Plus de 250 intellectuels et artistes syriens ont manifesté hier dans le centre de Damas avant d’être dispersés à coups de matraque par la police.

 

L’opposition en exil au régime de Bachar el-Assad, réunie hier à Istanbul, a exhorté l’armée à protéger son peuple et à épouser la cause des manifestants. « L’armée syrienne est la gardienne du peuple et de l’État. Ainsi, nous appelons l’armée à faire son devoir et à protéger le peuple de la cruauté du régime et d’être aux côtés des manifestants courageux », a dit Ahmad Abdoul Aal, lors d’une déclaration prononcée à la fin de la réunion devant 200 dissidents. « Soit des membres de l’armée ou des membres à l’intérieur du régime vont conduire au changement, soit les manifestations vont se poursuivre et l’insurrection va continuer, et le pouvoir va passer aux mains d’un conseil de transition qui organisera des élections », a encore dit M. Abdoul Aal. La déclaration finale fait état de la création prochaine de commissions islamique, humanitaire et des médias pour tenter d’organiser l’opposition. Celle-ci souhaite aussi mettre sur pied une administration parallèle prête à prendre le pouvoir en cas d’effondrement du pouvoir du président Assad. Les opposants demandent que les forces syriennes se retirent des villages et des villes du pays.


L’Iran et le Hezbollah condamnés
La déclaration a également condamné l’Iran et le Hezbollah, accusés de soutenir M. Assad. Les opposants ont en outre lancé un appel à la Ligue arabe et à l’Organisation de la conférence islamique, leur demandant de venir en aide à la population syrienne. Les opposants ont annoncé la tenue d’une nouvelle réunion samedi, toujours à Istanbul. Les organisateurs espèrent pouvoir établir une liaison vidéo avec la réunion que tiendra le même jour l’opposition à Damas sous le nom de Conférence du salut national.
L’Association des ulémas musulmans, qui participait à la réunion d’Istanbul, a émis une fatwa appelant les musulmans à « aider les Syriens à lutter contre l’injustice et jusqu’à ce que les libertés publiques et politiques soient rétablies ». Les participants ont également appelé tous les dignitaires religieux soutenant M. Assad à revoir leur position.
Sur le terrain, les troubles ont semblé prendre un nouveau tour : des habitants affirment que deux gazoducs secondaires ont été endommagés par des explosions à la bombe dans l’est du pays, tandis que les autorités évoquent, elles, un incendie accidentel. Si la thèse de l’attentat était vérifiée, il s’agirait de la première attaque d’une infrastructure pétrolière depuis le début de la contestation. Mais l’agence SANA, citant un responsable du ministère du Pétrole, assure pour sa part que de mauvaises conditions climatiques ou une fuite de pétrole sont probablement à l’origine d’un incendie sur un oléoduc. D’après les habitants, les explosions, survenues pendant la nuit de mardi à mercredi, se sont produites dans les régions d’al-Tayana et de Busaira, à l’est de la capitale provinciale de Deir Ezzor, près de la frontière avec l’Irak.

Quatre morts à Idleb
Dans le nord-ouest, les forces de sécurité ont tué hier quatre villageois dans la province d’Idleb, à proximité avec la Turquie. Les forces de sécurité appuyées par des blindés sont intervenues dans au moins quatre villages de la région du Jabal al-Zawiya. L’armée a en outre poursuivi ses opérations de ratissage et de perquisitions, notamment à Homs. Elle continue également d’encercler la ville de Hama. Parallèlement, les manifestations nocturnes se poursuivaient dans plusieurs villes comme à Deir Ezzor, Deraa et Homs.
À Damas, la police a dispersé quelque 250 intellectuels et artistes qui scandaient « Dieu, Syrie, liberté et c’est tout ». Elle les a « frappés avec des bâtons et des matraques », a déclaré Abdel Karim Rihaoui, de la Ligue arabe des droits de l’homme. Au moins 25 manifestants ont été arrêtés, dont le journaliste Iyad Chourbaji, l’artiste Guevara Nimr, l’actrice May Skaff et la militante Rima Fleihane. Dans un communiqué, les manifestants ont écrit qu’il était temps « de descendre dans la rue aux côtés de nos frères qui ont versé leur sang pour nous apporter la liberté », en apportant leur soutien aux « demandes légitimes du peuple syrien de vivre à l’ombre d’un État juste et moderne ».Ils ont repris à leur compte les principales revendications des opposants, en demandant "l'arrêt immédiat de la solution sécuritaire et du recours à la force dans les rues contre les manifestants pacifiques, afin de leur permettre d'exprimer leurs opinions en toute liberté ainsi que la libération immédiate de tous les détenus politiques arrêtés avant ou pendant" la révolte. Ils ont demandé aux opposants à l'intérieur et à l'étranger d'"unifier leurs rangs et de présenter une vision commune pour un Etat civil, démocratique dont nous rêvons tous".Le gouvernement syrien autorise les manifestants pro-régime de défiler tous les jours sans autorisation préalable dans tous les gouvernorats", a aussi dénoncé le communiqué.  Durant leur rassemblement, une contre-manifestation s’est rapidement formée, et des dizaines de prorégime ont scandé « Dieu, Syrie, Bachar et c’est tout » .


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" Printemps des Peuples "

Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent
 
Tunisie, Algérie, Egypte, Jordanie, Yémen... L’histoire ne se répète jamais à l’identique, mais elle se répète. Et si trop de facteurs différents la déterminent entre ici et là, entre un siècle et l’autre, rendent unique chacun de ses évènements, tourments, pulsions, sursauts, bouleversements, assez d’éléments, de causes et d’effets se ressemblent, pour que l’on en tire d’utiles leçons. Aussi, pour n’être que lointaine, la parenté entre le Printemps des Peuples en 1848 et les évènements qui, partis de Tunisie, secouent aujourd’hui le monde arabe, n’en est pas moins évidente. Et les enseignements que l’on peut tirer au sud de la Méditerranée de ce qui se passa il y a 163 ans à son septentrion, sont nombreux, le premier à retenir étant que ceux qui animent les peuples ne doivent jamais relâcher l’attention et la pression. Trop facilement en effet, dès quelques satisfactions mineures (alimentaires et culturelles) obtenues, les masses inertes, égoïstes et craintives, galvanisées un instant, refluent, pour laisser aux renards occuper l’espace ouvert par les nouvelles libertés de circulation et d’alimentation dans le « poulailler » national.
 
 Giulio-Enrico Pisani

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