Première victoire en Europe contre une loi de privatisation de la santé

Publié le par printempsdespeuples44

Le premier ministre roumain, Emil Boc, a reconduit le populaire Raed Arafat à son poste de sous-secrétaire d’État au ministère de la santé. Sa démission la semaine dernière suite aux réformes des soins de santé proposées par le gouvernement avait déclenché des manifestations violentes à travers le pays.

Un projet de loi sur les soins de santé provoque

un tollé en Roumanie

http://www.euractiv.com/node/510174

Published 16 January 2012 - Updated 17 January 2012

Les efforts du gouvernement pour l’adoption d’un projet de loi controversé sur les soins de santé ont déclenché des protestations parfois violentes qui se sont transformées en manifestations de mécontentement général à propos de la situation économique du pays et de son gouvernement.

La démission la semaine dernière du sous-secrétaire d’État au ministère de la santé, Raed Arafat, suite à la décision du gouvernement d'introduire un projet de loi visant à privatiser la moitié du système de santé, a déclenché une série de manifestations à travers le pays.

Le gouvernement a renoncé à sa proposition, mais les manifestations se sont poursuivies tout le week-end. Dimanche (15 janvier), des manifestants munis de pierres et de cocktails Molotov se sont réunis près de l'université de Bucarest et de violents affrontements ont eu lieu entre la police et les manifestants. Il s'agit des affrontements les plus violents dans la capitale roumaine depuis la révolution de 1989 contre le leader communiste Nicolae Ceauşescu.

Au moins 29 personnes ont été blessées et 15 d'entre elles ont été hospitalisées.

Des motivations différents

« Sortez de chez vous si vous voulez changer les choses », scandaient les manifestants dans le centre de Bucarest. Les raisons qui ont poussé la population à descendre dans les rues varient.

Certaines des 2000 personnes rassemblées à l'université réclamaient la démission du président actuel, Traian Băsescu, ainsi que la suspension des mesures d'austérité qui ont entraîné des baisses pour les salaires et les retraites de l'ordre de 25 % l'année dernière.

Les supporters des grands clubs de football Steaua et Dinamo, largement présents lors des manifestations, se sont montrés les plus virulents. Leur principale revendication semblait toutefois concerner une loi interdisant l'utilisation de matériel pyrotechnique dans les stades.

D'autres manifestations similaires ont eu lieu dans deux grandes villes du pays, Braşov et Timişoara.

Les manifestants ont été décrits comme des « hooligans » dans certains médias roumains, suite au pillage et à la mise à sac de plusieurs boutiques et cafés du centre-ville. Plusieurs arrêts de bus et feux de signalisation ont été endommagés.

L'opposition jette de l'huile sur le feu

Crin Antonescu, le président du Parti national libéral (PNL) de l'opposition, a appelé ses partisans à rejoindre les manifestants « de manière pacifique ».

M. Antonescu a réclamé l'organisation d'élections anticipées pour renverser le gouvernement actuel qui a « intimidé » le pays au cours de ces dernières années. Il a également lancé un forum en ligne rassemblant des signataires favorables au départ du président, selon un reportage d'EurActiv Roumanie.

« Tous ces gens [...] montrent au gouvernement que pour éviter les violences, il doit prendre les mesures qui s'imposent concernant les personnes au pouvoir », a déclaré M. Antonescu dimanche soir.

Le premier ministre, Emil Boc, a affirmé que même si la liberté d'expression était garantie en Roumanie, seules les manifestations pacifiques seraient tolérées. « La violence dans les rues est inacceptable », a-t-il expliqué dans son discours aux citoyens. M. Boc a fait part de son sentiment de compassion face à la « période très difficile » que traversent les Roumains à cause d'une crise « bien pire que quiconque n'aurait pu l'imaginer ». 

La Roumanie réclame la fin du mécanisme de

coopération et de vérification

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Published 17 January 2012

 

Le ministre roumain de la justice, Cătălin Predoiu, a déclaré que son pays avait accepté de faire des efforts sans précédents pour réformer son système d'application des lois. Il a laissé entendre que Bucarest souhaitait que le programme de contrôle mis en place par l'UE il y a cinq ans prenne fin cet été.

M. Predoiu a expliqué à la presse bruxelloise hier (16 janvier) que la principale raison de sa visite était la nécessité de mettre en lumière les récents progrès réalisés par son pays dans le domaine des réformes du système judiciaire.

Le système judiciaire roumain fait l'objet de contrôles dans le cadre du mécanisme de coopération et de vérification qui a été mis en place lorsque le pays a rejoint l'UE il y a cinq ans (voir « Contexte »).

