Syrie: Un énième vendredi sanglant, au moins 102 morts 27.01.12

Publié le par printempsdespeuples44

La Syrie a vécu un véritable bain de sang, avec au moins 102 personnes tuées, selon le bilan de la chaîne de télévision al-Arabiya. D’après l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), des civils ont notamment été tués à Naoua, dans la province de Deraa, Alep, Homs, Douma, Hamourieh (dans la banlieue de Damas) et Hama. D’après l’OSDH, c’est la première fois que des civils sont tués par les forces de sécurité à Alep, deuxième ville du pays. Deux enfants figurent également parmi les victimes.
En outre, deux attentats visant les forces de sécurité à Idleb et à Mazaïrib, près de Deraa, ont fait douze morts parmi leurs membres, a annoncé le président de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane. À Idleb, un attentat à la voiture piégée contre un poste de contrôle des forces de sécurité a ainsi fait six morts. Et à Mazaïrib, des soldats rebelles ont attaqué deux bus de la sécurité, faisant six morts et cinq blessés, a expliqué M. Rahmane, sans précision sur les auteurs du premier attentat.

Le chef de la mission d’observation de la Ligue arabe en Syrie, le général soudanais Mohammad Ahmad Moustapha al-Dabi, a déclaré hier que les violences avaient augmenté « de manière importante » depuis mardi, en particulier à Homs, Hama et Idleb.
Comme chaque vendredi depuis le début de la révolte, les militants prodémocratie avaient appelé les Syriens à manifester en masse contre le régime pour « le droit à l’autodéfense » face à la répression, sur leur page Facebook « Syrian Révolution 2011 ».  . Un appel largement entendu. À Damas, des manifestations ont ainsi eu lieu dans les quartiers de Midane, Kaboune et Barzeh, malgré des tirs des forces de sécurité dans les deux premiers, selon l’OSDH. À Deir ez-Zor, « les forces de sécurité ont ouvert le feu sur des manifestants dans le quartier de Hamidiyeh, et ont encerclé la mosquée Omar ben Khattab », selon la même source.
Des manifestations ont également eu lieu à Palmyre, Jassem, Hasaka, Idlib, Maleeha, Douma, Homs, où des snipers tiraient à l’aveuglette, Deir Qanoun, Deraa, Zamalka, Hatital el-Turkman, Hama, Qamishli, Alep, Baraza, Az-Zyabeyeh, Lattaquié, Khan Shaykoun, al-Habeet, Madaya, al-Rayaka, Kafr Sajna, Moqa, Heesh, Maar Zeita, Jabala, Cheikh Moustapha, Amouda, Talbissé, Sarmeen, Qusayr, Darayya, ainsi que dans plusieurs villes du Houran. Une présence massive des Kurdes a été signalée parmi les manifestants hier, surtout à Alep, selon une source de l’opposition.
Parallèlement, l’ASL a annoncé avoir arrêté cinq militaires iraniens. Elle a appelé l’Iran à « reconnaître clairement la présence en Syrie » de militaires iraniens venus « aider le régime d’Assad », et à retirer ses troupes du territoire syrien.
À l’étranger, plus de 200 opposants au régime de Bachar el-Assad ont attaqué l’ambassade de Syrie au Caire, brisant portes et fenêtres pour pénétrer de force dans le bâtiment, avant d’en être chassés par les forces de sécurité égyptiennes.
Par ailleurs, onze pèlerins iraniens ont été enlevés jeudi en Syrie, selon le porte-parole du ministère iranien des affaires étrangères, Ramin Mehmanparast, qui a demandé au gouvernement syrien d'intervenir pour les libérer, a rapporté jeudi l'agence Irna. La chaîne de télévision Press TV précise qu'un proche de l'une des victimes a été contacté à Téhéran pour une demande de rançon.

 

L'Armée syrienne libre (ASL) a, de son côté, annoncé vendredi avoir arrêté à Homs cinq militaires iraniens. Ces Iraniens "opèrent sous les ordres des renseignements de l'armée de l'air à Homs" et leurs passeports ne contiennent aucun visa, séjour ou autorisation de travail", selon un communiqué de l'ASL obtenu par l'AFP. L'ASL, constituée de déserteurs et qui revendique 40.000 combattants, a également diffusé une vidéo avec le communiqué où apparaissent des hommes portant des passeports iraniens présumés. Le communiqué ne précise pas la date de l'arrestation.

