs», enseignants protestant contre des incursions d'extrémistes à l'université, chômeurs de la région minière de Gafsa, femmes inquiètes pour leurs droits, campent devant l'Assemblée. «Nous sommes ici parce qu'il y a dans le pays des urgences sociales que l'Assemblée doit voir, et régler», explique Ines Ben Othman, «porte-parole» improvisée des sit-inneurs. Mais samedi, un autre camp s'est installé, des milliers de sympathisants islamistes étant venus à leur tour marquer leur territoire. «C'est nous la majorité!» proclament-ils, séparés des sit-inneurs par des barrières et des cordons policiers. Des femmes en niqab et des hommes agitant le drapeau noir du parti salafiste Hizb Tahrir, non légal, figurent parmi eux, preuve, selon les «modernistes», de «l'alliance objective» entre le parti islamiste Ennahda et les radicaux religieux.
Ces incidents surviennent alors qu'Ennahda, premier parti au sein de l'Assemblée, a été accusé, y compris par ses deux partenaires de gauche, le Congrès pour la République (CPR) et Ettakatol, de vouloir s'arroger les pleins pouvoirs dans le futur exécutif.
Après une semaine de tractations laborieuses, les députés sont parvenus vendredi à un accord en commission sur l'organisation des pouvoirs, qui sera soumis demain à l'Assemblée réunie en plénière.
Cet accord ouvrira la voie à l'élection du président de la République et la formation d'un gouvernement, alors que l'exécutif sortant de Béji Caïd Essebsi a officiellement démissionné et ne s'occupe plus que de «gérer les affaires courantes». «C'est urgent, on ne peut plus attendre. Il y a un climat d'attentisme et de flottement, personne ne décide, ça paralyse l'économie», déplore Hichem Elloumi, un représentant de l'organisation patronale tunisienne UTICA. Près d'un an après la révolution, la situation économique et sociale continue de se dégrader.
Le gouverneur de la Banque centrale (BCT), Mustapha Kamel Nabli, a indiqué samedi que la croissance serait nulle à la fin de l'année 2011, prévoyant une hausse du taux de chômage à plus de 18%.
«Les problèmes sociaux sont exacerbés, le moindre différend dans une entreprise dégénère en conflit. Sans compter les interventions extérieures, comme des chômeurs qui viennent paralyser une entreprise pour réclamer du travail», constate M. Elloumi. A Tunis mercredi, deux chômeurs de la région minière de Gafsa (centre), ont tenté de se pendre en public devant le siège de la Compagnie des Phosphates (CPG). Deux localités du gouvernorat de Gafsa ont été mises à sac la semaine dernière après la publication des résultats d'un concours de recrutement à la CPG jugés «truqués». Situation tendue également dans le sud tunisien, où les deux points de passage avec la Libye sont fermés en raison de la multiplication d'incidents impliquant notamment des Libyens armés. «Plus rien ne passe, sauf les urgences. Or, c'est vital pour la Tunisie, pour les gens qui vont faire du commerce en Libye», raconte Mongi Slim, un humanitaire sur place. «C'est très tendu. Aujourd'hui, deux voitures appartenant à des hommes d'affaires libyens ont été incendiées devant leur hôtel à Médenine (sud)», indique-t-il.
Face à la multiplication de ces foyers de tension, les élus de l'Assemblée constituante ont publié samedi un communiqué appelant «au respect de la loi» et à «privilégier le dialogue pour résoudre les conflits».

 

Des milliers de manifestants (UGTT) volent au secours du sit-in du Bardo (vidéo)

 

La marche organisée par l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT) se rendra du tombeau du martyr Farhat Hached direction le siège de l’Assemblée constituante pour soutenir les sit-inneurs du Bardo.

Près de 10 milles personnes ont pris part à cette marche organisée par l’Union générale des travailleurs tunisiens à la date anniversaire de l’assassinat du leader syndicale Farhat Hached, qui a démarré de la Place Mohamed Ali passant par les rues principales de la capitale.

Les participants de cette marche scandent des slogans « Peuple libre de la Tunisie ..Non aux USA.. Non au Qatar »

 

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