M. Predoiu a rencontré la commissaire aux affaires intérieures, Cecilia Malmström, ainsi que Viviane Reding, la vice-présidente de la Commission en charge de la justice, des droits fondamentaux et de la citoyenneté. Il a également rencontré Catherine Day, la secrétaire générale de la Commission et la coordinatrice du mécanisme de coopération et de vérification (MCV) pour la Roumanie et la Bulgarie.

M. Predoiu a expliqué que leurs discussions avaient été de nature technique, mais que l'avenir du MCV avait été abordé.

Dans son dernier rapport, la Commission demandait à la Roumanie et à la Bulgarie d'améliorer le fonctionnement de leur système d'application des lois d'ici l'été 2012. Une fois cette date butoir dépassée, la Commission a affirmé qu'elle présenterait des « propositions appropriées ». Le rapport de l'année a été très différent pour les deux pays : la Roumanie s'est vue félicitée pour ses progrès, mais la Bulgarie a plutôt dû essuyer des critiques sévères.

Selon M. Predoiu, le prochain rapport à mi-parcours, qui devrait être publié dans deux ou trois semaines, sera de nature technique. Il a toutefois laissé entendre que le rapport attendu en été pourrait mettre un point final au contrôle exercé dans son pays par l'UE.

« Le rapport de cet été serait une sorte de conclusion des résultats de l'application du mécanisme », a-t-il déclaré.

La Commission a beaucoup apprécié « les succès de ces derniers mois », a-t-il ajouté. Il a mentionné que la Roumanie avait été félicitée pour son nouveau Code civil qui devrait entrer en vigueur le 1erjuin, ainsi que pour ses nouvelles mesures sur la responsabilité disciplinaire des magistrats.

La stratégie anti-corruption, mise en place par le ministère roumain de la justice, a été très appréciée par Mme Malmström, a expliqué M. Predoiu, ajoutant que l'application de cette stratégie serait contrôlée dans le cadre des mesures anti-corruption au niveau européen.

Lutte anti-corruption au niveau européen

La Commission européenne a dévoilé pour la première fois le 6 juin des propositions vouées à combattre la corruption dans l'UE. A cette occasion, Mme Malmström a annoncé la mise en place d'un mécanisme européen pour rendre compte de la corruption, capable d'identifier les « échecs et les points faibles dans les 27 États membres de l'Union ». Ce mécanisme devrait s'inspirer de l'expérience acquise par l'UE en Bulgarie et en Roumanie.

Interrogé sur l'adhésion de la Roumanie à l'espace Schengen de libre circulation, à laquelle s'opposent les Pays-Bas jugeant les progrès insuffisants dans le cadre du MCV, M. Predoiu a déclaré que la question avait été abordée de « manière indirecte ».

Ni la Roumanie, ni la Commission, ne voient de lien entre le MCV et Schengen, a-t-il affirmé. Il a ajouté qu'étant donnée la position des Pays-Bas, son pays avait recours à des canaux diplomatiques bilatéraux pour faire savoir qu'une décision devait être prise, et ce conformément aux traités européens.

Le ministre roumain a également déclaré que le MCV avait contribué à la mise en oeuvre de réformes dans son pays, mais qu'il était nécessaire de s'assurer que ces réformes deviennent irréversibles. Il a laissé entendre que cet objectif pourrait être atteint avant le rapport attendu l'été prochain.

Lorsqu'EurActiv lui a demandé s'il pensait que la Bulgarie pourrait s'aligner sur les progrès de la Roumanie, il a répondu que Sofia devait relever deux défis supplémentaires, l'un d'entre eux étant un « sérieux problème » lié au crime organisé.

L'an passé, plusieurs explosions ont secoué la capitale bulgare lors de la visite de hauts fonctionnaires européenset de la publication du rapport du MCV. Les responsables de ces attaques n'ont pas été appréhendés.

Un ministre roumain révoqué après des

dérapages sur son blog

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Published 24 January 2012 - Updated 26 January 2012

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Le ministre roumain des affaires étrangères, Teodor Baconschi, a été révoqué hier (23 janvier), une semaine après avoir qualifié les personnes manifestant contre les mesures d'austérité et le gouvernement de « miteux violents et ineptes ». M. Baconschi aurait appris son renvoi lors d'une réunion avec ses homologues européens à Bruxelles.

Quelques minutes avant le début d'une session parlementaire extraordinaire consacrée aux manifestations anti-austérité qui ont secoué le pays, le premier ministre, Emil Boc, a téléphoné à M. Baconschi pour l'informer de sa révocation.

Les manifestants qui protestent contre les mesures d'austérité et le gouvernementse sont réunis pour la 11e journée consécutive dans le centre le Bucarest sur la place de l'Université. Un témoin a toutefois affirmé que la foule avait été réduite de moitié et qu'elle était moins enthousiaste en raison du mauvais temps.

