Syrie: Des milliers de manifestants commémorent le massacre de Hama 03.02.12

Publié le par printempsdespeuples44

A Qoussair, à 25 kilomètres de Homs, un jeune Syrien lance un appel à l'aide. Alessio Romenzi/AFP

 Des milliers de Syriens ont manifesté aujourd’hui dans l'ensemble de la Syrie, y compris à Damas, pour marquer le 30e anniversaire du massacre de Hama (centre).

"Hafez (el-Assad) est mort, Hama n'est pas morte, Bachar va mourir et la Syrie ne mourra pas", proclamaient des pancartes brandies par des manifestants dans le quartier al-Kidam à Damas, en référence à l'ex-président syrien, père de l'actuel chef de l'Etat, selon une vidéo publiée par des militants. "La politique de la punition collective ne portera pas ses fruits cette fois-ici", assurait une autre pancarte, alors que la mobilisation ne faiblit pas depuis le début de la révolte en mars 2011.

 

En 1982, des dizaines de milliers de personnes avaient été tuées à Hama lors de la répression orchestrée par Hafez el-Assad, d'un soulèvement des Frères musulmans.

 

Partout, y compris à Hama, les manifestants ont subi les tirs des forces de sécurité. Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), vingt personnes ont été tuées aujourd’hui en Syrie, dont neuf soldats dans des heurts avec des déserteurs. Parmi les 11 civils tués figurent deux enfants. Des enfants que, selon Human Rights Watch, les forces de l'ordre syriennes n’hésitent pas à torturer même s’ils ont à peine 13 ans. L’organisation de défense des droits de l’Homme rapporte aujourd’hui des cas de torture sur mineurs, des cas d’enfants placés à l'isolement, "brutalement battus et électrocutés", brûlés avec des cigarettes ou encore suspendus avec des menottes métalliques, parfois pendant des heures, à quelques centimètres du sol.

 

L'OSDH a également fait état de l'arrestation dans la nuit de jeudi à vendredi de huit militants dans la ville côtière de Tartous, dont cinq "ayant fait de longues années de prison" pour leur appartenance à un parti communiste interdit. Par ailleurs, dans la province d'Alep, deuxième ville de Syrie, "les révolutionnaires ont pris le contrôle de la section locale des services de la sécurité militaire dans la ville d'Andane", selon la même source.

 

Ces manifestations, les premières en public pour commémorer le massacre de Hama, interviennent alors que la répression a fait au moins 6.000 morts depuis plus de dix mois selon les militants.

 

Par ailleurs, l'Iran, principal allié régional de Damas, a interdit à ses ressortissants de se rendre par la route en Syrie, après l'enlèvement de 29 Iraniens dans ce pays par des groupes hostiles au régime de Bachar al-Assad, selon l'agence Mehr.

 

 

Les militants anti-régime ont appelé les Syriens à manifester "par millions" vendredi pour commémorer le massacre en 1982 de Hama, aujourd'hui un haut lieu de la contestation, malgré la répression et le lourd bilan de victimes.

Sous le slogan "Hama, pardonne-nous", les militants ont demandé aux Syriens à sortir "par millions" pour honorer les dizaines de milliers de morts fauchés par la répression d'un soulèvement des Frères musulmans dans cette ville du centre de la Syrie par le régime de Hafez al-Assad, père de l'actuel président.

"Habillons-nous en noir", lit-on sur la page Facebook "The Syrian Revolution 2011", l'un des principaux acteurs qui animent la révolte contre le président Bachar al-Assad depuis le 15 mars 2011.

Comme chaque vendredi depuis le début de la contestation, les manifestations commenceront à la sortie des mosquées après la prière hebdomadaire de midi.

Vendredi dernier, lors des manifestations antirégime, une cinquantaine de personnes ont été tuées à travers le pays, selon les militants.

Jeudi, des manifestations ont été organisées en Syrie, notamment dans des quartiers de la capitale Damas, et à Alep, deuxième ville du pays, où la foule a brandi le drapeau de "l'indépendance" syrien et lancé des slogans conspuant M. Assad et son père, selon des vidéos postées par des militants sur internet.

"Le silence arabe et international face aux crimes de Hafez al-Assad et sa clique il y a 30 ans est en grande partie responsable de la poursuite de ces crimes et des atrocités quotidiennes commises par Bachar au vu et au su" du monde entier, avait indiqué l'opposition jeudi.

La mobilisation sur le terrain ne faiblit pas malgré la poursuite de la répression et l'incapacité jusqu'à présent de la communauté internationale d'y mettre fin, en raison de la position de la Russie, alliée de Damas.

