Maroc : Troubles et émeutes à Beni Mellal après dispersion d'une manifestation pacifique du Mouvement du 20 février 13.02.12.

Publié le par printempsdespeuples44

Rabat.- Les violentes émeutes de Taza vont-elles faire tâche dans d’autres villes du Maroc ? Hier soir, dimanche, de violents affrontements ont opposé les forces de l’ordre à des jeunes de la ville de Beni Mellal. Selon des témoins, les troubles ont éclaté après que la police ait chargé pour disperser une manifestation pacifique du Mouvement du 20 février.
Selon les mêmes témoins, face à la brutalité policière, les activistes du M20F ont été rejoints spontanément par d’autres jeunes, des supporters du club local de football, le Raja de Beni Mellal, qui se seraient pris aux forces de l’ordre.
Les troubles auraient touchés le centre ville, ainsi que les quartiers de Hay El Hansali et d’El Amria.
On compte des dizaines de blessés, deux voitures de police auraient été brûlées et des édifices publics endommagés. Selon un site électronique local, une agence bancaire d’Attijari-Wafabank, avenue des FAR, a été attaquée par des manifestants (Voir photo).
Demain a essayé d’entrer en contact avec le Centre hospitalier régional de Beni Mellal. En vain. Personne ne prend le téléphone.
La police a procédé à des arrestations massives, arrêtant au passage des passants qui n’auraient rien à voir avec les manifestants.
D’autre part, on nous signale que plusieurs véhicules des forces de l’ordre se dirigeraient à cet instant vers la localité voisine de Fkih Bensalah, distante d’une quarantaine de kilomètres de Beni Mellal, pour prévenir de possibles troubles.
 
Demain
A la veille de l'anniversaire du M20 et de la Journée mondiale de la justice sociale : Violents affrontements à Béni Mellal

A la veille de l'anniversaire du M20 et de la Journée mondiale de la justice sociale : Violents affrontements à Béni Mellal
Les supporters du club du Raja de Béni-Mellal ont joué, dimanche 12 février, les trouble-fêtes du Mouvement du 20 février. Leur intrusion dans un sit-in du M20 a vite dégénéré en de violents affrontements avec les forces de l'ordre qui n'ont pas hésité à disperser les manifestants en usant de ce que certains juristes en rupture de ban appellent violence légitime.
A en croire certains témoignages, tout a commencé vers 18h00 après la fin du match opposant l'équipe de la ville contre le Mouloudia Club d'Oujda. Des supporters du Raja de Béni-Mellal ont rejoint le sit-in organisé par des militants du M20 à la Place El Amal et ont commencé à scander les slogans du Mouvement contre le despotisme et la prévarication. Mais, soudain les forces de l'ordre sont intervenues violement contre l'ensemble des protestataires qui n'ont pas mis longtemps à réagir.
Le sit-in s'est transformé alors en un affrontement généralisé qui a débouché sur les boulevards Ahmed El Hansali, FAR, Mohammed V et Place El Massira.
Selon certaines sources, des jets de pierres auraient eu lieu des deux côtés, une voiture aurait été renversée et une autre aurait été brûlée près de la préfecture de la ville. Une des routes menant à la Place El Amal aurait été bloquée par des barrages de pierres. D'autres sources ont confirmé que les vitrines d'une agence bancaire auraient été caillassées par des individus cagoulés.
Une autre version a indiqué que les supporters n'ont aucun lien avec ces incidents et que l'éclatement de ces violences a commencé lorsque des membres du M20 ont commencé à distribuer des tracts appelant à la participation à la marche du 19 février. La tension est montée d'un cran lorsque les forces de l'ordre ont arrêté deux d'entre eux.
Qui dit vrai? Qui dit faux? Difficile de se prononcer. Pourtant, les militants du M20 se déchargent de toute responsabilité dans l'éclatement de ces incidents et rassurent qu'ils ne se reproduiront pas en promettant une marche pacifique la semaine prochaine pour commémorer la création de leur mouvement. De fait, ce 20 février marquera deux anniversaires. Outre le premier relatif à la création du Mouvement marocain éponyme, ce sera également la Journée mondiale de la justice sociale. Née le 26 novembre 2007, celle-ci offre l'occasion à tous les Etats membres de l'ONU de mener des activités concrètes visant à promouvoir les buts et objectifs du Sommet mondial pour le développement social et ceux que l'Assemblée générale des Nations unies a arrêtés lors sa vingt-quatrième session extraordinaire. Elle leur offre aussi l'occasion de se remémorer le fait que la justice sociale est fondée sur l'égalité des droits pour tous les peuples et la possibilité pour tous les êtres humains sans discrimination de bénéficier du progrès économique et social partout dans le monde et que le fait de promouvoir la justice sociale ne consiste pas simplement à augmenter les revenus et à créer des emplois. C'est aussi une question de droits, de dignité et de liberté d'expression, ainsi que d'autonomie économique, sociale et politique.
Aujourd'hui, ce concept est confronté à de grands défis, y compris au Maroc. La pire crise économique mondiale des soixante dernières années qui a provoqué d'énormes perturbations économiques à travers le monde aura des retombées négatives sur notre pays. Le chômage y a atteint un niveau alarmant et celui des jeunes demeure particulièrement préoccupant. La plupart des emplois créés le sont dans le secteur informel et ils se caractérisent par de faibles rémunérations et de mauvaises conditions de travail. Les travailleurs pauvres ou en situation d'emploi vulnérable se multiplient. Le haut niveau d'insatisfaction sociale et le potentiel de troubles sociaux sont donc une source d'inquiétude d'autant plus grandissante qu'ils épousent souvent des demandes pressantes d'équité, de démocratie et de liberté.
Le Maroc qui s'est engagé résolument sur la voie des réformes tant constitutionnelles qu'institutionnelles dérogera-t-il, cette année et en dépit de la concordance des anniversaires, à son refus obstiné de conférer à cette date l'aura qui doit être la sienne ?
Coalition marocaine contre la peine de mort
En campagne pour l'abolition