 

 

Des manifestants pro-démocratie accueillant en masse

des soldats de l'Armée syrienne libre, à Khaldieh.

Handout/ Reuters

 

Les rebelles, qui mènent des opérations contre l'armée régulière, ont appelé le Guide de la République islamique, l'ayatollah Ali Khamenei, à "reconnaître clairement la présence en Syrie de membres des Gardiens de la révolution (Pasdaran) dans le but d'aider le régime d'Assad dans l'oppression du peuple syrien". Ils l'ont également pressé de demander aux membres de Pasdaran de "se retirer immédiatement du territoire syrien", plus précisément "samedi avant midi".

 

L'ASL précise par ailleurs avoir arrêté deux "civils iraniens", qui vont être relâchés car ils travaillent dans une centrale électrique à Homs. "Nous sommes les amis du peuple iranien, nous ne sommes pas sectaires, nous ne sommes pas contre nos frères chiites", a tenu à préciser l'ASL.

 

Profitant des divisions de la communauté internationale, le régime a pousuivi hier ses opérations militaires contre la révolte qui ne faiblit pas. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), 49 personnes ont été tuées hier : 34 civils, huit soldats et sept militaires dissidents. La chaîne al-Jazira affirmait néanmoins que 62 personnes avaient été tuées, citant des opposants.
À Homs, l’armée syrienne a lancé une offensive, et 26 civils dont neuf enfants ont été tués, indique l’organisation basée en Grande-Bretagne. Dans la province de Deraa, un adolescent a par ailleurs été tué par des tirs aveugles des forces de sécurité sur une manifestation étudiante dans la ville de Nawa, selon l’Observatoire qui cite des habitants. L’OSDH a en outre fait état d’accrochages violents entre militaires dissidents et soldats dans cette région, faisant « quatre morts et cinq blessés dont un officier » parmi les forces régulières. De plus, quatre civils ont péri dans la ville de Hama, où près de 600 personnes ont été arrêtées. Deux personnes ont en outre péri dans la banlieue de Damas et une autre dans la province d’Idleb. Les forces syriennes ont également lancé une offensive contre Douma, à 20 km de la capitale, et y affrontaient la résistance de soldats insoumis, qui avaient brièvement pris cette ville le 21 janvier, a indiqué l’OSDH, précisant que plus de 200 personnes y ont été arrêtées.

 

Sur le plan diplomatique, le Conseil de Sécurité de l'ONU doit se réunir vendredi après-midi pour discuter de la situation en Syrie, ont annoncé jeudi des diplomates. Cette réunion, non prévue initialement, se tiendra à partir de 20H00 GMT, a précisé la représentation française à l'ONU sur son compte twitter (@FranceONU).

D'autres sources diplomatiques ont par ailleurs indiqué à Reuters que la délégation marocaine devrait soumettre, lors de cette réunion, le projet de résolution formulé par les pays occidentaux et arabes, lequel soutient l'appel de la Ligue arabe à un départ du président Assad.

 

Le Conseil de sécurité pourrait voter dès la semaine prochaine sur ce nouveau texte, rédigé par des diplomates britanniques et français en consultation avec le Qatar, le Maroc, les Etats-Unis, l'Allemagne et le Portugal. Ce texte vise à remplacer celui soumis par la délégation russe, jugé trop timoré par les Occidentaux. "Le projet sous cette forme est inacceptable pour nous", a réagi un vice-ministre russe des Affaires étrangères, Guennadi Gatilov, cité par l'agence ITAR-TASS. Le nouveau texte, dont Reuters a pu obtenir une copie, invite le Conseil à se prononcer pour une "transition politique".

 

Pour sa part, le Conseil national syrien (CNS), plus important groupe de l'opposition, a réclamé que le Conseil de sécurité "condamne les crimes du régime et s'engage à juger les criminels".

 

Dans ce contexte, l’Arabie saoudite s’est dite prête à reconnaître le CNS "comme représentant officiel du peuple syrien", a affirmé au journal koweïtien Al-Raï Ahmad Ramadan, un haut responsable de ce mouvement d'opposition, s'appuyant sur des propos du ministre des Affaires étrangères saoudien Saud al-Fayçal lors d'une rencontre au Caire. Il n'a pas précisé quand Riyad comptait effectuer cette démarche, ni si les cinq autres Etats membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG) allaient lui emboîter le pas. La Libye a déjà reconnu en octobre le CNS "comme seul gouvernement légitime en Syrie".

 

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