Devant le Parlement, les Marocaines manifestent contre la discrimination : Le gouvernement Benkirane sommé de créer l’Instance de la parité
«Stop à la discrimination, à l’injustice, à l’inégalité, au viol ». Ce lundi 20 février, elles étaient plusieurs centaines de femmes à avoir répondu à l’appel de la Fédération de la Ligue démocratique des droits des femmes et du Réseau femmes solidaires en manifestant devant le Parlement. Venues d’un peu partout du Maroc, ces Marocaines en quête de droits, de dignité et de justice ont célébré à leur manière le premier anniversaire du Mouvement du 20 février pour réclamer avec force la mise en œuvre des dispositions de la Constitution.
« On ne laissera pas le gouvernement Benkirane bafouer les droits des femmes et violer les dispositions de la Constitution », ont scandé les activistes sous le regard médusé des passants de l’avenue Mohammed V, à Rabat. Une foule essentiellement féminine et surtout bigarrée. De jeunes femmes en jeans et casquettes se mêlaient aux rurales de Fqih Ben Salah qui étaient là pour défendre, en soulaliyates, leur droit à la terre et à l’usufruit alors qu’un groupe de femmes portant la m’halfa étaient venues tout droit de Guelmim pour réclamer « une application saine du Code de la famille ». Des Marocaines plurielles mais qui souffrent en somme des mêmes maux et qui ont choisi de participer à ce sit-in devant le Parlement pour interpeller le gouvernement conduit par le leader islamiste du PJD, Abdelilah Benkirane. « Nous sommes venues dire à M. Benkirane qu’il y a urgence à mettre en œuvre les dispositions de la Constitution et principalement l’Instance de la parité et de la lutte contre la discrimination. Il n’y a pas de démocratie sans application de la Constitution ni respect des droits humains des femmes. Il faut savoir que les droits des Marocaines sont bafoués dans tous les domaines : droit à la propriété et à la terre non reconnu aux femmes soulaliyates, droit à la scolarisation des petites filles, droit à la santé des mères, droit à accéder aux postes de responsabilité, droit à un salaire égal à celui des hommes surtout lorsque l’on sait qu’à compétence égale, le salaire des femmes est inférieur à hauteur de 25% de celui des hommes. Nous sommes venues dire au gouvernement Benkirane que nous refusons le mariage des petites filles. Il y a encore dans ce pays des filles mineures de 11, 12, 13 ans que l’on marie. Pour nous, cela porte un nom : le viol. Nous sommes venues enfin rappeler à l’Exécutif en place que 2 Marocaines sur 3 sont victimes de violence et que 6 millions de femmes sont exposées chez nous au fléau de la violence conjugale », a déclaré à « Libération » Fouzia Assouli, la présidente de la Ligue démocratique des droits des femmes.

Le projet de Budget et les revendications féminines
Au premier rang de la manifestation, Aicha Ech Channa, la présidente de Solidarité féminine, une association qui a été la toute première à tendre la main aux filles mères, brandit haut une pancarte pour dire « Stop à la féminisation de la pauvreté ». « Parce que les femmes sont les premières victimes de la précarité, parce que ce sont elles qui sont aux premières lignes de la marginalisation, parce qu’elles sont les premières exposées aux dommages d’une vie qui bascule », explique Aicha Ech Channa, celle-là même qui a longtemps été mise en cause par le PJD, jusque sous la coupole du Parlement…
Des femmes solidaires organisées en réseau sont venues d’un peu partout du Maroc. Celles de Rabat étaient regroupées derrière une banderole appelant à la lutte contre le harcèlement sexuel. Les femmes de Béni Mellal ont, elles, déroulé une banderole pour réclamer la fin des violences faites aux petites filles et revendiquer l’interdiction du mariage des filles mineures. Des femmes solidaires venues de Taza se sont drapées d’une banderole demandant la mise en place de l’Instance de la parité et de la lutte contre toutes les formes de discrimination que prévoit la Constitution. A quelques mètres, les activistes de Fès, Meknès, Sefrou et Taounate ont revendiqué derrière la même bannière l’effectivité de l’obligation de la scolarisation alors que celles d’Azrou ont exigé l’application du droit à la santé pour les Marocaines. Et toutes, d’une même voix, toutes ces femmes ont crié leur refus d’une violation de la Constitution. « Tous les jours et partout à travers notre pays, les droits des Marocaines ne sont pas respectés en même temps que les dispositions de la Constitution : cela va de la terre à l’emploi en passant par la santé ou encore l’éducation », s’indigne une manifestante.
Ce lundi 20 février, alors que les clameurs du mouvement se sont fait entendre dimanche, la Ligue démocratique des droits des femmes et le Réseau des femmes solidaires ont fait entendre leur voix, « la voix de la dignité », précisent les organisatrices. Le chef de gouvernement les entendra-t-il ? «La première loi de Finances du gouvernement Benkirane sera adoptée dans les prochaines semaines. Le projet de Budget a-t-il pris en considération les principes du genre ? Les injustices, les écarts, ce qui reste encore à faire, tout ceci a un coût : la loi de Finances l’a–t-elle pris en considération ? », se demande la présidente de la Fédération de la Ligue des droits des femmes avant de prévenir que « tout gouvernement, quelle que soit sa couleur, a le devoir de gouverner selon les dispositions de la Constitution, en préservant les acquis et en renforçant les droits des Marocaines ».
Les formateurs contractuels poursuivent leur mouvement : Le siège de l’OFPPT occupé par les grévistes

