Maroc : pourquoi Taza s’enflamme ? 08.02.12

Publié le par printempsdespeuples44

taza-police
 
Après une semaine de violence urbaine et de répression policière à Taza, ville située au Nord-Est du Maroc, à une centaine de kilomètres de Fès, la question se pose d’une dégradation des conditions sociales porteuse de  tensions nouvelles au sein du Royaume alaouite.
Ce n’est pas la première fois que des émeutes urbaines secouent la ville de Taza, au Nord-Est du Maroc : déjà à deux reprises depuis le 4 janvier dernier, des sit-in et des manifestations sociales ont dégénéré en affrontements violents avec la police.
Cette semaine, le point de départ des émeutes s’st situé mercredi 1er février, selon le témoignage de Mohamed Chbairi, président de la section de Taza de l’Association marocaine des droits humains (AMDH), recueilli par Le Soir Echos.
Le film des événements
« Tout a commencé avec deux sit-in, le premier organisé devant le siège de la préfecture par l’Association nationale des diplômés sans emploi et le second est une initiative du groupe des licenciés, tenu au quartier administratif, qui abrite les domiciles des hauts cadres de l’Administration territoriale », raconte-t-il. « La police a empêché une tentative de ces jeunes d’investir les locaux de la préfecture par la force. (…) Difficile de dire si un élément de la police a blessé une femme enceinte parmi le groupe des licenciés ou non, mais les faits sont là, cette information a mis manifestement le feu à la poudrière, donnant le signal à de vifs affrontements entre manifestants et forces de l’ordre », précise-t-il.
Des scènes de guérilla urbaine auraient duré plusieurs heures. Les diplômés ont brûlé des pneus sur la route, tandis que la police, qui a fait appel à des renforts venant de Fès, a précipité sur la foule des véhicules à vive allure, toujours selon Le Soir.
Les affrontements violents ont fait plus de 200 blessés, approximativement autant parmi les forces de l’ordre que parmi les jeunes manifestants, et 13 personnes ont été arrêtées mercredi, à la fois pendant les événements et au cours de perquisitions musclées réalisées dans les habitations. Divers témoignages faisant état de brimades et d’intimidations à l’égard des familles qui recueillaient les jeunes blessés…
Une mobilisation qui s’entretient elle-même
Le chômage et la revendication de tarifs plus bas pour l’électricité, ainsi que l’appel à la démission du gouverneur de la province de Taza, sont les causes objectives de cette mobilisation, mais les arrestations réalisées par les forces de l’ordre lors de chaque émeute constituent de nouvelles justifications pour organiser des rassemblements.
La manifestation du 1er février appelait notament à la libération des 5 personnes arrêtées le 4 janvier dernier, et c’est ainsi que vendredi 3 février après-midi une marche était à nouveau organisée en direction du Tribunal de grande instance de Taza, pour réclamer la libération des 13 personnes arrêtées mercredi. Près de 3000 personnes auraient pris part à cette nouvelle marche…
Ainsi la population de Taza se retrouve-t-elle en état de siège, les manifestants parfois cagoulés, armés et violents, mettant à sac une partie de la ville, visant en particulier le siège de la Province dont le gouverneur est accusé de tous les maux. Jets de pierre, pneus brûlés, cocktails Molotov, barrages routiers… tels sont les nouveaux arguments d’une négociation sociale au point mort, où la violence répressive fait finalement le jeu d’une désorganisation sociale croissante, en multipliant les révoltés.
Symptôme d’un malaise social profond, l’abcès de fixation de Taza témoigne à la fois du désespoir social des jeunes diplômés sans emploi et de la faiblesse des réponses sécuritaires qui y sont actuellement opposées.
afrik.com

Le gouvernement promet de traiter les "causes sociales"

 

Après le retour au calme dans la ville de Taza, la priorité est désormais accordée au traitement des causes sociales qui ont alimenté les derniers évènements, a affirmé mardi le ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, Mustapha El Khalfi.

Dans un point de presse à l'issue du conseil de gouvernement, le ministre a indiqué que les efforts seront focalisés à cet effet sur le règlement des questions se rapportant à l'emploi et aux “factures exorbitantes” d'électricité.

Le dialogue demeure le moyen idoine pour régler ces problèmes, a insisté M. El Khalfi, mettant l'accent sur les conditions socio-économiques “difficiles” que connaît la ville.

En ce qui concerne les dégâts occasionnés aux biens publics et privés, il a indiqué que le parquet ouvrira des enquêtes en cas de plaintes à ce sujet. Il sera également procédé à la réparation des dommages et dégâts causés aux biens dans le cadre d'une action participative impliquant l'ensemble des parties concernées, a ajouté le ministre.

Enquêtes et poursuites

Et le ministre de mettre en garde, affirmant que la préservation de la sécurité est une question centrale pour le gouvernement qui ne montrera point de complaisance à cet égard.

Dans le même temps, le tribunal de première instance de Taza a reporté à jeudi prochain le procès de treize individus poursuivis pour leur implication présumée dans des actes de vandalisme survenus dernièrement dans la zone El Koucha lors de ces troubles. Le procès d'un autre fauteur de trouble présumé, poursuivi devant la Cour d'appel de la ville, a été reporté au 14 février.

Les mis en cause sont poursuivis pour jets de pierre contre les forces de l'ordre, destruction de biens publics et atteinte à l'ordre public lors d'incidents survenus au début du mois.

aufait/MAP

 

Grâce royale : les trois leaders de la Salafiya Jihadia libérés

 

Le Roi Mohammed VI à octroyé sa grâce à quelques 458 détenus à l’occasion de l’Aîd Al Mawlid comme à l’accoutumé, sauf que cela intervient cette fois dans le contexte particulier de la nouvelle constitution, et le désir d’assainir les dossiers sulfureux des droits de l’homme de ces dernières années.   

 

Suivis par tous les observateurs, comme l’un des indices déterminants, des relations entre l’institution monarchique et le gouvernement islamiste de Benkirane, la demande de grâce royale appuyé par le très remuant ministre de la justice, au profit des détenus salafistes, a eu suite.

Mustapha Ramid a tenu à souligner l’importance du geste royale à la lumière des changements que connait le pays: « La particularité de la grâce royale réside dans le fait qu'elle a bénéficié à des personnes membres de ce que l'on appelle la ‘Salafiya Jihadia’ », affirme t il, dans une déclaration à la MAP.

« Il s'agit de Hassan Kettani, Abdelouahab Rafiki et Omar Haddouchi … L'initiative royale démontre que l'Etat, tout en faisant preuve de rigueur en matière de sécurité, tend sa main à travers la grâce royale au profit de détenus qui ont prouvé et exprimé leur disposition à s'impliquer positivement dans la vie publique, loin de toute outrance ou extrémisme » précise t il.

« La grâce royale renseigne clairement sur la nature de la relation qui lie l'Etat aux partis politiques responsables même s'ils avaient pris des positions délicates comme le boycott du référendum ou des élections» et de poursuivre « l'initiative royale illustre une particularité marocaine basée sur la mansuétude, la bienveillance et la tolérance » conclut le ministre.

A rappeler que le souverain avait, la première moitié de 2011, donné suite aux doléances du conseil national des droits de l’homme, fraichement installé, en graciant un premier groupe de salafistes dont le très controversé Mohamed Fizazi.

A rappeler que Mustapha Ramid, ministre de la justice avait été l’un des plus fervents avocats des détenus salafistes, des suites des attentas du 16 mai 2003, il préside à ce propos le forum Al Karama (dignité).

 

 

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