Libye : Premier anniversaire de la révolution libyenne 17.02.12

Publié le par printempsdespeuples44

 

Il y a u an, les Libyens entamaient la contestation du régime d'El Gueddafi tombé huit mois plus tard

 

 La Libye a célébré vendredi le premier anniversaire du soulèvement qui a entraîné la chute de Mouammar Kadhafi. Aucun programme officiel n’est prévu pour marquer le premier anniversaire de la révolution, par «respect pour les familles des martyrs, les blessés et les disparus», selon les nouveaux dirigeants du pays.

Mais des célébrations spontanées ont commencé depuis mercredi dans plusieurs villes du pays, en particulier à Benghazi (est), théâtre de la première manifestation spontanée contre le régime le 15 février 2011, qui avait lancé le mouvement plus organisé du 17 février.

Vendredi, des centaines de personnes se sont rassemblées après la prière place Tahrir (libération), sur le front de mer à Benghazi, agitant le drapeau de la nouvelle Libye, tandis que des femmes tenaient des portraits de leurs fils tués dans les combats.

Discours du chef du CNT

En soutien à l’insurrection en Syrie, environ 200 personnes ont brandi des drapeaux et scandé des slogans hostiles au président syrien Bachar al-Assad: «Honte à vous Bachar!», «C’est votre tour de partir maintenant!». A Tripoli, la grande place des martyrs, où devrait se tenir l’essentiel des festivités, était encore quasiment déserte en début d’après-midi.

Des vendeurs de drapeaux libyens mais aussi qataris et américains étaient postés dans les artères principales de la capitale, pavoisée aux couleurs de la révolution: vert, rouge et noir, dans l’attente de la foule. Pour l’occasion, les autorités ont annoncé l’octroi de 2000 dinars libyens (soit 1760 dollars) à chaque couple marié et 200 dinars pour chaque enfant.

Parallèlement, des mesures de sécurité exceptionnelles ont été mises en place pour prévenir d’éventuelles attaques de partisans de l’ancien régime. Plusieurs postes de contrôle ont été installés par les ex-combattants rebelles avec fouilles des véhicules et contrôles d’identités, provoquant des embouteillages.

Le chef du Conseil national de transition (CNT), Moustapha Abdeljalil, a prévenu jeudi soir qu’il serait «ferme envers ceux qui menacent notre stabilité». «Nous avons ouvert nos bras à tous les Libyens, qu’ils aient soutenu la révolution ou pas. Mais cette tolérance ne signifie pas que nous soyons incapables d’assurer la stabilité de notre pays», a-t-il déclaré lors d’un discours télévisé. 

Le processus avance lentement

La révolution libyenne dresse, un an après son déclenchement, le 17 février 2011, un bilan plutôt négatif de la période de transition, dont les rênes sont temporairement confiées au Conseil national de transition (CNT). Désolant est de constater que le pays semble plus que jamais fragilisé par le rapport de force existant entre les ex-rebelles qui ont pris les armes contre le régime d'El Gueddafi et les politiques qui ont endossé le rôle disons «diplomatique» de la Révolution, où le Conseil national de transition (CNT) se retrouve à la tête d'un pays divisé et en partie sous contrôle de milices lourdement armées. C'est en grande partie cette situation sécuritaire qui est la plus alarmante en Libye avec une rancoeur qui ne fait que croître entre les anciens partisans d'El Gueddafi et les révolutionnaires. Ces derniers continuent à réprimer tous ceux qui ont eu le malheur de soutenir l'ancien guide de la révolution. Focalisant ses priorités sur la préparation et l'organisation de nouvelles élections, prévues en juin, l'instance dirigeante provisoire semble négliger les dangers de telles frictions. Effectivement, face à la désorganisation des pouvoirs publics, des brigades armées cherchent à assurer la sécurité de leurs villes et villages, et des incidents armés éclatent régulièrement. Ces ex-rebelles, qui se sentent marginalisés par le pouvoir transitoire mis en place, alors qu'ils se considèrent comme étant les parrains de la Révolution, ont accaparé le pouvoir militaire en Libye. Jouissant d'une liberté de manoeuvre accablante due à un sentiment de droit sur le pays, et en contrepartie d'un refus par les leaders du CNT d'une représentation politique de 40% dans le futur gouvernement, ces milices ont carte blanche sur le terrain! Enchaînant actes de torture, de détentions abusives, de justice expéditive... Au cours des derniers mois, les organisations internationales ont rapporté de plus en plus de cas de dérives de milices s'en prenant à d'anciens soutiens du Colonel déchu. En janvier dernier, la Haute commissaire pour les droits de l'Homme de l'ONU, Navi Pillay, s'est notamment inquiétée de la situation des migrants et des réfugiés africains, soupçonnés par les révolutionnaires d'avoir fait partie des milices du colonel El-Gueddafi. Ces exactions se sont surtout concentrées dans les centres de détention libyens, au nombre d'une soixantaine. Environ 8500 personnes sont détenues dans ces prisons gérées en majorité par les milices. Au moins 12 personnes placées en détention par des milices sont mortes depuis septembre, selon Amnesty international. Les services de l'ONU ont également reçu «des informations alarmantes de torture» dans ces centres de détention secrets. Le Conseil national de transition n'a pas empêché ces actes, faute de volonté ou d'une réelle capacité d'action.

 Existe-t-il un deal entre le gouvernement et les révolutionnaires? Cette hypothèse n'est pas à exclure. Il est fort probable que ce soit une sorte de partage des prérogatives entre les politiques et les «gardiens de la Révolution libyenne», et ce en l'absence totale, pour le moment, d'un pouvoir central qui appliquerait les lois selon leur conformité à la Constitution du pays. Les prétentions des dirigeants de la Libye nouvelle de construire le pays sur une image démocratique, celle d'un gouvernement soucieux des droits de l'homme, ont été au cours des derniers mois profondément écornées par ces exactions. Ceci dit, pour remédier à ce problème, les nouvelles autorités ont lancé un plan visant à réintégrer près de 200.000 ex-rebelles dans la société. Environ 50.000 devraient rejoindre les services des ministères de l'Intérieur et de la Défense, les autres pourront bénéficier d'aides financières pour monter des projets ou achever leurs études, à la condition de déclarer s'ils possèdent une arme et de la remettre aux autorités. Mais le processus avance lentement. Au niveau politique, la priorité reste à la préparation de nouvelles élections, prévues en juin. Une loi électorale qui régit cette organisation a d'ailleurs été adoptée fin janvier. Les dignitaires de l'ancien régime sont, quant à eux, exclus du jeu: les personnes ayant occupé des postes de responsabilité dans les Comités révolutionnaires de l'ancien régime de Mouamar El-Gueddafi, et de ses organes de sécurité, ne peuvent pas se porter candidats. Une commission électorale a aussi été formée... Malgré ces acquis, le CNT continue à être largement critiqué et contesté dans ses procédures.

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