Dans le cadre de la campagne mondiale pour la ratification du protocole des Nations Unies sur l'abolition de la peine de mort, la coalition marocaine contre la peine de mort multiplie les rencontres visant à sensibiliser l'opinion publique. En se basant sur les articles 20 et 22 de la Constitution, la CMCPM entend faire pencher la balance en créant un climat favorable à des réformes sur le plan législatif, puis juridique. Elle a provoqué un nouveau débat vendredi.

Illustration: Des jeunes de la section marocaine d’Amnesty International demandent l’abolition de la peine de mort/ Amnesty International./DR
Illustration: Des jeunes de la section marocaine d’Amnesty International demandent l’abolition de la peine de mort/ Amnesty International./DR
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“Contribuer au débat sur l'abolition de la peine capitale, et former une opinion publique qui aborde ce sujet de manière ferme”. Tel était selon l'avocat Abderrahim Jamai, l'objectif de la conférence organisée vendredi par la Coalition marocaine contre la peine de mort (CMCPM) sous le thème: “Constitution et droit à la vie”.

Composée de onze associations de défense des droits de l'homme, la CMCPM a fait valoir la pratique juridique et la dynamique que connait le monde, comme argumentaires en faveur de l'abolition de cette peine.

Pour Me Jamai, coordinateur national de cette coalition, les débats de ce type tendent également à créer un climat favorable à l'abolition de la peine capitale au niveau législatif en premier lieu, puis au niveau juridique.

En République dominicaine et en Lettonie, c'est ce type de mobilisation qui a permis d'abolir en janvier et février la peine de mort. Huit autres pays, dont trois africains ( Benin, Angola et Burundi) devraient à leur tour rejoindre d'ici fin 2012, le cercle des pays abolitionnistes.

Une épée de Damoclès sur les condamnés

À ce jour, une centaine de prisonniers patientent dans le couloir de la mort, dont le dernier en date est le principal accusé dans l’attentat du café Argana à Marrakech. L’annonce de la sentence fin octobre, avait provoqué, une fois de plus, une levée de boucliers de la part de la coalition, dénonçant alors “une sentence inhumaine qui s'oppose au deuxième protocole facultatif annexe au Pacte international des droits civils et politiques, à la Déclaration universelle des droits de l'Homme et à la valeur du Droit à la vie, consacré par la nouvelle Constitution”.

Le fait que le Maroc soit considéré comme pays abolitionniste de fait n'y change rien selon Me Jamai, car nous dit-il, les condamnés ne sont pas à l'abri d'une exécution dans la situation actuelle. En effet la dernière exécution (par fusillade) remonte à 1993, mais le Maroc a refusé de signer, à plusieurs occasions (2007, 2008 et 2010) le moratoire contre la peine de mort. Une situation que condamne le coordinateur de la CMCPM.

104

104 condamnés, dont 2 femmes, attendent leur exécution dans les “couloirs de la mort” dans le Royaume.

Une question de droit

La nouvelle constitution représente désormais le principal argument des associations dans leur lutte pour l'abolition de la peine capitale. Amina Bouayach, présidente de l'Organisation marocaine des droits humains (OMDH) a dans ce sens rappelé l'article 20 de la Constitution qui porte sur “le droit à la vie”. Estimant que l'esprit de cet article rejoint ceux de l'annulation de cette peine et du droit à la vie, Mme Bouayach a appelé l'ensemble des intervenants, notamment dans le domaine de la justice, à “progresser dans l'interprétation du contenu de cet article”.

“L'élargissement des libertés est considéré comme une avancée vers l'abolition de la peine de mort” .

Amina Bouayach, présidente de l'OMDH

Ce travail devra aboutir à une réforme du Code pénal, condition sine qua non pour garantir ce “droit à la vie”, selon la coalition contre la peine de mort qui “s'inscrit dans une stratégie claire et développée qui s'appuie sur des instruments juridiques et une opinion publique qui défend cette idée”.

A l'issue de cette rencontre la présidente de l'OMDH a proposé l'idée d'un “livre blanc”, sous forme de questions/réponses, et qui rassemble les convictions des pro-abolition et celles des défenseurs de cette peine.

Khadidiatou Diop

Publié dans Maroc

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