Maroc : Appel général à la grève pour le 1er anniversaire du 20F, violents affrontements entre des habitants et la police à Taza 05.01.12

Publié le par printempsdespeuples44

 

La ville de Taza a retrouvé son calme après une journée agitée, ce mercredi 4 janvier. Une vingtaine de personnes ont été blessées après des affrontements entre les forces de l’ordre et des jeunes de la ville. Une scène d’émeutes qui s’est  déclenchée suite à un sit-in de diplômés chômeurs rejoints par les habitants de la ville.
Mohamed Chiabry, président de la section locale de l’Association Marocaine de Défense des Droits de l’Homme, interrogé par la radio Aswat, a déclaré qu’il y avait au moins 30 blessés dont 5 graves, dans les deux rangs, lors des violents affrontements ayant opposé les forces de l’ordre à des jeunes de la ville de Taza. Les blessés ont été transférés aux urgences de l’hôpital provincial Ibn Baja pour recevoir les soins nécessaires.

Une manifestation qui dégénère

Tout a commencé mercredi 4 janvier, vers 11 heures du matin, devant le siège de la province de la ville de Taza, où des diplômés-chômeurs ont voulu, à l’instar de leurs camarades dans plusieurs villes, occuper le bâtiment public. Les forces de l’ordre, selon une vidéo que nous avons reçue, sont intervenues pour les disperser. Les heurts se sont poursuivis dans les quartiers environnants, notamment le quartier populaire Koucha. Des jeunes de ces quartiers se sont alors joints aux manifestants pour dénoncer la précarité et le chômage.

Des incidents se sont par la suite produits à proximité du siège de la province où des manifestants (dans leur majorité des adolescents), ont mis le feu à un véhicule de police.

Benkirane va rencontrer les diplômés-chômeurs…

Les événements de Taza ne sont pas un cas isolé: depuis quelques années, les diplômés-chômeurs, à coups de manifestations quotidiennes, demandent d’intégrer la fonction publique.

Pour le nouveau chef du gouvernement qui vient d’être mis en place, Abdelilah Benkirane, il a déclaré, jeudi à Rabat que les diplômés-chômeurs trouveront une oreille attentive auprès de lui. Mais, le premier ministre demande du temps et affirme à l’AFP que les postes de la fonction publique seront accordés.

“J’ai décidé de rencontrer les diplômés chômeurs pour les écouter et dialoguer avec eux. Je veux surtout leur dire que les postes dans la fonction publique seront accordés selon la compétence et les besoins. Je veux leur dire aussi que le gouvernement vient d’être installé et qu’il faut un peu de temps.”

Abdelilah Benkirane, premier ministre.

Les diplômés chômeurs manifestent presque quotidiennement à Rabat réclamant leur intégration dans la fonction publique et selon les derniers chiffres officiels, le taux de chômage chez les jeunes de moins de 34 ans au Maroc est de l’ordre de 31,4%.

Noura Mani

 

Vers 10 h du matin (du mercredi 4 janvier 2012), deux groupes de jeunes enchômagé-es étaient en sit in pacifique devant la préfecture de Taza: les militant-es de l’ANDCM d’un côté et un groupe de moujazines (licenicié-es) de l’autre. Ils ont été agressés par la suite par des forces de répression.
Cette agression a mis le feu à la poudrière sociale. Les jeunes du quartier populaire Elkoucha se sont joints aux victimes et ce fut le début des affrontements généralisés. Des dizaines de blessés. Des dégâts matériels importants. En ce moment 20h5mn, Taza connait un calme très précaire. Signalons que:
- Des renforts ont été acheminés de Fès et des autres villes de la région. La répression était vraiment sauvage

-Taza, une des région les plus pauvres du pays, connait depuis des mois des marches populaires (dans le cadre du MVT20FEVRIER…), des sit in…
- Les habitants du quartier populaire El Koucha n’ont pas cessé de protester contre la cherté de la vie: augmentation des prix, des factures d’électricité, d’eau… -

- Les étudiants de la fac ont rejoint les victimes de la répression. Les représentants locaux de l’Etat n’ont fait jusqu’à présent qu’attiser le feu de la colère légitime des marginalisés, des exclus des laissés pour compte…et ce n’est pas le bouffon Benkirane qui va l’éteindre.
Ali Fkir

 

 

 

Après les affrontements d’aujourd’hui à Taza qui ont opposé des manifestants déterminés aux forces de l’ordre ; une bataille rangée qui s’est soldée par une vingtaine de blessés et plusieurs voitures de police brulées, des vidéos accrochés sur YouTube et qui circulent sur le net marocain, montrent le degré de haine d’une frange de la population marocaine contre la monarchie.

Dimanche dernier à Taza, lors d’une manifestation spontanée dans un quartier de Taza des slogans très durs ont été entendus contre la monarchie et les Alaouites. Nous sommes là dans un cas qui défie les statistiques complaisantes et soigneusement manufacturées faisant de la monarchie un bien intouchable.

« Pourquoi nous sommes pauvres ?« , scande un groupe de manifestants, ce à quoi un autre groupe lui répond « parce que les Alaouites sont des voleurs« .

Puis, le premier groupe reprend : « Il n’y a qu’une parole« , et la foule réplique « la monarchie est corrompue« .

A la fin, tout le monde reprend le leitmotiv des révolutionnaires arabes de 2011 : « Le peuple veut la chute du régime« .

