Maroc : première marche post-élections du M20F à Tanger 28.11.11

Publié le par printempsdespeuples44

Des partisans du Mouvement du 20 février manifestent le 27 novembre 2011 à Rabat
Cartons rouges et coups de sifflets  à la première marche post-élections du Mouvement du 20 Février de Tanger (M20F) ce dimanche 27 novembre.

Coups de sifflets et cartons rouges brandis au Makhzen, accusé d’avoir manipulé le taux de participation et les résultats des élections mais aussi au PJD et à son secrétaire général Abdelilah Benkirane, gratifiés par les foules de slogans bien personnalisés

La marche  a commencé vers 15h30 par un rassemblement devant le cinéma Tarik à bénimakada, juste en face de la fameuse Place Attaghyir, entièrement occupée désormais comme à chaque manifestation par un important dispositif militaro-sécuritaire pour avorter toute tentative de sit-in.

  

Encerclée par des éléments antiémeutes de la Gendarmerie royale, et quadrillée par des éléments similaires de la Sûreté nationale et des Forces auxiliaires, la place Attaghyir continue à tenter des jeunes enthousiastes qui voient en cette « occupation » un îlot de répression et de provocation. Ceux là même qui ont essayé de la prendre d’assaut jeudi 24 novembre n’ont pas voulu suivre la marche encore une fois ce dimanche, scandant « Tawra Tawra machi dawra » (Une révolution pas une promenade) Ils se rendent compte qu’ils sont trop peu nombreux pour tenter quoi que ce soit et se résignent à rejoindre la marche. « Ce n’est que partie remise », assure l’un d’entre eux.

Les manifestants, après avoir fait le tour de la place occupée, ont mis cap vers la place des nations  au centre ville de Tanger empruntant l’itinéraire : Bendibane, Casabarata, Souani, 20 août, Bir Anzaren, Sidi Mohamed Ben Abdellah (Boulevard de Paris), Place du Koweit (Iberia), Avenue de Belgique, place de France, boulevards Pasteur et Mohammed V.

 
 

Un véritable ras de marée humain déferlera encore une fois sur le centre ville, criant son indignation quant aux résultats des élections et au taux de participation avancé et estimé à 45 par le ministère de l’intérieur. Un taux et des résultats qui évoquent  « le règne de Hassan II (3awd Tani Rja3na L 3ahd Hasdsan Tani) » scandaient les meneurs et répétaient à tue gorge les milliers de sympathisants du M20F.  

L’arrivée du PJD en tête des élections législatives a été qualifiée de « Mise en scène ». Ce parti n’a pas été « élu» pour changer la triste réalité des gens, expliquait-on du haut de la fourgonnette qui sert de plate-forme aux meneurs de la foule, mais pour créer un simulacre de changement, et serait par conséquent une manœuvre de l’administration pour faire enraciner la constitution octroyée et contrer les revendications croissantes d’une large frange de la société et surtout du M20F.


 

Par moments les slogans se sont radicalisés encore plus lorsque des messages directs ont été adressés au roi, lui demandant  entre autres plus de franchise  et de clarté dans ses discours.

La circulation, tout au long du trajet emprunté par les marcheurs, a été bloquée tandis que des jeunes  volontaires hissant les drapeaux national et du M20F participent à sa régulation.

Certains automobilistes sont surpris par l’ampleur de la manifestation et ont l’air préoccupés; d’autres sont habitués à ces manifestations et manifestent leur solidarité à coups de Klaxons.

Les clients des cafés observent et filment la marche avec leurs téléphones portables.

Par endroits, des applaudissements et des acclamations fusaient de quelques fenêtres et balcons au passage de la manifestation.

Fermant la marche, le secrétaire général de la wilaya Mustapha El Ghannouchi, conduisant un véhicule 4X4 de couleur noire recevait sur son portable les indications de ses agents qu’il transmettait probablement au wali Mohamed Hassad. Ces deux hommes visés habituellement par des slogans ont été épargnés cette fois-ci par les meneurs qui, circonstances obligent, s’en sont pris tout particulièrement à deux autres personnes : Tayeb Cherkaoui, ministre de l’intérieur et Khalid Naciri, ministre de la communication.

