Maroc : Ces rappeurs qui énervent Mohammed VI (videos) 18.01.12

Publié le par printempsdespeuples44

Al-Haqed, à sa sortie de prison. Chafik Arich/ AFP

 

Mouad Belghouat, surnommé "Al-Haqed", qui veut dire "l’indigné" en arabe, est l'un des chanteurs les plus célèbres du Mouvement du 20 février, qui revendique des changements politiques profonds, l'élimination de la corruption et une monarchie parlementaire au Maroc, à l'image de l'Espagne.

Al-Haqed, âgé de 24 ans, avait été arrêté en septembre dernier après s'être battu avec un contre-manifestant, partisan du roi Mohammed VI. Les demandes de libération conditionnelle avec caution présentées par ses avocats ont été rejetées et le procès a été ajourné à six reprises. Al-Haqed a finalement été libéré la semaine dernière sous les vivats d’une foule de supporters venus l’accueillir devant le tribunal de Casablanca.

 

"Il n'y aura aucun retour en arrière. Vive le peuple. Grâce au rap, je suis engagé pour le peuple et pour ses problèmes. Nos revendications sont énormes", a déclaré le chanteur marocain à sa sortie de prison. "Il faut redistribuer les cartes, il y a trop d'injustices. Ils ont amené un nouveau gouvernement, mais les voleurs continuent de bénéficier de l'impunité. Il faut en finir avec toute cette racaille", a-t-il ajouté sur un ton aussi virulent que celui qui caractérise ses chansons.

 

"C'est une victoire qui, pour nous, a un goût doux-amer", a commenté une militante, Maria Karim. "Mouad est un artiste non violent. Il s'agit tout simplement d'une affaire politique", affirme de son côté l'humoriste marocain Ahmed Snoussi (Bziz). Pour ses avocats, cette condamnation était une machination visant à le faire taire.

 

Très écoutées sur les réseaux sociaux, les chansons d'Al-Haqed sont critiques à l'égard de la monarchie marocaine et abordent des thèmes liés aux injustices et aux inégalités sociales. L'un de ses textes les plus connus critique ouvertement le roi et dénonce sa fortune.

 

"Je continuerai à diffuser mon message et à dénoncer la corruption massive au Maroc, a affirmé le rappeur à Reuters. Je ne peux pas me taire".

 

Vidéo

«Vive le peuple, El Haqued est libre!», scandaient les habitants de Casablanca  le 12 janvier 2012, lorsque le célèbre rappeur El Haqued a été libéré.

El Haqued dans le langage des rues de Casablanca, c’est celui qui a la rage. La libération du jeune homme, après quatre mois passé en prison, a certes été une victoire. Mais il n’en reste pas moins qu’une partie de la jeunesse marocaine n’est pas satisfaite par «les ouvertures démocratiques de la monarchie», rappelle l’auteur du blog Culture et politique arabes. El haqued lui-même semble encore plus remonté contre le régime marocain après cet emprisonnement.

«Il y était entré, le 9 septembre [2011], à la suite d’une distribution de tracts qui aurait tourné à la bagarre avec un certain Mohamed Dali, membre des Jeunesses royalistes, une organisation toute récente, soupçonnée de réunir des gros bras au service du régime, à l’image des trop célèbres baltagiyyas égyptiens», rappelle le blogueur.

Le rap d’El Haqued s’inscrit dans une longue tradition de «protest song» au Maroc. Une tradition que l'on peut faire remonter aux Nass El Ghiwane des années 1970 qui mêlaient rythmes et instruments traditionnels (notamment le banjo), et qui est très présente dans la musique marocaine populaire.

«Vive le peuple. Grâce au rap, je suis engagé pour le peuple et pour ses problèmes», a déclaré El Haqed devant la foule venue célébrer sa sortie de prison.


Mais au Maroc, le rap n'est pas uniquement synonyme de contestation. Certains rappeurs font aussi des chansons nationalistes à la gloire du régime. «Un rap de palais» qui semble recevoir tout le soutien nécessaire de la part des appareils du régime, ajoute le blog. A l'inverse, les artistes engagés dans le mouvement du 20 février réclament, entres autres, une plus grande liberté d'expression.




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