La Libye se prépare à fêter demain l'anniversaire de la «Révolution du 17 février 2011», mais des inquiétudes demeurent sur l'avenir du pays confronté à de nombreux défis pour assurer sécurité et stabilité et fonder un Etat de droit.

 

    Alors que Benghazi, berceau de la révolte contre Mouammar Kadhafi dans l'est du pays, s'apprete à fêter les un an de la révolution du 17 février, un homme exulte sur la place de la libération. Esam Al-Fetori/Reuters

 

Un vent de liberté a soufflé sur ce pays d'Afrique du Nord qui prépare ses premières élections depuis des décennies, mais la prolifération des milices d'ex-rebelles, qui font la loi dans le pays, complique la tâche des nouveaux dirigeants. Etudiants, fonctionnaires ou chômeurs, les «thowars» s'étaient portés volontaires pour combattre le régime de Mouamar El Gueddafi, jusqu'à la mort violente du dictateur le 20 octobre, après plus de 40 ans de règne sans partage. «Ils ont pris les armes pour se libérer du joug de la dictature. Mais quand ils ont obtenu la liberté, ils n'ont pas lâché les armes», déplore un journaliste tripolitain. Au terme d'un conflit sanglant, ils se sont formés en milices et assurent aujourd'hui les fonctions de la police et de l'armée qui n'ont pas encore été mises en place par le nouveau régime. «Elles (les milices) ont développé des intérêts qu'elles refusent d'abandonner», estime Hafedh al-Ghwell, un conseiller à la Banque mondiale, dans un rapport récent. Ayant puisé dans l'arsenal hérité de l'ancien régime, les milices sont très armées et n'hésitent pas à sortir l'artillerie lourde au moindre conflit d'intérêt, faisant à chaque fois des victimes. Les nouveaux dirigeants se sont pourtant donné comme premier objectif de désarmer le pays. A cet effet, ils ont mis en place un plan pour intégrer des milliers de combattants dans les corps de l'armée ou dans les services de sécurité. Mais les résultats se font attendre. Les «thowars» tiennent aussi les prisons dans lesquelles croupissent des responsables ou des combattants de l'ancien régime, dont certains ont été torturés à mort, selon des organisations de défense de droits de l'Homme. La lenteur des réformes a provoqué des mouvements de contestation contre le Conseil national de transition (CNT) au pouvoir, accusé notamment de «voler la révolution» et d'avoir permis à des «opportunistes» de l'ancien régime de faire partie de la nouvelle équipe dirigeante. En fait, les autorités semblent ployer sous le poids de l'héritage laissé par Mouamar El Gueddafi: prolifération d'armes, infrastructures vétustes, absence d'institutions, économie minée par la corruption, systèmes de santé et d'enseignement rudimentaires. Les défis sont gigantesques pour les nouveaux dirigeants qui ont décidé de tout mettre en suspens jusqu'aux prochaines élections, prévues en juin, se contentant de gérer, non sans difficulté, les affaires courantes. Pas de contrats avant les élections, a notamment lancé le gouvernement d'Abdelrahim al-Kib, au moment où les compagnies étrangères sont à l'affût pour décrocher des parts dans les contrats juteux pour la reconstruction du pays. Les nouvelles autorités ont fait des élections leur priorité. Ainsi une loi électorale donnant un rôle privilégié à la femme et aux jeunes a été adoptée après de longues tractations et un débat houleux. La formation d'une commission électorale a aussi été saluée lundi par la mission des Nations unies en Libye, qualifiant le cadre légal des prochaines élections, les premières depuis plus de 40 ans, de «raisonnable». Aucun programme officiel n'a été prévu pour célébrer demain le premier anniversaire de la révolution, par «respect pour les familles des martyrs, les blessés et les disparus», selon le porte-parole du régime Mohamed al-Harizi. Cependant si les conseils locaux sont libres de fêter l'évènement, les autorités ont interdit aux thowars tout défilé militaire, selon M.Harizi.
Les nouveaux dirigeants ont lancé plusieurs mises en garde quant à de possibles attaques de partisans de l'ancien régime visant à perturber la fête nationale.

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" Printemps des Peuples "

Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent
 
Tunisie, Algérie, Egypte, Jordanie, Yémen... L’histoire ne se répète jamais à l’identique, mais elle se répète. Et si trop de facteurs différents la déterminent entre ici et là, entre un siècle et l’autre, rendent unique chacun de ses évènements, tourments, pulsions, sursauts, bouleversements, assez d’éléments, de causes et d’effets se ressemblent, pour que l’on en tire d’utiles leçons. Aussi, pour n’être que lointaine, la parenté entre le Printemps des Peuples en 1848 et les évènements qui, partis de Tunisie, secouent aujourd’hui le monde arabe, n’en est pas moins évidente. Et les enseignements que l’on peut tirer au sud de la Méditerranée de ce qui se passa il y a 163 ans à son septentrion, sont nombreux, le premier à retenir étant que ceux qui animent les peuples ne doivent jamais relâcher l’attention et la pression. Trop facilement en effet, dès quelques satisfactions mineures (alimentaires et culturelles) obtenues, les masses inertes, égoïstes et craintives, galvanisées un instant, refluent, pour laisser aux renards occuper l’espace ouvert par les nouvelles libertés de circulation et d’alimentation dans le « poulailler » national.
 
 Giulio-Enrico Pisani

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