Les Tunisiens sans papiers occupent un gymnase à Paris 9 mai 2011

Publié le par printempsdespeuples44

 Une chronique de l’occupation en cours.

Samedi 7 mai, 16h35

 

Les sans papiers Tunisiens occupent un gymnase rue de la Fontaine au Roi et appellent à les rejoindre.

Gymnase de la Fontaine-au-Roi, 100 rue de la Fontaine-au-Roi, Paris 11e, Métro Couronnes ou Belleville.

Merci de prévenir par un sms tous ceux susceptibles de venir et de faire venir du monde

Rassemblement à 18h sur place.

17h09

Il y a un attroupement devant le gymnase où se tient un tournoi de tennis jusqu’à 18h30. Les frappeurs de baballe ont déclaré, dans leur grande mansuétude (!), que l’occupation ne leur posait pas de problème et qu’ils laissaient la place dès qu’ils avaient terminé ...

Une banderole "ni policiers, ni charité, un lieu pour s’organiser, des papiers pour tous " est déployée.

Quatre agents de la sécurité de la mairie de Paris sont sur les lieux.Quatre agents de la sécurité de la mairie de Paris sont sur les lieux.

17h14

Exceptionnel ! Delanoë n’a toujours pas envoyé ses CRS !

17h 31

Ce gymnase est situé dans un quartier de foules populaire. La police y sévit régulièrement contre les (biffins. Il n’y pas si longtemps des migrants y étaient mobilisés contre la destruction des hôtels meublés, les expulsions vers la banlieue, l’isolement. De nombreux passants s’arrêtent et soutiennent les occupants. D’autres sont venues d’ailleurs manifester leur solidarité sur la placette devant le bâtiment occupé.

Le responsable du gymnase a dit aux flics que tout se passait bien. Ceux-ci ont répondu qu’ils avaient prévenu la mairie. Un de ses responsables est attendu bientôt. Les occupants auront particulièrement besoin de soutien à ce moment-là.

18h26

Après l’arrivée de la police, des responsables de la Ville sont également présents.

Magouille blues. Nicolas Revel, le directeur de cabinet du maire, , laisse un message téléphonique à quelqu’un de la Cip. Alors quoi ? On cherche des intermédiaires, des faux représentants ?
Y a maldonne. Maintenant on est du placard du 13 bd de Strasbourg où on a dû déménager pour éviter une expulsion et près de 100 000 € d’astreinte. Vous nous avez dit qu’on ferait un point en juin quant à
votre engagement de nous reloger N’hésitez pas à reprendre langue avant dans cette optique. Pour autre chose, on est pas disponibles.

18h48

Emmanuel Grégoire, chef de cabinet du maire de Paris, et Laurence Lefèvre, directrice de la jeunesse et des sports de la Ville de Paris, discutent de la situation avec trois sans-papiers délégués.

La Mairie a dit qu’elle faisait tout son possible pour les aider, contrairement à l’Etat, ajoutant qu’à Bolivar il y avait des problèmes de sécurité. Là, on peut négocier.

Les envoyés de Delanoë demandent un accès pour les agents de sécurité et de la jeunesse et des sports. Ils veulent bien aménager quelque chose mais dans les règles : il est interdit de fumer et boire. Et pour faire la cuisine ? Grégoire a répondu que la Mairie allait voir. A la question de savoir combien ils sont : les occupants ont répondu qu’ils étaient nombreux, beaucoup plus de cinquante. La Mairie a prétendu ne pas avoir de lieu pour accueillir autant de gens ; il lui a été répondu : "il faut trouver une solution".

Solidarité ! Merci de venir et d’apporter des produits de première nécessité : nourriture, vêtements pour hommes, produits d’hygiène, etc.

Quatre nationaux, quatre sécurité Ville de Paris, présence policière inchangée.

19h15

La mairie pose comme condition que l’occupation soit limitée à 150 personnes durant quelques jours, le temps de trouver une solution de logement.

Il se trouve que la gauche commence enfin à se poser des questions. Que Delanoë fasse expulser des sans papiers en lutte d’un immeuble occupé, c’est chose courante - le http://9emecollectif.net/ en sait quelque chose. Mais en général c’est en demandant à la pref’ de ne pas interpeller, en mode "faites-ça-ailleurs-ça-ne-me-regarde-pas", et ça passe, ça reste tu. À la veille d’une présidentielle où la Le Pen pourrait être au second tour, c’est une faute grave vis-à-vis de la réserve électorale issue de l’immigration, et certainement de nombreux anciens Français, que d’avoir fait assaillir, frapper, enfermer et expulser ces jeunes par la police. Il vient de se faire taper sur les doigts par la LDH. "À cet égard, la LDH regrette la précipitation de la Mairie de Paris dans la gestion d’une occupation dont elle aurait pu prendre la mesure dans une conjoncture spécifique. Nous critiquons cette acceptation d’une politique de force au lieu de poursuivre un dialogue qu’elle semblait pourtant avoir commencé.
Au contraire,
la LDH attend de tous un respect de nos principes envers les personnes, humanité, accueil et solidarité ; et une orientation claire de soutien à la révolution tunisienne."

Le conseiller communication de Delanoë, Gaspard Gantzer, avait bien raison d’ouvrir tout grand le parapluie : c’est la faute à la CIP ! anarchiste radico jusqu’auboutiste.

Assemblée des occupants : le risque que les futures propositions de la mairie divisent les occupants, comme avenue Simon Bolivar, est plusieurs fois évoqué. Où serait la parade ?