La manifestation a pris fin vers 19h30 après une allocution des organisateurs qui ont annoncé la poursuite des mobilisations et des manifestations de protestation au sein du M20F   


 Le PJD à l'épreuve du pouvoir
Joie des militants du PJD le 27 novembre 2011 à Rabat
Vainqueur des législatives du 25 novembre après avoir remporté le plus grand nombre de sièges, le PJD, qui rongeait jusque-là son frein dans l’opposition, s’apprête à diriger pour la première fois un gouvernement, le premier exécutif sous l’ère de la nouvelle Constitution. Ce qui, en soit, constitue une “immense responsabilité”, que le parti de la lampe compte assumer pleinement. Et ce, dans le cadre d’une coalition gouvernementale.

En effet, les résultats définitifs donnent 107 sièges  au PJD, dont 24 sur les listes nationales. Le PJD arrive ainsi loin devant le second, le parti de l'istiqlal qui n'obtient que 60 sièges.

Ces résultats permettent au PJD de devenir non seulement la première force politique hors coalition au sein de la première Chambre, mais ils lui ouvrent également les portes du pouvoir exécutif, puisque c’est en son sein que le Roi désignera le futur chef du gouvernement.

“C'est toujours difficile d'assumer une responsabilité gouvernementale, mais on va essayer. Le prophète a dit: celui qui assume une responsabilité sera fatalement aidé”, déclarait récemment le secrétaire général du PJD, Abdelilah Benkirane.

Les tractations ont commencé

En attendant, les tractations en vue de la formation d’un gouvernement de coalition ont déjà commencé. Et le PJD ayant déjà fait savoir avant même les élections qu’il était disposé en cas de victoire à travailler avec les partis membres de la Koutla, l’Istiqlal du Premier ministre sortant Abbas El Fassi, s’est déjà dit prêt à ouvrir les concertations en vue d’une éventuelle participation au prochain gouvernement.

“Nous félicitons le PJD après cette opération électorale, celle-ci étant une victoire de la démocratie dans notre pays. Si on nous demande de participer dans le prochain gouvernement, on va se concerter.”

Mohamed Saad Alami, membre du comité exécutif de l'Istiqlal.

Le PPS également semble disposé à entrer dans un gouvernement dirigé par le PJD: “Nous devons maintenant attendre d'avoir les résultats définitifs, liste nationale comprise, pour voir quelles sont les alliances possibles pour dégager le prochain gouvernement et se mettre au travail pour pouvoir surmonter les difficultés auxquelles est confronté le pays”, a indiqué vendredi son secrétaire général, Nabil Benabdellah.

Cependant, l’USFP, qui est également membre de la Koutla, semble encore indécise quant à une éventuelle entrée dans le prochain gouvernement.

En effet, alors que son secrétaire général, Abdelouahed Radi a déclaré à l’Agence France-Presse (AFP) que le “dialogue et la concertation (étaient) ouverts”, Driss Lachgar, membre du bureau politique de ce parti, a lui fait savoir dans une déclaration à l'agence MAP qu’“il appartenait aux instances du parti de décider si l'USFP devrait continuer à contribuer à la gestion de la chose publique ou s'il serait plus utile et pour le pays et pour le parti de retourner dans l'opposition”…

Tout sauf le PAM !

Quoi qu’il advienne, le PJD ne ferme pas la porte aux différentes formations politiques à l’exception d’une d’entre elles, à savoir le Parti Authenticité et Modernité (PAM).

“Nous sommes prêts à mener ces concertations avec les partis, à l'exception d'un seul qui nous considère comme une ligne rouge.”

Abdelilah Benkirane, faisant allusion au parti fondé par Fouad Ali El Himma.

A propos de l’hostilité entre le PJD et le PAM, le politologue Mohamed Darif nous avait déclaré dans un précédent entretien: “Le PAM, dès le début, a montré qu'il veut asseoir sa légitimité sur le refus catégorique du projet sociétal du PJD qu'il considère comme obscurantiste. L'hostilité entre les deux partis n'est donc pas conjoncturelle mais structurelle.”

