France : Récit d'une tentative d'occupation de Pôle Emploi à Nantes et à Rennes 19.01.12

Publié le par printempsdespeuples44

Au carrefour des contrôles sociaux et policiers

Le sommet pour l'emploi qui se tient ce jour -- 18 janvier 2012 -- rassemble les élites politique, économique patronale et syndicale ; des personnes totalement déconnectées de la réalité. Nous sommes des citoyens lambdas, chômeur-euse-s ou non, qui pensent primordial d'engager la discussion sur le terrain, avec les plus concerné-e-s : les sans-emploi et les agents de Pôle Emploi.

 

Le rendez-vous était fixé hier, 17 janvier à 11h Place du Peuple (feu Place Royale). Ce moment faisait écho à la mobilisation nationale du 17 janvier "Occupons Pôle Emploi". Nous y étions peu nombreux, mais bien motivé-e-s. Nous avions opté pour une introduction sous forme de vœux de Liberté, d'Egalité, de Solidarité. Nous voulions entre autres, engager le débat sur le non sens de la centralité du travail, dans une société qui produit de plus en plus, et ce malgré un taux de chômage galopant. 

Notre petit groupe a donc pris la direction de l'agence Sainte Thérèse en tramway dans une ambiance bon enfant. Nous pensions laisser derrière nous les CRS dépêchés à notre encontre sur la Place du Peuple. Quelle ne fut pas notre surprise quand deux fourgons ont traversé la ligne de tramway pour nous intercepter. Une troupe s'est hâtée de nous barrer l'accès à l'agence; un service dit public. Très vite quatre autres camions, deux voitures de police, et une troisième, banalisée, sont arrivés en renfort. Nous avons compté un rapport de 7 policiers pour un-e manifestant-e. 

Malgré quelques tentatives, il nous fut impossible de pénétrer dans l'agence et de mener à bien notre action. Le dispositif policier a totalement bloqué l'accès à l'antenne. N'ayant que faire du risque de radiation, les forces de l'ordre ont refoulé les sans-emplois convoqué-e-s en entretien au même titre que nous. 

La direction de l'antenne n'a pas daigné engager le dialogue certainement par crainte de voir ses agents se rapprocher des chômeur-euse-s. Nous avons donc distribué les tracts à des chômeur-euse-s -- refoulé-e-s eux aussi de l'agence -- aux passant-e-s et à des automobilistes. Les témoignages de soutien furent nombreux, l'indignation générale face à ce déploiement de forces démesuré. 

Ne voyant pas d'issue à la situation, nous avons pris la route du retour, toujours en tramway. Deux agents en civil dans le wagon voisin, deux voitures -- l'une siglée roulant sur les rails, l'autre banalisée sur la chaussée -- nous escortaient. Il fut impossible de se défaire des deux agents en civil de tout l'après midi. En passant à pied devant l'antenne Pôle Emploi de Viarme (rue d'Erlon), nous avons pu constater la présence d'un dispositif policier. Plusieurs personnes nous ont fait état de leur omniprésence ce jour dans les rues de Nantes. 

Plutôt que de chercher les causes d'un mécontentement bilatéral -- chômeurs et agents de Pôle Emploi -- par le dialogue et le respect, l'administration a réagi en fermant sa porte, preuve du mépris le plus total à l'égard de son public. Monsieur Daubigny, Préfet de Région, n'aura pas lésiné sur les moyens pour avorter un mouvement social dont nul ne peut nier la légitimité. En prétextant la notion très floue de "risque de trouble à l'ordre public", et des "peurs de dégradation", l'Etat et ses réactions policières à géométrie variables portent des atteintes manifestes à nos libertés. 

Ces faits renforcent la légitimité de nos actions citoyennes, et accroit notre motivation à résister et dénoncer les injustices, les inégalités et les manquements démocratiques que nous subissons tous quotidiennement.
Nous dénonçons la recrudescence du contrôle, qu'il s'agisse de celui de Pôle Emploi à l'encontre des usagers, ou de celui des forces de l'ordre qui étouffent nos libertés. Nous réprouvons les procédés violents et inégalitaires auxquels ont recours les institutions pour nous faire accepter l'inacceptable (radiations, délation, fichageS, coercition policière...). 