Un nouveau projet de résolution du Conseil de sécurité de l'ONU doit être soumis aux capitales de ses pays membres dans l'espoir d'un vote dans les prochains jours, peut-être lundi.

Au moins 6.000 personnes ont péri dans la répression depuis plus de dix mois, selon les militants.      

 

Les survivants de Hama de nouveau hantés par « la sauvagerie du régime Assad »

 

Trente ans plus tard, Fawaz se souvient encore des horreurs du massacre de sa ville natale de Hama, devenue symbole de la brutalité du régime du clan Assad. Comme d’autres survivants, il a l’espoir que la répression d’aujourd’hui ne passera pas sans châtiment.
« À l’époque, on était massacrés en silence, c’est ça la différence », affirme-t-il au téléphone depuis sa résidence dans un pays arabe. Ce Syrien avait 19 ans au moment de la répression d’un soulèvement armé mené par les Frères musulmans contre les forces du président Hafez el-Assad. Pendant quatre semaines, Hama a été bombardée par les forces du régime, faisant selon les estimations de 10 000 à 40 000 morts, ce qui a été décrit comme le pire crime commis dans l’histoire moderne de la Syrie. Il garde en mémoire « les cadavres boursouflés traînés par les chiens dans la rue », les « corps calcinés dans les commerces incendiés » et surtout la peur au ventre, la même qu’il a ressentie lorsque l’armée est entrée une nouvelle fois à Hama pour mater les manifestations en 2011.


Fawaz se souvient également d’un matin froid et pluvieux, le 3 février 1982, quand l’armée a rassemblé sur une place tous les hommes de plus de 15 ans de son quartier. « Ils nous ont abreuvés d’insultes : “traîtres”, “agents d’Israël”. Puis ils nous ont dit “nous allons vous massacrer tous” », raconte-t-il, la voix émue. L’horreur qui s’ensuivit restera à jamais marquée dans sa mémoire. « Ils ont obligé un homme à s’agenouiller et plaqué sa tête au sol, puis ils nous ont dit “vous allez avouer où se trouvent les Frères musulmans ou on tue celui-là en premier”. Nous ne savions rien du tout. Ils ont alors fait passer un char sur son crâne. C’était comme un fruit écrasé. Le sang giclait de partout. » Par la suite, un officier a ordonné à un homme âgé de plus de 80 ans de s’agenouiller. « Je ne m’agenouille que pour Dieu, a-t-il répliqué. Ils l’ont mitraillé devant mes yeux. » « Nous étions tétanisés, nous pensions à chaque seconde “ça y est, nous allons mourir” », raconte-t-il. Il aura la « chance » d’être emmené avec d’autres en prison pour interrogatoire, avant d’en sortir quelques jours plus tard grâce à des « connaissances ».
À la tête de la brutale campagne, les redoutables Brigades de la défense, une force paramilitaire menée alors par le frère du président, Rifaat, qui faisait trembler les Syriens.
Abou Khaled, autre survivant qui avait 16 ans à l’époque, se souvient, lui, des forces de sécurité qui tiraient sur les habitants. « Avant de les tuer, ils leur ont pris leurs montres et leurs chaussures. » Il a réussi à s’échapper en se réfugiant « de toit en toit », puis a marché pendant trois jours vers la ville de Homs.
Même si le nombre de victimes est de loin supérieur à celui de la répression actuelle de la contestation, pour les survivants du massacre, la brutalité est la même. « C’est la même sauvagerie, le même aveuglement », assure Fawaz. Alors que les Syriens et l’étranger n’ont eu vent du massacre que trois mois après les faits, les choses ont changé pour la révolte de 2011, avec une large couverture par les médias arabes et occidentaux et des réseaux sociaux mobilisés 24 heures sur 24.
D’autres témoins parlent d’une partie de l’histoire, beaucoup moins évoquée. « Les tueries de Hama sont intervenues après que des membres du Baas eurent été tués avec leurs familles », raconte Robert Fisk, journaliste au quotidien britannique The Independent, qui était sur place au moment des faits. « Ce n’est pas une excuse pour tuer des milliers de civils, mais l’histoire doit noter (...) qu’il y a eu une série d’attaques sanglantes contre les propres officiers de Hafez el-Assad. Ils ont même assassiné son médecin. »
Pour les militants qui écrivent une nouvelle page de l’histoire, les choses vont changer, inéluctablement.
« Ils essaient de nous faire revivre la même peur, mais on ne se laissera pas faire », martèle ainsi Anouar el-Bounni, célèbre opposant également témoin des tueries de 1982.

 

Publié dans Syrie

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