Libye : Le CNT promet plus de transparence aux Libyens 14.12.11

Publié le par printempsdespeuples44

 

Le chef du Conseil national de transition (CNT), Moustapha Abdeljalil, sous le feu des critiques, a promis lundi plus de transparence sur les activités et la composition du Conseil, appelant les Libyens à la patience. “Le CNT va activer son site internet, donner la liste de ses membres et publier leurs C.V. et va rendre publique toutes ses activités”, a déclaré M. Abdeljalil au cours d'une conférence de presse. “Je veux rassurer les Libyens : avec la patience beaucoup de choses vont être réalisées”, a-t-il déclaré, au moment où des dizaines de jeunes se rassemblaient à Benghazi (Est) pour dénoncer le manque de transparence du CNT et l'indulgence de son président.
M. Abdeljalil a appelé à “la retenue et à la préservation des biens publics”. L'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch (HRW) s'était dite dimanche préoccupée par le “manque de transparence” des nouvelles autorités libyennes, en particulier au sujet des lois adoptées pendant la période de transition. Selon M. Abdeljalil, le gouvernement de transition, formé il y a moins d'un mois, s'est investi dans des priorités, comme la réintégration des combattants (ex-rebelles) dans la société, et la sécurité. “Si ces objectifs sont réalisés dans les 100 prochains jours, ce serait un grand acquis pour les Libyens et le gouvernement”, a-t-il estimé. Soulignant toutefois que le travail du gouvernement et du CNT était perturbé dans certaines villes, il a indiqué qu'un budget serait alloué aux Conseils locaux dans plusieurs régions du pays, touchées par un conflit qui a duré sept mois. Le chef du CNT a par ailleurs démenti avoir décidé de pardonner aux membres des forces de Mouammar Kadhafi ayant combattu les rebelles :“Nous sommes capables d'absorber nos frères qui ont combattu les révolutionnaires (...) et nous sommes aussi capables d'absorber tous ceux qui ont commis un acte ou une parole à l'encontre de cette révolution”. Hier, une centaine de Libyens ont de nouveau manifesté à Benghazi contre leurs nouveaux dirigeants malgré les assurances de ceux-ci de faire de la ville la nouvelle capitale économique du pays. “Les gens veulent des salaires et des conditions de vie décentes. On va à la banque et il n'y a pas d'argent.
Que fait ce gouvernement?”, demande Mohammed Chibani, 43 ans, qui manifestait sur cette place située dans le centre de Benghazi. “Il n'y a aucun contrôle. Regardez les prix, ils ne font qu'augmenter”, ajoute-t-il. Plusieurs manifestants ont passé la nuit sur la place,

 

Depuis lundi, des milliers de Libyens sont dans la rue pour dénoncer le fonctionnement du Conseil national de transition. Benghazi, le foyer de la révolte de contestation contre Kadhafi, commence à réclamer une nouvelle révolution. “Benghazi, réveille-toi”, “le peuple veut une nouvelle révolution”, “le peuple veut faire tomber le conseil de transition” sont les slogans qui se font entendre sur la place Al-Chajara dans le centre de Benghazi, qui avait vu les premiers rassemblements contre le régime de l'ancien dirigeant Mouammar Kadhafi, le 15 février.
Pour les protestataires, il faut corriger le processus révolutionnaire, le CNT est bien trop opaque, ainsi que le dénonçait déjà l’ONG Human Rights Watch. Outre les craintes politiques, des préoccupations bien plus concrètes se posent : “Les gens veulent des salaires et des conditions de vie décentes. On va à la banque et il n'y a pas d'argent. Que fait ce gouvernement ?”
Les Libyens protestent également contre l’inflation galopante et réclament le contrôle des prix. Le CNT de son côté promet de la transparence et appelle les manifestants à plus de patience et, dans l’espoir d’éteindre le feu, a fait de Benghazi la capitale économique du pays, promettant que les ministères liés à l'activité économique y seraient délocalisés. En réalité, ne rien ne va plus depuis l’assassinat de Kadhafi, un peu comme si le gâteau était mal partagé.
Les Amazighs du djebel Nefoussa, par exemple, ont dénoncé leur marginalisation, estimant avoir été exclus des ministères importants, que leur représentativité dans le gouvernement ne correspondait pas à leur présence et leur contribution à la révolution libyenne. Le Congrès amazigh libyen a appelé les Libyens et les Amazighs en particulier à manifester et à geler provisoirement leur coopération avec le CNT et le gouvernement de transition.
Autre forme de contestation, les appels et avertissements du gouvernement concernant le dépôt des armes par les milices sont restés sans écho. Les chefs de guerre ne veulent pas se fondre dans la nouvelle armée en gestation, menaçant — et le mot n’est pas fort — la stabilité déjà précaire du pays. Des affrontements armés ont lieu entre des milices armées de différentes régions. L’aéroport de Tripoli devait être fermé une journée suite à une bataille rangée entre la milice de Tripoli et celle de Zenten qui contrôle l’aéroport de la capitale. Les islamistes, eux, essaient d’imposer leurs lois… Attaques nocturnes des mosquées libyennes datant du XVe siècle, destruction des commerces suspectés de vendre de l’alcool, les intégristes n’ont pas encore dit leur dernier mot. à Misrata, ville ou Kadhafi a été lynché, les populations assistent depuis quelque temps à la destruction par les vainqueurs des habitations qui n'ont pas été réinvesties par leurs propriétaires partis pendant la guerre. Les maisons des habitants noirs accusés d’avoir combattu au sein des forces armées de Kadhafi ont été pillées et brûlées… à Benghazi, comme à Tripoli et dans toutes les autres localités, sourde la menace de “corriger la marche de la révolution”. Les Libyens sentent qu'elle leur a échappé, que le nouveau pouvoir s’applique plutôt à la confisquer. En face des pays de la coalition de l’Otan sans laquelle Kadhafi ne serait peut-être pas éliminé, et des multinationales qui se partagent le pactole pétrolier et économique de la Libye, des Libyens commencent à se dire : “Kadhafi vaincra même mort : après Kadhafi, la dictature d'Abdeljalil ?” Si la stabilité semble garantie pour les entreprises étrangères, on ne peut pas en dire autant pour la stabilité sociale. Les Libyens sont depuis la proclamation de leur libération livrés à eux-mêmes. Pour contenir la menace de la reprise de la révolution, le CNT et son gouvernement jouent sur la fibre patriotique. La Libye a exprimé ce mardi des réserves sur certains points du traité d'amitié avec Rome.
En 2008, ce traité avait été signé par les anciens dirigeants des deux pays, Mouammar Kadhafi et Silvio Berlusconi, et l’Italie qui avait reconnu officiellement ses crimes durant sa colonisation avant de mettre sur la table un chèque de 5 milliards d’euros pour compenser son passé colonial. Les observateurs pensent qu’Abdeljalil souhaiterait plutôt réorienter les relations privilégiées libyo-italiennes vers la France à qui il doit presque tout. BHL a même poussé le cynisme jusqu'à assurer qu’il avait fait cela au nom du... “sionisme”. Et, depuis quelque temps, il est fait état d'une future représentation diplomatique israélienne dans la Libye post-Kadhafi ! Info ou intox, il n'y pas de fumée sans feu. Le projet a été éventé par la presse sérieuse de Tel-Aviv.
D. Bouatta

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