Syrie : Rapport accablant d'une commission d'enquête de l'ONU des exactions du régime syrien 29.11.11

Publié le par printempsdespeuples44

Bravant les forces de sécurité, des opposants ont manifesté hier contre le régime à Houla, près de Homs. Photo Reuters

 

Au terme d’une enquête de deux mois et analysant des faits remontant jusqu’en mars, la commission d’enquête de l’ONU sur la Syrie a livré hier un rapport accablant sur les pratiques utilisées par l’appareil sécuritaire de Bachar Al-Assad, allant de récits de torture jusqu’aux meurtres ciblés d’enfants. Sans nier que des violences ont été commises de part et d’autre (d’autant que le conflit tourne à la guerre civile, avec également des actes barbares sur des alaouites ou des chrétiens), l’enquête se concentre sur les crimes d’Etat, dont certains sont d’ores et déjà classés au rang de crimes contre l’humanité.

Devant les refus réitérés de la Syrie de laisser les enquêteurs de l’ONU se rendre sur place, ceux-ci se sont appuyés sur un large réseau d’informateurs, dont des militants des droits de l’homme. Ils ont collecté des témoignages en direct de victimes, 223 au total. Parmi ces témoins, des personnes blessées ou emprisonnées au seul motif d’avoir manifesté ou d’appartenir à la famille d’un contestataire. Mais aussi des déserteurs dont le récit est particulièrement éclairant sur la manière dont l’armée a dès le début du conflit cherché à abattre, au sens propre, les contestataires, toujours visés au thorax ou à la tête. L’un d’eux raconte comment il a dû tirer sur une marche pacifique le 1er mai à Telbisa (province d’Homs), à laquelle participaient des enfants. «Les gens n’étaient pas armés. Ils portaient des branches d’olivier. L’ordre était de tirer en l’air puis immédiatement après de tirer dans la foule, sans laisser de temps entre ces deux actions. Il y eut beaucoup de morts ce jour-là.»

Le témoignage de ce déserteur en recoupe beaucoup d’autres, montrant que le ciblage de manifestations non armées est systématique. Les soldats qui refusent sont arrêtés ou tués. "Le 12 août, on a reçu l’ordre d’aller à la mosquée Omar al Khattab, à Duma (près de Damas), où environ 150 personnes étaient réunies, raconte un ex-soldat. On a ouvert le feu. Il y a eu des morts. J’essayais de viser en l’air. Plus tard, j’ai réalisé que des membres de la sécurité photographiaient. J’ai été interrogé et accusé d’être un agent secret. On m’a battu chaque heure durant deux jours; on m’a torturé avec des électrochocs."

Un autre déserteur raconte comment il a décidé de partir après avoir vu un gradé abattre une fillette de 2 ans en lâchant qu’au moins "celle-ci ne deviendrait pas une manifestante". Les enfants, selon les enquêteurs de l’ONU, subissent les mêmes traitements que les adultes lorsqu’ils se retrouvent en prison, violés et torturés, selon des témoignages d’ex-prisonniers ou les aveux mêmes de militaires ayant fui l’horreur. Au 9 novembre, 256 enfants, "selon des sources fiables", note le rapport, avaient péri sous les balles des forces de l’ordre ou en prison.

 

 

Les forces du régime du président syrien Bachar al-Assad ont poursuivi mardi la répression sanglante de la révolte populaire en Syrie, tuant neuf civils, dont une fillette de 8 ans, ont indiqué des militants.
A Homs, dans le centre de la Syrie, cinq civils, dont une fillette de 8 ans et une adolescente de 16 ans, ont été tués par des balles des forces de sécurité dans plusieurs quartiers de la ville, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), basé en Grande-Bretagne.
A Rankouss près de Damas, trois civils ont également été tués par balles, selon la même source.
"Dix-sept civils ont été tués depuis dimanche dans la localité de Rankouss, visée par des opérations militaire et sécuritaires et d'actes d'intimidation", précise l'OSDH.
"Les habitants n'étaient pas en mesure d'enterrer leurs morts, ni d'hospitaliser leurs blessés car ils craignaient d'être arrêtés par les agents de sécurité massivement déployés" dans cette localité située à 50 km au nord de Damas.
"La situation humanitaire est déplorable en raison de la présence de l'armée dans le quartier occidental où l'électricité est coupée depuis lundi", a indiqué un militant sur place.
Dans la région de Deraa (sud), les forces de sécurité ont pris d'assaut une école à Jassem et y ont arrêté 28 lycéens, a indiqué en outre l'OSDH.
Trois agents de sécurité ont également péri dans une attaque menée par des déserteurs présumés, selon la même source.
Dans la région d'Idleb (nord-ouest), "trois agents de sécurité ont été tués à Saraqeb dans une attaque menée contre leur voiture, probablement par un groupe de dissidents de l'armée dans la région. Deux autres agents ont été conduits vers une destination inconnue", a affirmé l'ONG.
A l'issue de cette attaque, "des forces militaires ont mené des perquisitions à Saraqeb tuant un civil et blessant trois autres".
Selon un rapport de la commission d'enquête internationale sur les violations commises en Syrie, publié lundi à Genève, les forces de l'ordre syriennes ont perpétré des crimes contre l'humanité lors de la répression brutale des manifestants contre le régime en place.
Les preuves réunies par cette commission d'enquête montrent que ce sont les forces de l'ordre syriennes qui ont commis des crimes contre l'humanité, tels que meurtres, viols, actes de torture, en réprimant de manière brutale les manifestations d'opposition au régime, qui ont commencé en mars dernier.
Au moins 3.500 civils ont été tués depuis le début de la révolte populaire à la mi-mars, selon l'ONU.

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