Alors que le Maroc exclut la tenue d'un référendum au Sahara occidental, toute une génération montante de Sahraouis s'impatiente et veut en découdre.

 

Des dizaines de personnes ont été blessées, dimanche dernier, lors d'affrontements «violents» dans la ville de Dakhla occupée (Sahara occidental) entre des Sahraouis et des colons marocains de Hay El Ouakala soutenus par des policiers en civil, a rapporté hier, l'Agence d'information sahraouie (SPS)l.
«Plus de 17 véhicules transportant des soldats ont été aperçus en direction de la zone séparant Hay El Ouakala et Dakhla occupée», précise SPS. Les affrontements ont commencé après un sit-in organisé pour dénoncer l'agression dont ont fait l'objet des Sahraouis au stade de Dakhla lors d'une rencontre entre le Mouloudia de Dakhla et le Chabab de Mohamadia du Maroc, selon la même source qui ajoute qu'«un groupe d'extrémistes parmi les colons marocains ont agressé des Sahraouis malgré la présence des forces royales qui n'ont fait qu'encercler le lieu». Voilà donc un autre fait qui vient renforcer la certitude que Rabat ignore le droit à l'autodétermination du peuple sahraoui. Mais la poudre risque de re-parler dans les territoires sahraouis occupés par le Maroc depuis plus de trente-cinq ans. «Les Sahraouis, et surtout les jeunes, sont aujourd'hui exaspérés et frustrés par le fait que le règlement de leur question sacrée soit dans l'impasse, à cause des tergiversations et de l'entêtement du Maroc» a déclaré, dimanche, le Premier ministre sahraoui à l'occasion de la tenue de la 3e Conférence internationale des villes solidaires avec le peuple sahraoui qui s'est déroulée en Italie, dans un entretien accordé à l'APS. De quel ordre pourraient être les répercussions de cet état de fait? «Il est par conséquent à craindre que cet état de fait ne conduise à l'irréparable qui ne manquerait sans doute pas d'avoir des conséquences négatives sur la stabilité et la sécurité de la région méditerranéenne dans son ensemble», a indiqué Abdelkader Omar.
Un conflit armé est-il à craindre dans ces conditions? «Les délégués au prochain congrès du Front Polisario pourraient prendre des décisions extrêmes (reprise de la lutte armée) que personne ne veut ni ne souhaite, du fait que les autorités sahraouies ont depuis 20 ans privilégié les moyens politiques pour le règlement du conflit sahraoui», a averti le patron de l'Exécutif sahraoui qui a exhorté l'Union européenne et la communauté internationale à «intervenir en faisant pression sur le Maroc, pour trouver au plus vite une solution politique négociée à la question sahraouie qui passe par l'accession du peuple sahraoui à son droit à s'autodéterminer».
Pendant ce temps-là, le Royaume chérifien continue sa fuite en avant et se fend en déclarations à travers des colloques et des conférences taillées sur mesure à son projet d'autonomie sans que les résolutions votées par le Conseil de sécurité de l'ONU, qui garantissent le droit au peuple sahraoui de s'exprimer librement quant à son destin, n'aient droit de cité. «Le projet d'autonomie offre la solution idoine pour régler le différend sur le Sahara et mettre fin au drame humain et le déni des droits que vivent les populations retenues dans les camps de Tindouf» auraient déclaré des participants à une conférence intitulée «La dimension humaine dans la résolution des conflits», a rapporté l'agence de presse officielle marocaine MAP dans une dépêche datée du 22 septembre 2011. Le conflit du Sahara occidental est dans l'impasse. Il s'enlise au fil du temps qui passe. Mis entre parenthèses et à l'écart des feux de la rampe d'une actualité structurée par les révoltes arabes, la question palestienne... les autorités et la presse marocaines ont trouvé dans le conflit libyen une aubaine pour diaboliser le Front Polisario (accusé injustement de soutenir les forces demeurées loyales à Mouamar El Gueddafi voir l'Expression du 4 septembre 2011) et l'Algérie pour faire la promotion de leur projet de large projet d'autonomie pour le marchander contre la reconnaissance du Conseil national de transition comme unique et légitime représentant du peuple libyen. «L'Algérie assume l'entière responsabilité du drame qui se joue dans les camps de Tindouf et a, par conséquent, l'obligation et la responsabilité d'y faire respecter les droits de l'homme,» a ajouté Maghreb Arab Press qui cite des intervenants (sans attribuer nommément ces propos à qui les a tenus-Ndlr) qui ont pris part à la rencontre dont il est fait référence plus haut. Une bien curieuse manière de procéder pour soutenir les nouveaux hommes forts de Tripoli et d'applaudir la chute de l'ex-Guide de la Jamahiriya. C'est ainsi. C'est donnant-donnant. Nos voisins de l'Ouest ne perdent pas le Nord.

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" Printemps des Peuples "

Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent
 
Tunisie, Algérie, Egypte, Jordanie, Yémen... L’histoire ne se répète jamais à l’identique, mais elle se répète. Et si trop de facteurs différents la déterminent entre ici et là, entre un siècle et l’autre, rendent unique chacun de ses évènements, tourments, pulsions, sursauts, bouleversements, assez d’éléments, de causes et d’effets se ressemblent, pour que l’on en tire d’utiles leçons. Aussi, pour n’être que lointaine, la parenté entre le Printemps des Peuples en 1848 et les évènements qui, partis de Tunisie, secouent aujourd’hui le monde arabe, n’en est pas moins évidente. Et les enseignements que l’on peut tirer au sud de la Méditerranée de ce qui se passa il y a 163 ans à son septentrion, sont nombreux, le premier à retenir étant que ceux qui animent les peuples ne doivent jamais relâcher l’attention et la pression. Trop facilement en effet, dès quelques satisfactions mineures (alimentaires et culturelles) obtenues, les masses inertes, égoïstes et craintives, galvanisées un instant, refluent, pour laisser aux renards occuper l’espace ouvert par les nouvelles libertés de circulation et d’alimentation dans le « poulailler » national.
 
 Giulio-Enrico Pisani

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