Syrie : nouvel an sanglant, appel à un retrait des observateurs arabes 02.01.12

Publié le par printempsdespeuples44

 Manifestation monstre, vendredi, à Idleb, en présence des observateurs arabes. Handout/ Reuters

 

Un organisme de la Ligue arabe a appelé dimanche au retrait immédiat des observateurs de Syrie. Le président du Parlement arabe, Salem al-Diqbassi, a appelé au "retrait immédiat des observateurs arabes, le régime syrien continuant à tuer des civils innocents", alors qu’un deuxième groupe d'observateurs chargés de rendre compte de la situation en Syrie doit arriver jeudi dans ce pays.

Les agissements du régime "sont une violation claire du protocole arabe qui prévoit de protéger le peuple syrien. Nous assistons à une escalade de la violence, davantage de personnes sont tuées y compris des enfants et tout cela en présence des observateurs", a ajouté le chef de ce comité consultatif formé de parlementaires issus des 22 membres de la Ligue arabe.

 

Le "premier martyr de 2012" est un enfant de 7 ans tué à Hama (centre) par des tirs des forces de sécurité qui visaient la voiture de son père, a indiqué l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Quatre autres civils ont péri à Homs (centre), dont deux tués par les milices pro-régime. Dans la province de Damas, 20 manifestants ont été blessés, a précisé l'OSDH.

 

Les "jeunes de la Révolution" ont célébré le nouvel an par des feux d'artifice et des appels au départ de M. Assad, confronté depuis la mi-mars à une contestation sans précédent, selon des vidéos.

Dans la ville d'Idleb (nord-ouest), des centaines de personnes ont assisté à un feu d'artifices, portant des flambeaux et chantant en faveur de "l'unité nationale et la fraternité islamo-chrétienne" et pour "la liberté". Un croissant de lune et une croix ont été accrochés côte à côte dans une rue.

A Alep (nord), deuxième ville de Syrie peu touchée jusque-là par la contestation, des jeunes ont crié, selon une vidéo, des slogans de soutien aux villes rebelles de Homs et Deraa (sud). "Assad est l'ennemi de Dieu", ont-ils scandé. "Nouvel an sans fer ni chaînes. Nous souhaitons une bonne année aux frères chrétiens. Vive la Syrie libre", est-il écrit sur une pancarte.

 

A Zabadani, à 50 km de Damas, autour d'un sapin orné de guirlandes, des centaines de personnes ont dansé au son des pétards, selon une autre vidéo. "Le peuple veut le départ de l'assassin", ont-ils crié.

Les manifestants, dans la ville de Daël, proche de Deraa, ont porté des flambeaux. Sur des pancartes on pouvait lire : "le monde entier accueille le Nouvel an par des feux d'artifice, en Syrie nous l'accueillons par des balles et des chars".

Des milliers de personnes ont aussi manifesté dans les provinces de Homs, de Hama et d'Idleb, selon les comités locaux de coordination (LCC) qui organisent les rassemblements sur le terrain.

Des interpellations ont eu lieu à Lattaquié (ouest), alors qu'une militante, Waëd Mahfouz, a été arrêtée samedi à Harasta dans la région de Damas, selon l'OSDH.

Une grève générale était en outre suivie à 80% à Douma dans la banlieue de Damas, où les forces ont "cassé les cadenas pour contraindre les commerces à ouvrir", ont indiqué l'OSDH et LCC.

 

Les vidéos, capturées par portables et diffusées sur internet par les militants et de simples habitants, constituent quasiment les seuls témoignages de la situation en Syrie, où les autorités limitent drastiquement l'accès des médias étrangers.

L'ONU estimait début décembre à plus de 5.000 le nombre de civils tués par les forces du régime déterminé à étouffer toute contestation malgré les sanctions occidentales.

 

La mission des observateurs commencée le 26 décembre fait partie d'un protocole qui prévoit aussi l'arrêt des violences, la libération des détenus, le retrait de l'armée des villes et la libre circulation dans le pays pour les observateurs et la presse.

Le général Mohammed Ahmed Moustapha al-Dabi, chef de la mission des observateurs, a démenti des propos attribués à l'un des observateurs qui faisait état sur une vidéo de la présence de tireurs embusqués à Deraa. "Cet homme a dit que s'il voyait -de ses propres yeux- ces tireurs embusqués, il les signalerait immédiatement", a-t-il dit à la BBC.

Selon l'agence officielle Sana, des observateurs étaient dimanche dans les environs de Homs et à Idleb. D'autres se trouvaient à Deraa et près de Damas.

Aucun communiqué officiel n'a été encore publié par les observateurs, escortés dans leurs mouvements par les forces du régime, sur le déroulement de leur mission.

 

L'opposition syrienne unifie ses rangs

 

Deux importants groupes d'opposition syriens ont annoncé samedi leur décision d'unir leurs efforts pour se préparer à la chute du régime. Le Comité national pour le changement démocratique (CNCD) a annoncé avoir signé un accord avec le Conseil national syrien (CNS), principal mouvement de l'opposition, en vue d'une "transition" vers un état démocratique. 

 

Le CNS est une coalition des plus importants partis de l'opposition dont la Confrérie des Frères musulmans, des libéraux et nationalistes. Le CNCD regroupe des partis "nationalistes arabes", kurdes, socialistes et marxistes ainsi que des personnalités indépendantes comme l'économiste Aref Dalila.


Le texte a été signé vendredi soir au Caire par le chef du CNS Burhan Ghalioun et un membre du CNCD Haytham Manaa, après "plus d'un mois de discussions entre des dirigeants des deux groupes, pour l'édification d'un Etat civil et démocratique"

 

Il "définit les principes de la lutte démocratique pour la période de transition", a indiqué le CNCD dans un communiqué ajoutant que cette "période de transition débutera à la chute du régime" réclamée par les contestataires depuis la mi-mars. L'accord entre les deux groupes de l'opposition "rejette toute intervention militaire qui porte atteinte à la souveraineté et à l'indépendance du pays", selon le CNCD.

 

L'accord souligne par ailleurs que "l'intervention arabe n'est pas considérée comme une intervention étrangère" et stipule également la nécessité de "protéger les civils par tous les moyens légaux", selon le communiqué.


Le CNCD et le CNS saluent, selon ce texte, les "positions adoptées par les officiers et soldats qui ont refusé les ordres du régime de tuer les manifestants civils pacifiques appelant à la liberté", en référence à l'"Armée syrienne libre" (ASL), une force d’opposition armée fondée par un colonel déserteur Riad el-Assaad.


M. Assaad, de son côté, a confirmé samedi à l'AFP que les opérations de son organisation contre les forces de sécurité du régime étaient suspendues pendant la visite des observateurs arabes dans le pays.
"Nous avons décidé de suspendre toutes les opérations depuis le début de la mission des observateurs, sauf en cas d'auto-défense", a affirmé le colonel Assaad, basé en Turquie et joint par téléphone depuis Beyrouth.
"La poursuite de la suspension des opérations dépend des développements sur le terrain. Les massacres augmentent quotidiennement, nous ne pouvons pas supporter davantage. Avant, 20 personnes étaient tuées par jour, maintenant ce bilan est de l'ordre de 50", a ajouté le colonel. "Le régime syrien n'a appliqué aucune clause du protocole, et nous ne pouvons pas rester les bras croisés face à ça", a-t-il poursuivi.

 

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