Maroc : Benkirane se dit prêt à discuter avec le Mouvement du 20 février 29.11.11

Publié le par printempsdespeuples44

 

Rabat.- Le roi Mohamed VI a nommé mardi comme premier ministre du Maroc à Abdelilah Benkirane, le chef du Parti de la justice et du développement (PJD, islamiste light). Le souverain alaouite a choisi le petit bourg de Midelt, distant de quelques 300 kilomètres de Rabat et situé dans l’Atlas, pour nommer chef du gouvernement le vainqueur des élections législatives de vendredi dernier.

L’audience, durant laquelle Abdelillah Benkirane était habillé à l’occidentale, aurait duré tout au plus quelques minutes.

Le choix de la ville et l’éloignement de la capitale ont fait beaucoup jaser parmi les journalistes qui ont eu vent du lieu de la nomination.

Le nouveau premier ministre a déclaré à la presse qu’il souhaiterait gouverner avec les partis de la Koutla, composé des conservateurs de l’Istiqlal, de ce qui reste de Union socialiste des forces populaires (USFP) et des communistes repentis du Parti du progrès et du socialisme (PPS). C’est-à-dire l’ancienne Nomenklatura qui a dirigé le pays ces dernières années….

Cette audience royale avec Benkirane intervient cinq jours après la victoire du PJD aux législatives du 25 courant, à l'issue desquelles le parti de la lampe a obtenu 107 sièges sur 395, loin devant son poursuivant immédiat, l'Istiqlal qui lui, a obtenu 60 sièges.

Après sa nomination, place aux consultations

Le futur gouvernement dirigé par le PJD sera forcément un gouvernement de coalition, car avec seulement 107 sièges (la majorité absolue est fixée à 198), le PJD ne peut gouverner tout seul.

Une fois nommé Chef du gouvernement donc, Benkirane devrait commencer les concertations avec principalement les formations membres de la Koutla, en vue de la formation du nouvel exécutif.

D'autres formations pourraient également se joindre à ces consultations, à l'exception du PAM: “Nous sommes prêts à mener ces concertations avec les partis, à l'exception d'un seul qui nous considère comme une ligne rouge”, a déclaré le chef du PJD dans une allusion à peine voilée à ce parti.

Le siège du parti en fête

En attendant, ce sont des centaines de militants qui ont pris d'assaut dimanche soir le siège du PJD dans le quartier des Orangers à Rabat, pour fêter la victoire de leur parti en chantant et en applaudissant à tout rompre.

Au même moment, des dizaines de voitures arborant le drapeau national sillonnaient les quartiers en klaxonnant, leurs passagers lançant des hourra et des bravo, rapporte l'AFP.

“Moi, je suis pour le PJD car c'est la voix du peuple. Il parle au nom du peuple.”

Youssef.

Quelques minutes plus tard, celui qui, pour la première fois dans l'histoire moderne du Maroc a hissé le PJD sur les marches du pouvoir, en l'occurrence Abdelilah Benkirane, a tenu une conférence de presse au cours de laquelle ses déclarations ont été plusieurs fois entrecoupées d'applaudissements et de youyous des femmes.

Prêt à écouter le M20

Évoquant à cette occasion le “Mouvement du 20 février”, le chef du PJD s'est dit prêt à discuter avec lui “dès ce soir”.

“S'ils (les militants du Mouvement) disent des choses sérieuses, il faut les écouter. Si un seul Marocain dit des choses sérieuses, il faut l'écouter. Eux, ils sont des milliers.”

Abdelilah Benkirane.

A noter qu'à l'appel de ce mouvement qui avait prôné le boycott du scrutin de vendredi, ce sont plusieurs centaines de manifestants qui ont défilé dimanche à Casablanca pour contester les chiffres officiels de participation aux législatives.

Dans leurs slogans, les manifestants ont notamment contesté le taux officiel de participation de plus de 45%, assurant que “le peuple n'a pas voté”.

Bassirou BA

 

Benkirane en fou et en fusible du roi ?

 

Le Maroc a un nouveau Premier ministre, le chef du Parti Justice et Développement (PJD, islamiste), Abdelilah Benkirane, désigné hier par le Roi Mohammed VI.