Pas de Paix sociale sans Justice sociale

 

La journée du 17 janvier 2012, Occupons Pôle Emploi, Rennes

 

Une cinquantaine de personnes ont pu rentrer sans encombre dans les locaux du Pôle Emploi Albert Ier à Rennes. Après avoir déployé une banderole et distribué des tracts [1] aux personnes présentes, une assemblée ouverte improvisée s’est tenue permettant d’y associer bon nombre de chômeurs-euses convoqués-ées ce jour-là.

En est ressortie une série de revendications tant immédiates que globales.

Nous avons exigé du directeur de l’agence qu’il s’exprime sur celles-ci en assemblée. Refus de sa part. S’en suit l’arrivée des représentants locaux du pouvoir made in Pôle Emploi : la directrice départementale, accompagnée de son adjointe, du directeur de l’agence et du manager des employés du site [2]. Refusant de se prononcer sur quoi que ce soit en assemblée, ils nous ont contraints-tes à nommer une délégation qui pourrait s’entretenir avec eux.

Nous avons commis l’erreur de céder à ce chantage. Ce qui a affaibli la dynamique d’occupation par l’accaparement d’une partie des occupants-tes et soustrait les considérations méprisantes des managers [3] à la visibilité des usagers.

Nous exigeons immédiatement :

. L’engagement par écrit de ne procéder à aucune radiation ce jour dans cette agence.
. Le remplacement des convocations par des rendez-vous convenus d’un commun accord.
. L’accès aux informations concernant la gestion de pôle emploi. (Les chiffres des radiations et leurs motifs ; les chiffres et les entreprises ayant recours aux EMT, EMTPR et AFPR [4] ; les critères d’évaluations et les primes fixées aux conseillers ; le nom, le cahier des charges et les budgets alloués à la sous-traitance...).
. La mise à disposition d’un affichage libre dans chaque pôle emploi pour les collectifs de chômeurs-euses et précaires.
. L’arrêt des convocations Pôle Emploi par mail, causes de radiation [5].
. Accès à internet en libre accès pour tous (tous sites confondus) et aux photocopieuses pour les mouvements qui soutiennent les chômeurs-euses et précaires.

Plus généralement, nous exigeons :

. déconnexion du revenu et du travail : instauration d’un revenu minimal /garanti/universel. A partir de 16 ans [6].
. Droit aux allocations chômage pour les étudiants-tes [7].
. Forte réduction du temps de travail, sans perte de salaire ni augmentation des cadences.
. Un emploi pour tous-tes.
. Titularisation du personnel précaire de PE.
. Augmentation du nombre des inspecteurs-rices du travail et protection accrue des salariés.
. Arrêt de la sous-traitance de pôle emploi au privé.
. Non à l’instauration des 7 h de travail obligatoire pour les allocataires du RSA. - Suppression de l’Offre Raisonnable d’Emploi [8].
. Abrogation du travail gratuit et forcé : EMT/EMTPR/AFPR.
. Fin du suivi mensuel obligatoire.
. Actualisation automatique si aucun changement de situation n’est à déclarer.
. Arrêt des contrôles des papiers d’identité et suppression des lampes UV (servant à traquer les sans-papiers) [9].
. Pénalisation des employeurs-euses en cas de condamnation aux prud’ hommes. Durcissement des condamnations portant sur le droit des affaires.

Aucune de ces revendications tant immédiates que globales n’a été satisfaite.

Face à la surdité de la direction, nous entendons bien ne pas en rester là !

L’Assemblée « occupons Pôle Emploi » de Rennes.

 

Dans la nuit du 18 au 19 janvier, l'entrée du pôle emploi de Rennes Albert 1er a été murée.
L'inscription "Marre de parler à un mur" a été  taggée sur les parpaings.

Si nous avons fait cela, c'est pour protester  contre tous les murs que pôle emploi dresse
devant les chômeurs et qu'ils se prennent dans la gueule : radiations, rupture des
indemnisations, infantilisation, pression pour accepter n'importe quel boulot, mépris des
droits les plus élémentaires, etc.

Pour une fois, c'est pôle emploi qui se sera retrouvé devant un mur.

Dans la continuité des journées des 17, 18, 19 janvier, nous appelons les chômeurs
à s'organiser et à entrer dans l'action.

Un secteur qui recrute : la lutte contre pôle emploi et toutes les politiques scélérates du gouvernement. CV et lettres de motivation superflus. Tous profils bienvenus. Embauche immédiate.

Des chômeurs en colère

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toutes les actions du 17 janvier 20/01/2012 14:50

En fait il y a eu une quinzaine d'occupations et plein de Pôle fermés ou bloqués par vigiles et police, voir ci bas