Des milliers de personnes ont manifesté dimanche dans les grandes villes du Maroc – Casablanca, Rabat ou encore Tanger – pour protester contre les réformes constitutionnelles défendues par le roi Mohammed VI. Celles-ci ne vont pas assez loin, selon  eux.
Les réformes constitutionnelles préconisées par le roi Mohammed VI ont été acceptées par 98,5% des votants lors du référendum de vendredi, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, mais certains opposants ont jugé ce pourcentage exagéré.

A Tanger, à 450 km au nord de la capitale Rabat, 10’000 manifestants, selon l’estimation d’un journaliste de Reuters, ont défilé dans un quartier de banlieue, Beni Mekada. Un fonctionnaire du ministère de l’Intérieur a assuré de son côté qu’il n’y avait eu qu’un millier de manifestants de l’opposition à Tanger, tandis qu’un autre cortège, fort selon lui de 3000 personnes, défilait en faveur des réformes approuvées par référendum.

«Le ministre de l’Intérieur est un menteur!», ont scandé les manifestants tangérois hostiles au référendum. Ils brandissaient d’autre part des boîtes vides et criaient «Vides, vides, les urnes étaient vides!»
«Nous voulions faire comprendre que même après ce référendum frauduleux, nous sommes toujours ici», a expliqué un manifestant de l’opposition.

Le mouvement de contestation du 20-Février, inspiré par les soulèvements populaires de Tunisie et d’Egypte, organise régulièrement des rassemblements de protestation, depuis plusieurs mois. Les manifestations de dimanche étaient les premières depuis la tenue du référendum.

A Casablanca, selon des militants du mouvement du 20-Février, 20’000 personnes se sont rassemblées pour protester contre le référendum. Un membre du conseil municipal de la ville a parlé quant à lui de 8000 manifestants.

Le fonctionnaire du ministère de l’Intérieur a dit de son côté que 20’000 personnes avaient manifesté à Casablanca en faveur des réformes constitutionnelles.

Dans la capitale, Rabat, un journaliste de Reuters a estimé à 4000 le nombre de manifestants, que la police a tenus à distance de plusieurs centaines de partisans du gouvernement. Le ministère de l’Intérieur a parlé de 1500 manifestants de l’opposition.

tdg.ch

 

vidéo de la manifesatation à  Rabat le 03.07.2011

 

Montasser Essakhi. Animateur du Mouvement du 20 février à Rabat

«Nous rêvons d’un Maroc où il serait possible de rêver»

A 23 ans, il tient déjà un discours digne des vétérans de la politique. Montasser Essakhi est une de ces figures de la jeunesse marocaine qui ont fait trembler le trône. La fièvre référendaire passée, il part à la mobilisation. Pour lui et le Mouvement du 20 février, l’adoption de la nouvelle Constitution est «un non-événement». Pas question d’arrêter la lutte avant l’instauration de la démocratie dans le royaume.

- Après l’adoption du référendum, votre mouvement ne risque-t-il pas de s’essouffler ?


Je pense tout le contraire. Le Mouvement du 20 février prendra de l’ampleur car les gens vont se rendre compte rapidement que la réforme constitutionnelle adoptée n’est pas une réponse sérieuse aux revendications des Marocains. Il y aura encore des gens qui vont manifester en nombre important dans toutes les villes marocaines. Les manifestations d’aujourd’hui (l’entretien a été réalisé avant la manifestation de dimanche, ndlr), donneront un souffle nouveau au Mouvement du 20 février. Notre mouvement n’est pas lié à la Constitution ni aux résultats du référendum. Nos revendications dépassent largement ce que propose ce texte. Notre principale revendication est l’instauration d’une réelle monarchie parlementaire et la mise sous le contrôle du Parlement de l’institution militaire. Cependant, notre mouvement a mis en avant d’autres revendications qui ne se règlent pas par des textes, mais par des décisions à même de rendre aux Marocains leur dignité. Nous avons exigé la fin de la corruption et la traduction devant la justice de tous ses symboles, la libération de tous les détenus politiques. Nous avons aussi des revendications liées aux conditions sociales et économiques. Il faut en finir avec l’économie de rente et enfin consacrer la répartition équitable des richesses du pays.


- Ne craignez-vous pas d’être taxés de jusqu’au-boutiste ?