Les formateurs contractuels poursuivent leur mouvement : Le siège de l’OFPPT occupé par les grévistes
A l’OFPPT, rien ne va plus. Depuis plus de six mois, la tension sociale qui le secoue, ne cesse de monter d’un cran à chaque phase. Hier encore, le ras-le-bol des formateurs contractuels en grève était au paroxysme. Face à la politique de la sourde oreille suivie par leur direction, ces derniers ont occupé le siège social de l’Office.
Malgré la présence d’un imposant dispositif des forces de l’ordre, ils sont montés sur le toit du bâtiment pour scander leurs mots d’ordre qui n’avaient d’autre finalité que de rappeler que leur employeur avait l’obligation légale de les intégrer conformément aux dispositions du Code du travail. Lequel impose à tout employeur de procéder pareillement à l’issue d’une période de stage de deux ans révolus. Or, ils affirment qu’ils ont dispensé des cours au sein de cet établissement depuis longtemps.
A l’heure où nous mettions sous presse, les forces de l’ordre n’avaient pas utilisé la force pour les en déloger, mais elles avaient néanmoins bouclé le quartier et se tenaient prêtes à toute éventualité. Cette occupation de locaux après un sit-in de plusieurs mois, laisse entrevoir que la situation de pourrissement pourrait perdurer. Ceci d’autant plus que la direction générale de l’Office ne veut nullement faire marche arrière et fait fi non seulement du droit, mais aussi de son devoir de donner une image positive à un Office de promotion de l’emploi plutôt que celle d’un établissement qui met ses propres ressources humaines au chômage et qui les jette à la rue.
Voire pis, puisque Larbi Bencheikh et Halim Hallam, respectivement D.G et directeur des ressources humaines, ont déposé plainte dernièrement auprès des services de la Police judiciaire de Hay Mohammadi-Aïn Sebaâ contre les grévistes qui avaient houspillé le directeur général à sa sortie des bureaux. Une sortie fort remarquée puisqu’elle a donné lieu à un tollé qui s’est vite transformé en échauffourée. Au moment où il quittait l’Office, les contestataires ont brandi banderoles et autres bannières revendicatives, ce qui, apparemment, n’a pas été du goût du service de sécurité qui s’en est pris violemment à eux, selon ces derniers. Il s’en est suivi quelques accrochages et il a fallu l’intervention des forces de l’ordre pour atténuer la tension. Trois personnes parmi les grévistes ont été arrêtées par les services de la Police judiciaire de Hay Mohammadi-Aïn Sebaâ puis après avoir passé une nuit dans les locaux du 5ème arrondissement, elles ont été déférées au tribunal de première instance de Casablanca. Elles devaient comparaître pour trouble à l’ordre public et autres accusations.
Par ailleurs, au cours de ces accrochages, un manifestant a tenté de s’immoler par le feu, sauvé fort heureusement par ses compagnons de fortune ou d’infortune. Une dame parmi les manifestants a été assez sérieusement blessée au cours de la bagarre et son état a nécessité des soins à l’hôpital Mohammed V où elle a été conduite en ambulance. Et le feuilleton continue. Mais jusqu’à quand ?     
Silence, on censure !
« Pèlerin, L’Express, Le nouvel Observateur, Just Men ou encore Gazelle », des revues bien différentes les unes des autres et pourtant, toutes ont un point commun : elles ont fait l’objet de censure au Maroc. Dans un même temps, des Marocains continuent d’être emprisonnés pour « insulte au roi ».

