Syrie: des centaines de milliers d’opposants dans la rue 16.12.11

Publié le par printempsdespeuples44

Une photo, diffusée par des opposants sur Facebook, montrant des manifestants à Idleb.

 

Alors que la révolte populaire en Syrie est entrée dans son dixième mois, de nouvelles manifestations de militants pro-démocratie avaient lieu à travers le pays sous le slogan "la Ligue arabe nous tue", notamment près de Damas, à Idleb (nord-ouest), à Homs et à Deir Ezzor (est). Les opposants estiment que les délais arabes accordés, avant de prendre des mesures contre la répression, "donnent le temps au régime pour tuer davantage de Syriens".

 

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), 200.000 personnes manifestaient notamment à Homs, dans le centre du pays.

L'OSDH a précisé que les manifestants étaient sortis dans une dizaine de quartiers "opposés au régime", comme Baba Amro encerclé par un grand nombre de "chabbiha", les milices loyales au pouvoir, al-Khalidya, Deir Balaa, Jourat al-Chiyah, où 10.000 personnes ont défilé, ainsi que al-Inchaat...

Un civil a été tué par les forces de sécurité dans le quartier de Deir Balaa.

Deux chars sont par ailleurs entrés dans le quartier al-Ghouta pour disperser la manifestation et plusieurs personnes ont été blessées par les forces de sécurité et des tireurs embusqués dans les quartiers de Bab Sebaa al-Qousour, toujours selon l'OSDH.

Dans le quartier Hamra, plusieurs arrestations avaient eu lieu avant la prière.

La ville de Homs, encerclée par l'armée depuis plusieurs semaines, est surnommée "capitale de la Révolution".

"Des manifestations massives ont eu lieu également dans la province de Homs à Talbissé, Tal Kalakh, Houla" notamment, d'après l'OSDH.

 

Pour tenter d'empêcher les manifestations, les forces du régime étaient "déployées massivement près des mosquées" à Douma et Kafar Batna près de Damas, Homs, Hama (nord), Deir Ezzor, Banias et Lattaquié (nord-ouest), ont indiqué l'OSDH et les Comités locaux de coordination (LCC), qui chapeautent les manifestations sur le terrain.

La région d'al-Loujat à Deraa (sud) est "pilonnée aux mitrailleuses lourdes et canons de chars depuis ce matin", selon les mêmes sources. Un autre civil, blessé à l'aube par les forces armées, est mort dans la ville de Hirak, toujours à Deraa.

Selon une estimation de l'ONU, les violences ont fait plus de 5.000 morts depuis la mi-mars dans le pays.

 

Manifestation à Binnich, dans la région d'Idleb.

(Source : YouTube)

 

La réunion de la délégation arabe en charge du dossier syrien initialement prévue samedi au Caire aura lieu de son côté à Doha, tandis qu'une réunion de l'ensemble des ministres arabes prévue le même jour est reportée sine die, a annoncé jeudi le N.2 de la Ligue arabe Ahmed Ben Helli.

M. Ben Helli a assuré que parallèlement les négociations se poursuivaient afin d'amener Damas à signer le plan arabe de protection des civils qui prévoit notamment l'envoi d'observateurs en Syrie pour juger de la situation sur le terrain et tenter de mettre fin à la répression.

 

Parallèlement, le Conseil national syrien (CNS), qui représente la majorité des courants d'opposition, se réunit pendant trois jours à Tunis pour accélérer la chute du régime, jugée inévitable.

"Assad est fini, la Syrie deviendra démocratique et le peuple sera libre quel qu'en soit le prix", a déclaré à l'AFP le dirigeant du CNS Burhan Ghalioun à la veille de l'ouverture du congrès, qui commence vendredi soir. "Il faut unifier l'opposition pour lui donner plus de forces. Nous devons achever ce congrès avec plus d'organisation, plus d'orientations claires, plus d'énergie", a-t-il poursuivi, alors que quelque 200 membres du CNS sont attendus dans la capitale tunisienne.

 

Hadeel Kouky, 19 ans, a été arrêtée à trois reprises par les services de renseignements syriens.