20h15

L’assemblée se termine. Les Tunisiens ont décidé de rester.
La police appelle "l’état-major" pour indiquer qu’ils sont soutenus par des "anarchistes".

Jean Vuillermoz, élu local du PCF, participe à la délégation municipale. Celle-ci affirme que les sans papiers pourront "rester tranquilles" cette nuit. Delanoé s’est engagé à ce qu’il n’y ait pas d’intervention policière. Le directeur du gymnase et un autre employé municipal passeront la nuit sur place. Bolivar était parait-il pas assez équipé pour l’incendie. Ici on ne fume pas.

La Ville assure qu’elle va cette fois approvisionner en nourriture les occupants, sans doute demain par le truchement l’association Aurore, et qu’elle proposera des solutions d’hébergement.

Après coups : l’attitude de la Ville ressemble pour l’instant à "la méthode Contassot" avec moins de moyens

Lors de leur fuite de Bolivar, dans les commissariaits où ils ont été interrogés les 4 et 5 mai, il a eu des blessés. Une partie d’entre eux se sont évaporés vers les services de santé. De nombreux (?) occupants de Bolivar sont détenus et d’autres n’ont pas rejoint le collectif après leur mise en liberté. On verra demain.

Les Tunisiens rassemblés hors du gymnase expliquent aux représentants de la Ville que si ce gymnase est trop petit, celle-ci peut leur en proposer un autre.

D’autres français et solidaires "à papiers" ont rejoint le rassemblement devant le gymnase.

20h45

On apprend que sur sept sans papiers enfermés au centre de rétention de Mesnil Amelot qui sont passés en audience à Meaux, six sont libérés. Le maintenu en rétention fait appel. Pas moyen de savoir ce qu’il en est de ceux de Vincennes. Vu le mouvement continu, le chaos, il est difficile de savoir ce qui est arrivé aux arrêtés qui reviennent dans le collectif et ce qu’ils savent du sort des autres.

Décomposer.
L’élu du Val de Marne qui disait vouloir ouvrir un espace collectif aux Tunisiens serait désormais moins convaincu...
Les dizaines de Tunisiens raflés dans un foyer de Nice sont dans toutes les têtes. La dispersions serait préférable ? Ces derniers jours, les Tunisiens qui se retrouvent porte de la Villette se voient expliquer sans relâche par divers associatifs que l’action collective entreprise à Bolivar était inutile et dangereuse.
La Ville dit qu’après les arrestations du 4 à Bolivar ils ont utilisé les palces disponibles au foyer Aurore pour loger des Tunisiens de la porte de la Villette dans le foyer Aurore . Ils ont tant menti déjà, est-ce vraiment le cas ou encore de la com ?
.

À Couronnes, on évoque aussi la lutte des sans papiers ici depuis 1996 et les grandes difficultés à obtenir des solutions collectives pour quoi que ce soit. On les accuse de déserter leur pays, la (zaura (révolution). Mais a révolution ne fait pas du passé table rase. La Noria continue. Quitter sa famille, en porter l’avenir ailleurs. Certains se disent près à rentrer avec 5000€ ; d’autres veulent taffer quelques mois pour rembourser la famille, avoir de quoi vivre, monter une boite ; d’autres encore estiment que les Tunisiens ont maintenant à se disperser dans les villes et les campagnes, pour mieux se fondre dans le paysage, trouver à se loger, du boulot, préparer le terrain pour une régularisation éventuelle ; ça cause mariage, parle de qui trouve à remplacer durant ses congés tel ou tel Tunisien sur des boulots du BTP ou de la restauration. Au fil des jours, ces hommes lient connaissance avec, ça finira par tenir. Et puis, la France, Paris, c’est des territoires touristiques au fond ? Bon nombre des jeunes qui sont là ont travaillé pour le tourisme, à Djerba et ailleurs. Là aussi, avec un peu de temps, si la chance est là, on trouvera bien de quoi subsister.

Les expulsions ? Elles peuvent être annulées, ralenties, refusées à l’embarquement. Souvent, ce sera la "réadmission" en Italie. Et là-bas aussi, on trouvera bien quelque chose.
Il faudra peut-être passer 32 jours en centre de rétention.
On verra.

En Tunisie, une intervention policière a fait 4 mort la veille. Un couvre-feu nocturne a été décrété samedi à Tunis et dans sa banlieue après plusieurs jours "de violences et de pillages". Les élections sont prévues pour juillet.
"En Tunisie on a déchiré la tête du dictateur mais le corps bouge encore...
Combien de temps faut-il pour une révolution ?

Minuit

Accalmie. Parmi les sans papiers, beaucoup dorment déjà.

Dimanche

15h30

L’assemblée se réunit vers 15h pendant que les réponses tunisiennes à Delanoé sont diffusés en français et en arabe sur les ramblas entre Couronnes et Belleville.

Les Tunisiens commencent à s’organiser de mieux en mieux.
Journalistes : la règle est réaffirmée, ils ne rentrent pas à l’intérieur, des entretiens avec une délégation de Tunisiens ont lieu à l’extérieur.

19h

Un communiqué notifiant les revendications suite à leur assemblée aujourd’hui est en train de s’écrire.

 

 

 Merci à qui peut d’apporter au gymnase des photocops du texte Tunisien adressé au"président de la Ville" (français et arabe), avec au verso la décision du 8 mai.

 

Publié dans France

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