L’année 2011 était pourtant symbole de changement au Maroc : une nouvelle Constitution, davantage de démocratie, un nouveau gouvernement. Seulement, depuis quelques semaines des magazines et des revues étrangères font l’objet de censures dans le royaume. Le Nouvel Observateur, Pèlerin, L’express, Gazelle ou encore Just Men, tous, et d’autres encore, ont récemment fait les frais d’une censure médiatique. Le phénomène n’est pas nouveau dans le royaume mais tend à croître. En cause, des photos jugées « obscènes » pour l’un, des caricatures blasphématoires pour l’autre.

Par ailleurs, les critiques à l’encontre du roi Mohamed VI sont sévèrement punies. Abdessamad Haydour, un Marocain de 24 ans de la ville de Taza, paie aujourd’hui les pots cassés de son franc-parler. Jugé lundi 13 février par le tribunal de première instance de Taza pour « insultes à la personne du roi », Abdessamad Haydour a écopé de trois ans de prison ferme. Et il n’est pas le seul à avoir été réprimé pour ces mêmes motifs.

Deux poids deux mesures

En à peine un mois, Le Nouvel Obs. a été interdit deux fois au Maroc. Une décision « inadmissible et inquiétante », juge le directeur de la publication, Laurent Joffrin. Un récent numéro de l’hebdomadaire français a été censuré car il comportait une représentation de Dieu, chose formellement prohibée dans l’islam. Et en tant que pays musulman, la loi marocaine ne permet pas cela. Le seul reproche fait à l’hebdomadaire est de n’avoir pas respectée cette règle comme l’a précisé à l’AFP Mustapha Khelfi, le ministre de la Communication, vendredi 10 février : « Ce numéro du Nouvel Observateur a été interdit parce qu’il y a une représentation de Dieu, ce que la loi marocaine ne permet pas. Cette décision n’a rien à voir avec la liberté d’expression. »

Même constat pour le numéro spécial de L’Express consacré à « La Grande Histoire des peuples arabes » interdit à cause d’images sur lesquelles étaient représentées le prophète Mohammed. Toutefois, il est à souligner que le magazine a pris l’initiative de voiler le visage du prophète pour se conformer à l’usage en cours dans ce pays. Même sanction pour le hors-série Pélerin : "50 clés pour comprendre l’islam".

Dans ces conditions, peut-on réellement parler de restriction de liberté d’expression ? Une affiche publicitaire qui fait par exemple l’apologie d’une tenue vestimentaire féminine sera différente d’un pays à l’autre afin de se conformer aux règles et usages en cours dans chaque pays.

Déjà en janvier 2012 le Nouvel Obs. avait été censuré pour avoir représenté le visage du prophète Mohammed dans un important dossier sur les sociétés arabes contemporaines. Ce qui n’a pas empêché son directeur de publication, Laurent Joffrin, de récidiver le mois suivant. En revanche, Agoravox rappelle que nouvelobs.fr est « l’un des supports qui a le plus "serré la vis" aux blogueurs et aux lecteurs qui postent des commentaires sur sa plateforme durant ces derniers mois. » Il sous-traite la modération des contenus de sa plateforme de blogs à la société Netino chargée de traquer les dérapages des internautes. D’une certaine manière, le journal met donc, lui aussi, en péril la liberté d’expression et d’opinion.

Mohammed VI, un roi intouchable

Que ce soit dans la presse ou non, les Marocains qui émettent ouvertement des critiques à l’encontre du roi sont susceptibles d’être jetés dans d’obscures prisons du royaume. Aujourd’hui plus que jamais, c’est de ce type de répression dont il faut réellement s’inquiéter. A moins d’être gracié, Abdessamad Haydour, condamné lundi 13 février, devra passer trois ans de sa vie derrière les barreaux pour avoir qualifié de « dictateur », de « tueur » et de « chien » Mohammed VI. Dans une vidéo publiée sur Internet, il dénonce la colonisation que subit encore le Maroc et estime que les décisions prises par le royaume sont dictées par deux fidèles compagnons de Rabat : Paris et Tel-Aviv. Sa condamnation, décidée à l’issue d’un procès expéditif et sans avocats, risque d’enflammer de nouveau la ville de Taza, dont est originaire Abdessamad, secouée depuis quelques temps par des émeutes.