M. Baconschi, qui occupait le poste de ministre des affaires étrangères depuis décembre 2009, a pris cet appel lors d'une réunion du Conseil européen sur l'embargo pétrolier en Iran.

« Personne ne s'y attendait aujourd'hui, cela fait déjà une semaine qu'il a posté des commentaires sur son blog concernant les manifestations », a déclaré à EurActiv une source proche des discussions. « Il est arrivé à la réunion du Conseil européen en qualité de ministre des affaires étrangères et en est ressorti sans son titre. »

Des commentaires controversés

M. Boc a expliqué à M. Baconschi qu'il avait parfaitement rempli ses fonctions, mais qu'il serait révoqué en raison de « certains commentaires publiés sur son blog ».

Une source diplomatique a déclaré à EurActiv que M. Baconschi paraissait « décontracté » quelques heures après avoir reçu le coup de téléphone lui annonçant sa révocation. M. Baconschi restera le premier vice-président du Parti libéral-démocrate (PLD).

M. Baconschi s'est exprimé sur son blog lorsque les manifestations contre l'austérité ont commencé dans le pays. Il a qualifié les manifestants de « banlieusards ineptes et violents ».

Il a écrit que l'opposition manipulait les manifestants, « ces personnes abruties par la télévision, pétrifiées face à des scénarios apocalyptiques qui sont toujours démentis dans la réalité » et qu'elle avait, plus récemment, commencé à lâcher des « brutes » dans les rues.

Ce diplomate a qualifié les manifestations de « lutte entre les forces du passé et le projet d'une nouvelle Roumanie » et il a déclaré que ces « banlieusards ineptes » ne représentaient pas l'avenir, contrairement à la Roumanie qui travaille.

M. Baconschi avait déjà déclaré, juste après avoir posté ce commentaire sur son blog personnel, qu'il ne faisait référence qu'aux manifestants violents, pour la plupart des fans de football, et non pas aux manifestants pacifiques. « Tout le monde a semblé accepter cette explication, une semaine est passée et nous avions presque oublié », a expliqué la source proche des discussions.

M. Baconschi avait joué le rôle de négociateur entre le gouvernement et les manifestants, mais la foule a rejeté ses appels à la réconciliation et a critiqué les commentaires postés sur son blog.

Une décision politique

Cristian Diaconescu devrait sans doute succéder à M. Baconschi. Il s'agit de l'un des trois présidents de l'Union nationale pour le progrès en Roumanie (UNPR) qui a occupé le poste de ministre des affaires étrangères pendant neuf mois en 2008 et 2009.

« L'UNPR brigue ce poste depuis longtemps et ils auraient pu menacer de se retirer de la coalition au pouvoir juste avant la réunion extraordinaire d'aujourd'hui », a expliqué une source à EurActiv. Cela pourrait expliquer la rapidité avec laquelle la décision de révoquer M. Baconschi par téléphone a été prise.

L'UNPR a été créée sous la forme d'un parti indépendant et a servi de plateforme de recrutement pour les anciens membres de l'opposition, qu'il s'agisse des socio-démocrates ou des libéraux, pour construire une coalition avec le parti au pouvoir.

L'ancien ministre des affaires étrangères, Teodor Meleșcanu, aujourd'hui l'un des vice-présidents du Parti national libéral, a déclaré que la révocation de M. Baconschi n'était qu'une question d'image qui n'aura pas d'impact et qui ne fera que porter atteinte à la crédibilité de la Roumanie sur la scène internationale.

Adrian Cioroianu, qui a occupé le même poste en 2007 et 2008, a expliqué que M. Baconschi était déjà le talon d'Achille de son parti depuis un certain temps. « Tout a commencé lorsqu'il s'est mis à jouer un rôle politique, puis les déclarations qu'il a faites n'ont fait qu'alimenter la controverse », a affirmé M. Cioroianu. « Mais ce doit être très déplaisant de recevoir ce genre de nouvelle lors d'une mission. »

L'opposition réclame des élections anticipées

Les libéraux, qui constituent l'un des principaux partis de l'opposition, ont saisi l'occasion des manifestations et du départ de M. Baconschi pour présenter leur démission au parlement, réclamant des élections présidentielles anticipées.

Le premier à démissionner a été le député libéral Ludovic Orban, suivi de deux membres de son parti, Adriana Săftoiu et Ciprian Dobre. Le Parti libéral a déclaré qu'il espérait que les membres de l'autre parti de l'opposition, le Parti social-démocrate, présenteraient bientôt leur démission et tenteraient de renverser le gouvernement.

 

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