Contesté dans la rue, le Conseil national supérieur libyen refuse de démissionner et agite la menace de la guerre civile. Son vice-président, Abdelhafidh Ghoga, a été, lui, obligé de se démettre…

Le président de l’autorité suprême libyenne, l'une des rares personnalités peu contestées du CNT, menace de mettre à exécution sa démission qu’il aurait annoncée, suite aux massives manifestations, à Benghazi surtout, qui ont été violentes vendredi et qui se sont propagées à Tripoli.
Attaqué par des manifestants samedi, pour la teneur de son projet de loi électorale, le CNT tient désormais ses réunions dans un endroit tenu secret, pour éviter tout incident. En réalité, depuis la chute du régime de Kadhafi, on ne sait plus qui décide de quoi en Libye, s’accordent à dire les observateurs. Les chefs de guerre ont refusé de remiser leurs hommes et armes pour certainement mieux négocier leurs parts du gâteau dans la Libye post-Kadhafi. Et, il ne se passe plus de jours sans incidents dans le pays. Le mouvement de protestations contre le CNT a pris de l’ampleur jeudi et vendredi dernier à Benghazi, l’épicentre du printemps libyen, au cours desquelles des “jelatinas” (bombes artisanales), avaient été lancées dans les locaux du pouvoir de transition. Mais pourquoi le CNT n’a pas encore emménagé dans la capitale Tripoli ? Ou alors la capitale n’est pas encore suffisamment sécurisée, elle est pour partie entre les mains d’un ancien de l’Afghanistan et pour l’autre entre celles de tribus amazighes particulièrement ciblées durant les décennies Kadhafi. Partout dans le pays, les  rassemblements tournent aujourd’hui à l'émeute, véhicules des officiels incendiés, locaux du CNT saccagés, responsables pris à partie. Tous réclament les fruits de la révolution maintenant : pour des jeunes thouwars,  plus d'indemnisations pour les blessés, davantage d'emplois, de meilleurs salaires, du travail…
D'autres manifestations de moindre ampleur commencent à noircir le ciel du pays. Des femmes islamistes, d'islamistes proches des Frères musulmans et de salafistes, revendiquent une instauration plus rapide de la charia, promise par le président du CNT. Des femmes du courant libéral veulent obtenir au moins 20 sièges dans la future chambre des députés, soit le double que les 10 % prévus par le projet de loi. C’est justement ce projet de loi électorale qui a mis le feu aux poudres. Les critiques portent, pêle-mêle, sur la composition du collège électoral, le nombre de sièges dévolus aux femmes, l’inéligibilité des  personnalités ayant été proches du régime, et la question du vote des résidents à l'étranger, pour certains suspects de sécularisation, pour d'autres précieux pour reconstruire le pays. La composition du collège électoral, plus que les autres décisions, a provoqué des réactions dans diverses localités. Leur poursuite risque “de plonger le pays dans un puits sans fond”, a averti le président du CNT dont le départ du gouvernement transitoire risque d'ailleurs de précipiter le cours des choses car il était jusqu’à ces dernières semaines au nombre des rares personnalités n'étant que modérément critiquées. Moustapha Abdeljalil, qui a le soutien des pays qui ont contribué à la chute de Kadhafi, a exclu une démission du CNT, même s’il a reconnu que l’organisme faisait face à une grave crise politique. La preuve : sa réunion secrète a accouché d'un… nouveau report de la promulgation de la loi électorale. Sa teneur ne serait dévoilée que la semaine prochaine. Les membres des comités réunis à Benghazi vont retourner dans leurs régions respectives. Pour des observateurs, il n'est même pas sûr que la réunion annoncée se soit bien tenue… Les noms des rédacteurs de la loi ne sont pas connus. Cette loi électorale doit régir l'élection d'une Assemblée constituante en juin. En attendant, la Libye court le risque de devenir comme la Somalie. Tout le monde est armé, remarque-t-on, dans le pays. Le CNT avait donné un ultimatum, expirant fin décembre, pour que les armes soient déposées. Très peu d'armes ont été rendues, et les embauches dans la police n'ont attiré que des membres de très petites milices ou des sans-emploi sans ressources. En revanche, des hommes d'affaires du Golfe arrosent divers groupes. Les contrebandiers, qu'ils aient ou non participé aux combats, sont aussi armés, et revêtent des uniformes neufs. Il reste encore 8 000 prisonniers dans environ 60 prisons, ou camps de détention, souvent improvisés et aux mains de groupes locaux, selon les ONG des droits de l'homme. Et pour corroborer cette situation, le Haut-comité pour les réfugiés des Nations unies basé à Malte, a confirmé la poursuite des exactions contre les étrangers de peau noire, suspectés d'avoir été des mercenaires de Kadhafi! Des exécutions sommaires se poursuivent, en sus de pillages, de confiscations d'argent, de téléphones et d'objets, et des viols.


 

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" Printemps des Peuples "

Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent
 
Tunisie, Algérie, Egypte, Jordanie, Yémen... L’histoire ne se répète jamais à l’identique, mais elle se répète. Et si trop de facteurs différents la déterminent entre ici et là, entre un siècle et l’autre, rendent unique chacun de ses évènements, tourments, pulsions, sursauts, bouleversements, assez d’éléments, de causes et d’effets se ressemblent, pour que l’on en tire d’utiles leçons. Aussi, pour n’être que lointaine, la parenté entre le Printemps des Peuples en 1848 et les évènements qui, partis de Tunisie, secouent aujourd’hui le monde arabe, n’en est pas moins évidente. Et les enseignements que l’on peut tirer au sud de la Méditerranée de ce qui se passa il y a 163 ans à son septentrion, sont nombreux, le premier à retenir étant que ceux qui animent les peuples ne doivent jamais relâcher l’attention et la pression. Trop facilement en effet, dès quelques satisfactions mineures (alimentaires et culturelles) obtenues, les masses inertes, égoïstes et craintives, galvanisées un instant, refluent, pour laisser aux renards occuper l’espace ouvert par les nouvelles libertés de circulation et d’alimentation dans le « poulailler » national.
 
 Giulio-Enrico Pisani

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