Le 24 janvier, Walid Bahmane est arrêté pour insulte à la personne du roi. Et même si dans la nouvelle Constitution aucune sanction n’est prévue contre la liberté d’expression, l’article 46 stipule que « la personne du Roi est inviolable, et respect lui est dû ». Tout est dit…

Le 9 septembre 2011, Mouad Belghouat, alias L7a9ed (ou Lhaqed), un jeune rappeur marocain, est interpellé au cours d’une prétendue rixe près de chez lui, dans le quartier de Hay Al Wifak à Casablanca. Il est accusé d’avoir « agressé » et « frappé » un membre de l’alliance des jeunes royalistes, Mohamed Dali. Une accusation immédiatement démentie par Mouad et son entourage. D’après eux, la raison de son arrestation est liée à son franc-parler dans ses textes de rap. Il critique ouvertement le régime monarchique. Par exemple, dans une chanson intitulée « Le révolté », Mouad affirme que les Marocains ne sont « pas des sujets » et qu’ils ne veulent pas « d’un roi sacré et d’un gouvernement qui vole ». Il préfère « vive le peuple » à « vive le roi », et a même relevé que dans la Constitution marocaine « le roi est mentionné soixante et une fois et le peuple qu’une seule fois ». Le tribunal de première instance de Aïn Sbaa, à Casablanca, l’avait condamné à quatre mois de prison ferme et à 500 dirhams (45 euros) d’amende. Il est libre depuis le jeudi 12 janvier, bien qu’il reste coupable des faits qui lui sont reprochés.

Ce n’est pas tout...

Les hauts fonctionnaires et hauts gradés sont également « inviolables ». Un membre des Forces Armées Royales (FAR) a été condamné mercredi 8 février à trois ans de prison ferme pour « avoir divulgué des secrets professionnels, porté atteinte à la réputation de ses supérieurs et de non-respect du règlement militaire ». En fait, en plus d’avoir tenté de dénoncer certains « dysfonctionnements » au sein des FAR, le militaire avait publié sur le réseau social Facebook un montage photo du visage de son supérieur collé sur le corps de la chanteuse colombienne Shakira. Une blague qui a mis en colère sa hiérarchie. Mais cette action valait-elle une condamnation à trois ans de prison ? Et ce ne sont là que des exemples parmi tant d’autres...

Pourtant, à première vue, le Maroc semble « open » : un pays touristique, des discothèques et des bars, l’un des plus grands mall au monde avec un style à la dubaïote, des stars qui s’y retrouvent à l’occasion de soirées jet-set… Le Maroc quoi. C’est certainement ces airs de « pseudo-démocratie » qui laissent bien coi l’Occident et tout particulièrement la France, pays où l’élite intellectuelle est toujours prête, et ce depuis Voltaire avec l’affaire Calas ou Zola avec l’affaire Dreyfus, à s’indigner face à de telles abominations.

Le saviez-vous ?

Le Maroc est le seul pays au monde à censurer l’accès à Google Earth. L’une des meilleures applications en matière d’exploration terrestre et spatiale est censurée depuis août 2006.

Maroc Telecom, du groupe Vivendi, s’est contenté d’expliquer qu’un problème technique empêchait l’accès au logiciel. Un problème qui dure depuis plus de cinq ans. Plusieurs hypothèses expliquent cette censure. L’objectif est d’empêcher les terroristes de visiter virtuellement le Maroc ou encore éviter que les Marocains survolent leur pays à l’aide du logiciel Google Earth. Certains férus du logiciel parviennent tout de même à contourner allègrement cette interdiction en passant par un serveur proxy.

Au cours de l’année 2007, Maroc Telecom récidive en interdisant durant 36h l’accès à Youtube. Deux vidéos jugées subversives avec comme thème principal Mohammed VI étaient à l’origine de cette restriction. Maroc Telecom s’était réfugiée une fois de plus derrière un hypothétique problème technique. Mais la mobilisation des internautes, trop importante, a obligé l’opérateur à lever la censure.


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" Printemps des Peuples "

Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent
 
Tunisie, Algérie, Egypte, Jordanie, Yémen... L’histoire ne se répète jamais à l’identique, mais elle se répète. Et si trop de facteurs différents la déterminent entre ici et là, entre un siècle et l’autre, rendent unique chacun de ses évènements, tourments, pulsions, sursauts, bouleversements, assez d’éléments, de causes et d’effets se ressemblent, pour que l’on en tire d’utiles leçons. Aussi, pour n’être que lointaine, la parenté entre le Printemps des Peuples en 1848 et les évènements qui, partis de Tunisie, secouent aujourd’hui le monde arabe, n’en est pas moins évidente. Et les enseignements que l’on peut tirer au sud de la Méditerranée de ce qui se passa il y a 163 ans à son septentrion, sont nombreux, le premier à retenir étant que ceux qui animent les peuples ne doivent jamais relâcher l’attention et la pression. Trop facilement en effet, dès quelques satisfactions mineures (alimentaires et culturelles) obtenues, les masses inertes, égoïstes et craintives, galvanisées un instant, refluent, pour laisser aux renards occuper l’espace ouvert par les nouvelles libertés de circulation et d’alimentation dans le « poulailler » national.
 
 Giulio-Enrico Pisani
 
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