C'est la première participation du PJD dans un gouvernement qu'il aura donc à diriger du fait qu'il a obtenu 107 sièges sur 395 lors des législatives anticipées du 25 novembre. La Constitution révisée au début de l'année stipule que le Roi choisit le Premier ministre au sein du parti qui a emporté le plus de sièges.

M. Benkirane, reçu hier mardi par le roi à Midelt, dans le centre du pays, a prêté serment. Il va devoir former un gouvernement de coalition sous le contrôle du Roi. Le parti du Rassemblement national des indépendants (RNI, 52 sièges) du ministre de l'Economie et des Finances, Salaheddine Mezouar, ayant déjà annoncé qu'il s'installerait dans l'opposition, c'est avec la Qoutla, constituée par l'Istiqlal (60 sièges) et l'Union socialiste des forces populaires (39 sièges), et le PPS (communiste, 18 sièges) que le PJD devra négocier. Les tractations seront serrées pour l'octroi des postes. Même en arrivant en tête, le PJD n'a pas les moyens politiques de se passer des autres partis.

UNE «ALTERNANCE» SANS RISQUE

Pour le Palais qui va surveiller de près le partage des portefeuilles, la désignation du chef du PDJ, qui assumait le rôle de l'opposition institutionnelle, clôture un processus engagé par le Roi en vue de court-circuiter la contestation politique qui s'est manifestée à la suite de la révolte tunisienne. Après une révision de la Constitution, où, malgré quelques changements formels, la réalité du pouvoir reste inchangée, les élections législatives permettent de donner, sans grand risque, l'image d'une «alternance» possible qui va jusqu'à remettre les clés du gouvernement à un islamiste. Mais Benkirane, qui a débuté aux jeunesses socialistes de l'USFP avant de se tourner vers l'islamisme, n'a rien d'un révolutionnaire. Même si la presse lui a reproché certaines de ses sorties moralisantes sur l'homosexualité, voire son rejet d'une laïcité à la française.

Toute sa démarche, depuis qu'il a pris la direction du PJD en 2008, a consisté à donner des gages de «modération» au système du Makhzen. A telle enseigne que d'anciens camarades islamistes ne voient qu'un «agent du Makhzen» de plus. Il est en tout cas clair qu'une fois aux affaires, les velléités moralisatrices de Benkirane et du PJD seront rapidement mises à l'épreuve dans un pays où le tourisme, y compris avec ses très mauvais travers, représente 450.000 emplois directs au Maroc et 10% du PIB. Le PJD a déjà annoncé la couleur en indiquant qu'il n'essaierait pas d'imposer un code moral strict.

En réalité, du point de vue du contexte économique et social difficile qui risque de s'aggraver en raison de la grande dépendance à l'égard d'un marché européen en crise, le Roi se dote d'un bon fusible. En effet, Benkirane, en raison de son arrivée de «l'opposition», peut faire illusion. Il est réputé moins proche du Palais que les autres partis traditionnels comme l'Istiqlal et même l'Usfp. Du coup, il aura à gérer de grosses difficultés sociales. Et il sera aussi mis à l'épreuve au sujet d'une contestation politique qui persiste malgré les efforts du Makhzen pour la marginaliser.

SOUS OBSERVATION

Les militants du Mouvement du 20 Février, qui ont boycotté les élections, ont manifesté dimanche et ont montré que l'arrivée du PJD à la tête du gouvernement n'allait pas émousser leur combat pour une monarchie parlementaire.

A ces premières manifestations organisées après les élections, il s'est dit prêt au dialogue, tout en invitant le mouvement à prendre acte du résultat des urnes. «Le Mouvement du 20 Février est un mouvement social, on doit l'écouter, a-t-il ajouté, mais il doit tenir compte du fait que ces élections ont été transparentes», a-t-il déclaré. Le Mouvement du 20 février a été jusque-là très réprimé. L'attitude du PJD à leur égard constituera aussi un test pour lequel est attendu Benkirane aussi bien par le Palais que par les contestataires.

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