Nous ne demandons pas la lune, mais des choses très simples à réaliser : la démocratie, la liberté et la justice sociale. Rendre aux Marocains leur dignité. En quoi sommes-nous jusqu’au-boutiste ? Si certains, aujourd’hui, se réjouissent qu’il y ait une nouvelle Constitution, c’est grâce au Mouvement.
Ces élites politiques doivent comprendre que le monde a changé autour de nous et que le Maroc ne doit pas rester à la traîne. Nous disposons d’énormes potentialités pour faire de notre pays un havre de démocratie et de liberté. Nous disons à ceux qui passent leur temps à donner des leçons que cette jeunesse marocaine est désormais responsable. Ils doivent savoir que plus jamais la dictature ne sera acceptée.


- Certains acteurs politiques estiment que la nouvelle Constitution consacre des avancées importantes…  


Ce sont ces mêmes acteurs qui disaient,
il y a dix ans, que le Maroc est un pays démocratique. Vous savez, la plupart des partis politiques marocains sont en déphasage avec les réalités du pays. Leur proximité avec le pouvoir leur a fait perdre le bon sens de l’analyse.Ils ont de gros intérêts à préserver, donc naturellement, ils seront contre toute idée de changement qui risquerait de mettre en péril leurs privilèges.   


- Vous êtes également militant de l’Union socialiste de forces populaires (USFP), qui a pourtant soutenu le projet de réforme. Vous n’avez pas respecté la consigne de votre parti…


Non seulement nous n’avons pas respecté cette consigne, mais j’ai fait une campagne très active pour le boycott. Surtout pas question de briser le front du 20 Février qui a su redonner espoir aux Marocains.
J’appartiens à un courant des «Unionistes du 20 février» qui demande également la réforme, même au sein du parti. L’USFP a une lecture des événements et de la situation politique du pays qui consiste à dire qu’il ne faut pas rendre la situation plus complexe et que le système du pouvoir n’a pas de réponse immédiate, donc la transition doit attendre. Une vision que nous ne partageons pas. Nous avons trop attendu, nous voulons ce changement là et maintenant. Depuis 1998, on nous parle de transition, mais les choses n’ont pas bougé. Bien au contraire, au bout de 11 ans de règne, nous nous retrouvons dans le camp des pays despotiques.


- Quel est votre rêve en tant que jeune Marocain ?


Comme tous les Marocains jeunes, vieux, femmes et hommes, nous rêvons d’un Maroc démocratique où la dignité humaine est sacrée. Nous voulons être des hommes et des femmes libres. Nous voulons une répartition équitable des richesses pour en finir avec la misère. Cela ne peut se faire qu’avec la fin du système du makhzen et toutes ses ramifications, ses appareils, ses chouyoukh et ses bachawate. Avec la fin, également, de l’économie de rente qui favorise le clientélisme, le copinage et la corruption. Nous rêvons tout simplement d’un Maroc où le rêve serait possible.

 

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" Printemps des Peuples "

Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent
 
Tunisie, Algérie, Egypte, Jordanie, Yémen... L’histoire ne se répète jamais à l’identique, mais elle se répète. Et si trop de facteurs différents la déterminent entre ici et là, entre un siècle et l’autre, rendent unique chacun de ses évènements, tourments, pulsions, sursauts, bouleversements, assez d’éléments, de causes et d’effets se ressemblent, pour que l’on en tire d’utiles leçons. Aussi, pour n’être que lointaine, la parenté entre le Printemps des Peuples en 1848 et les évènements qui, partis de Tunisie, secouent aujourd’hui le monde arabe, n’en est pas moins évidente. Et les enseignements que l’on peut tirer au sud de la Méditerranée de ce qui se passa il y a 163 ans à son septentrion, sont nombreux, le premier à retenir étant que ceux qui animent les peuples ne doivent jamais relâcher l’attention et la pression. Trop facilement en effet, dès quelques satisfactions mineures (alimentaires et culturelles) obtenues, les masses inertes, égoïstes et craintives, galvanisées un instant, refluent, pour laisser aux renards occuper l’espace ouvert par les nouvelles libertés de circulation et d’alimentation dans le « poulailler » national.
 
 Giulio-Enrico Pisani
 
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