Il s’y ajoute le fait que, selon Benkirane qui intervenait dans le journal de samedi soir de la chaîne 2M, le PAM ayant été régulièrement conspué lors des différentes manifestations de rue, il serait incommode de l’associer au prochain gouvernement.

Les raisons d’un triomphe

Mais au-delà de ces tractations pour le prochain gouvernement, il convient de s’interroger sur les raisons qui auraient permis la victoire du PJD. Parmi celles-ci, on peut citer le fait que ce parti ne faisant pas partie de la majorité, il n’est donc pas comptable du bilan du gouvernement ; ce qui lui confère une certaine “virginité” politique, un peu comme l’USFP en 1998.

Mais c’est surtout sa politique de proximité qui a permis au PJD de réaliser cette belle moisson, lui qui, depuis 2002, ne cesse de monter en flèche: de 8 députés en 1997, il en a obtenu 42 en 2002, 47 en 2007 pour passer aujourd’hui à 107 sièges.

Au sujet de cette politique de proximité, le sociologue Nourredine Zahi avait déploré en 2006 dans les colonnes d’un hebdomadaire casablancais “(…) l’abandon du travail de terrain et de proximité par les partis de gauche, qui n’essayent même plus de capitaliser leur passé”…

Outre cette politique de terrain, le PJD fait également montre d’une discipline et d’une “propension au travail dont peu de partis peuvent se targuer’’. Il est en effet l’une des rares formations politiques dont les députés ont une présence assidue au Parlement.

Le PJD rassure les Occidentaux

Il reste que le parti d’Abdelilah Benkirane, du fait de sa “référence islamique”, fascine autant qu’il inquiète. En première ligne de ceux qui éprouvent de la répulsion vis-à-vis du PJD, les pays occidentaux parmi les principaux partenaires commerciaux du Royaume.

Interrogé à ce propos, M. Benkirane a tenu à rassurer: “Pas de craintes, avec le PJD il n'y aura jamais de surprises. Nous allons développer les relations avec l'Occident. Nous n'avons pas besoin de le rassurer, il l'est déjà’’.

“Nous sommes conscients que le Maroc est un allié traditionnel de l'UE et des Etats-Unis et nous n'avons pas l'intention de proposer autre chose. Ce que nous réclamons, aujourd'hui, c'est d'aller ensemble et de manière démocratique dans des rapports plus équilibrés.’’

Abdelilah Benkirane.

 

Pour rappel, le taux de participation à ce scrutin législatif est estimé à 45,4%, contre 37% en 2007.

Les 31 partis qui étaient en lice ont présenté 1546 listes comprenant 5392 candidates et candidats dans les différentes circonscriptions locales, outre les 19 listes de la circonscription nationale.

51%

51% des candidats sur les listes locales sont âgés de moins de 45 ans, 20% sont âgés de moins de 35 ans, tandis que 76% des candidats (tous sexes confondus) au niveau de la circonscription nationale sont âgés de moins de 45 ans, a indiqué samedi le ministère de l’Intérieur.

Les observateurs satisfaits

“Les législatives se sont déroulées dans des conditions satisfaisantes”, ont annoncé samedi des observateurs européens. “Nous pouvons dire que dans les quelques bureaux de vote que nous avons visités, les présidents maîtrisaient parfaitement le processus”, ont-ils ajouté. La France, l'Union européenne ou encore les Etats-Unis, ont également salué ces élections. Paris s’est ainsi réjoui “du bon déroulement des premières élections législatives au Maroc depuis la révision de la Constitution” en juillet et a renouvelé son soutien à un “pays ami”. Le chef de la diplomatie française, Alain Juppé, a même appelé son homologue marocain, Taïeb Fassi Fihri, “pour le féliciter du bon déroulement de l'élection” et “pour l'assurer du soutien de la France dans le processus de mise en œuvre des réformes ambitieuses lancées par le Roi du Maroc”.

D’après les résultats definitifs

PJD : 107 sièges
Istiqlal : 60
RNI : 52 
PAM : 47
USFP : 39
MP : 32 
UC : 23
PPS : 18

Bassirou BA

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