Le fait nouveau ne réside pas dans la gravité de ces propos et ces accusations dirigées directement au monarque, mais plutôt dans leur persistance et leur spontanéité. Ces propos n’auraient jamais été tenus il y a un an, maintenant non seulement on les crie tranquillement dans la rue, mais on le fait un peu partout, surtout dans les régions dites « sensibles », comme le nord du pays. Et avec de plus en plus d’entrain.

C’est comme une boite de Pandore de la parole libérée qui s’est ouverte et dont on ne sait plus comment ni quand elle se refermera.

Badr Soundouss

 

Appel général à la grève pour le premier anniversaire du 20F

 

Rabat.- La coordination de Rabat du mouvement du 20 février a proposé à l’ensemble des coordinations nationales la commémoration du premier anniversaire du mouvement par l’organisation d’une marche unifiée à Rabat, le dimanche 19 février, suivie d’une action de grève générale, le 20 février 2012.
Selon les premiers éléments qui ressortent de la réunion qui s’est tenue le 2 janvier 2012, la coordination de Rabat organisera un sit-in de protestation contre la cherté des factures d’eau et d’électricité, le vendredi 6 janvier au quartier du Takkadoum suivie d’un autre, le samedi 7 janvier quartier Akkari, à Rabat.
Les deux sit-in étant appelés à se reproduire, les 13 et 14 janvier dans les deux mêmes quartiers.
Au cours de la même assemblée générale, il a été décidé, également, de mener une marche du mouvement, le 22 janvier, au départ de Bab Al Had, à Rabat.
Un appel a, également été lancé, à l’ensemble des syndicats et des secteurs de l’emploi, dans le souci d’assurer la réussite de la grève du 20 février.
S.E

 

Premier conseil d’un gouvernement «très machiste»

 

La nouvelle équipe gouvernementale qui ne compte qu’une seule femme s’est réunie ce jeudi pour son premier conseil de gouvernement sous la conduite de l’islamiste Abdelilah Benkirane.

 

Le nouveau gouvernement, composé de 30 ministres, ne compte en effet que Mme Bassima Hakkaoui (Parti de la justice et du développement, PJD), ministre de la solidarité, de la femme, de la famille et du développement social.

Cette marginalisation explicite de la femme a suscité colère et incompréhension des associations féminines ainsi que de citoyens et autres observateurs d’autant que la nouvelle Constitution que ce gouvernement, fraîchement nommé, a promis d’appliquer consacre l'égalité et l'équité entre hommes et femmes. Est-ce du machisme?

Face aux critique, le premier ministre Benkirane a assuré qu'il n'y avait aucune volonté d'exclure les femmes."Je peux vous assurer qu'il n'y avait aucune volonté d'exclure les femmes de ce gouvernement", a-t-il dit lors d'une rencontre avec des journalistes à Rabat, à sa sortie de la première réunion du conseil de gouvernement.

"Il n'y a aucune raison de s'indigner. Ce n'est pas un problème. Ce qu'il faut surtout, ce sont des gens compétents. Les partis ont essayé... mais ce n'est pas facile", a ajouté M. Benkirane en réponse à des critiques émanant notamment d'associations féministes. "Pour ce qui est de notre parti, il y avait au début 14 candidates au poste de ministres. Une seule a été retenue. Vous voyez? Ce n'est pas facile", a-t-il justifié.

Second accroc, ce premier conseil soulève déjà une polémique sur la constitutionnalité de sa tenue. Le nouvel exécutif n'ayant pas encore obtenu la confiance de la Chambre des Représentants.

Lors des travaux de son premier conseil de gouvernement, Abdelilah Benkirane, sans cravate du fait de son "allergie" à ce bout de tissu, a de nouveau répété que son gouvernement dialoguera avec toutes les parties en toute transparence et a insisté sur la nécessité de réconcilier le citoyen avec les institutions de l'Etat.

Le choix des ministres n’a pas non plus satisfait tout le monde notamment les Istiqlaliens qui reprochent à leur premier ministre sortant Abbas El Fassi les critères de ses choix, lesquels relèveraient du népotisme (deux de ses gendres sont ministres) et du clientélisme.

Selon des sources, des parlementaires istiqlaliens menacent de ne pas voter en faveur du gouvernement Benkirane dans l'attente de la tenue d'un congrès extraordinaire du parti pour destituer Abbas El Fassi de son poste de secrétaire général du parti.

L'opposition attend, elle aussi, de pied ferme la Déclaration gouvernementale qui devrait constituer le cadre général de la démarche du nouvel exécutif, conduit par le PJD. Certaines sources croient savoir qu’il faut attendre une dizaine de jours pour que le texte soit validé en Conseil des ministres. Le document préparatoire serait déjà élaboré par les quatre binômes formés par les partis alliés. Il s'est basé sur les programmes des partis constituant la nouvelle majorité (PJD, Istiqlal, PPS, MP).

Selon le nouveau ministre de l'Economie et des finances, Nizar Baraka. la préparation de la Déclaration gouvernementale sera guidée par les nouvelles dispositions constitutionnelles, la Charte de la majorité et les programmes électoraux de ses composantes.

Il a également indiqué que la Déclaration accordera la priorité à la question de la gouvernance, qui signifie la lutte contre la corruption, le développement de la transparence et l'encouragement d'une administration au service du citoyen.

 

 

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