Hadeel Kouky, une jeune chrétienne syrienne originaire de Hassaké, a été arrêtée à trois reprises en neuf mois pour avoir exprimé son soutien à la révolte anti-Assad sur sa page Facebook. Aujourd’hui, deux mois après sa libération, la jeune femme de 19 ans vit en exil « dans un pays lointain et froid », loin de sa famille et de ses amis. Il y a quelques jours, elle publiait un billet dans lequel elle décrit les conditions de son arrestation, tout en appelant ses compatriotes chrétiens qui soutiennent toujours le président Bachar al-Assad de ne pas avoir peur des manifestants pro-démocratie.

Extraits :

 

« Je m’appelle Hadil et je viens de la ville syrienne de Hassaké.

 

Je n’ai pas encore atteint l’âge de 20 ans, mais j’ai été enlevée et arrêtée par les services de renseignements d’Assad à trois reprises. La première fois était le 10 mars dernier (cinq jours avant le début de la contestation populaire, ndlr) pour avoir distribué des publications « secrètes » appelant aux « réformes ».

« Réforme », ce mot que le régime a imprégné dans notre tête à force de l’avoir répété ces derniers mois. Pourtant, rien n’a été fait. (…)

 

Les deux autres fois, j’ai été emprisonnée pour des raisons différentes. J’ai été torturée de manière si brutale que je ressens encore les stigmates jusqu’à aujourd’hui. J’ai été traînée dans les rues de mon village natal et j’ai été battue par des voyous parce que j’ai pris part à une manifestation pacifique qui appelait à des réformes.

 

Je suis des études dans deux universités à Alep. J’étudie le droit et la littérature anglaise. Je ne suis membre d’aucun groupe armé. Je ne suis pas une salafiste, ni affiliée aux Frères musulmans. Ce « merveilleux » régime « laïc » n’a donc rien à craindre. L’« islamisme » qui coule dans mes veines ne représente un danger ni à la liberté ni au baasisme.

Je suis une chrétienne, membre de cette « minorité » que le régime prétend protéger. Ce régime m’a torturée comme le reste des prisonniers, ne prenant pas compte de leur âge, sexe ou confession.

  

Alors je m’adresse à vous, vous qui soutenez le pouvoir. Répondez-moi, pour l’amour de Dieu : pourquoi une fille comme moi devrait-elle avoir dorénavant peur des musulmans extrémistes ?

Les musulmans ne m’ont jamais arrêté. Ils n’ont jamais tué ou torturé mon peuple. Ils ne m’ont jamais forcé d’émigrer vers un pays lointain et froid. Mais le régime, lui, a fait tout cela. Cette institution criminelle comprend des personnes de toutes les confessions et le seul point qu’ils ont en commun est leur nature meurtrière.

Ce régime m'a forcée – moi, la fille aînée de ma famille – de quitter ma mère, mon père et mes frères. Il m’a éloignée de Yasmine, Jamal, Rouba et de tous mes amis que j’adore. Il m’a privée de l’école, de la Syrie et a brisé tous mes rêves et ambitions.

 

En qui dois-je avoir confiance ? Qui va me protéger ?

Je ne fais confiance qu’aux révolutionnaires de mon pays et je n’ai de respect que pour eux. « Les Syriens libres », ceux qui se sacrifient tous les jours pour que je puisse rentrer chez ma mère, pour que chaque prisonnier ou exilé puisse revenir chez lui, pour que la Syrie appartienne à son peuple, peu importe leur affiliation ou leur croyance. Je n’ai confiance qu’en ces gens-là.

 

Le régime, par contre, je n’aurais plus jamais confiance en lui. Il a détruit ma vie. C’est de sa faute que beaucoup de mes proches sont fâchés de moi. Il les a leurré en leur faisant croire qu’il est le seul capable de protéger les minorités. (…)

 

Mon âme se déchire par tristesse sur la ville de Homs. Mon cœur est avec vous. J’ai tellement honte de ma peur face à votre courage.

Je garderai la révolution en moi où que j’aille. Je la suivrai là où elle m’emmènera. »

 

Publié dans Syrie

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