Egypte : Tahrir pas convaincue par le discours de Tantaoui 23.11.11

Publié le par printempsdespeuples44

Sur la place Tahrir, un manifestant exprime son mécontentement. Amr Abdallah Dalsh/Reuters

 

Trois personnes ont été tuées mercredi, au cinquième jours d'affrontements meurtriers entre police et manifestants réclamant la chute du pouvoir militaire en Egypte, selon un médecin dans un hôpital de campagne au Caire.

"Il s'agissait sûrement de balles réelles, mais je n'ai pas pu les examiner avant qu'ils ne soient envoyés dans des hôpitaux. L'un d'entre eux avait le crâne écrasé", a précisé à l'AFP Chadi al-Naggar, médecin à l'hôpital de campagne installé dans la mosquée Omar Makram sur la place Tahrir.

 

Des milliers d'Egyptiens manifestaient toujours mercredi au Caire pour réclamer le départ des militaires qui dirigent le pays, malgré la promesse du chef de l'armée d'organiser une élection présidentielle mi-2012 pour un retour au pouvoir civil.

Le maréchal Hussein Tantaoui, chef d'Etat de fait, s'est engagé dans un rare discours la veille à organiser une élection présidentielle avant fin juin 2012 et s'est même dit prêt à remettre le pouvoir immédiatement si un éventuel référendum en décidait ainsi.

 

Mais après quatre jours d'affrontements entre manifestants et police qui ont fait 30 morts dans toute l'Egypte, beaucoup d'Egyptiens ayant manifesté par dizaines de milliers mardi sont restés toute la nuit à Tahrir pour exprimer leur refus. Ils disent ne pas croire un mot des paroles du maréchal, ministre de la Défense sous l'ancien régime et qu'ils assimilent désormais à son ancien mentor, Hosni Moubarak, chassé en février dernier.

"Il est désormais clair que celui qui écrivait les discours du président déchu Moubarak est le même que celui qui écrit les discours de monsieur le maréchal", ironise le "Mouvement des Jeunes du 6 avril" dans un communiqué. "Tantaoui, c'est Moubarak copié collé. C'est Moubarak en tenue militaire", assure un manifestant, Ahmed Mamdouh, un comptable de 35 ans.

 

Lors du soulèvement historique qui a renversé l'ex-président en février, la foule avait occupé en permanence l'emblématique place Tahrir, dans le centre de la capitale, réclamant inlassablement le départ de celui qui a régné pendant trente ans sur l'Egypte. Chaque discours de M. Moubarak attisait davantage la colère des manifestants jusqu'à ce qu'il se voit vu obligé de quitter le pouvoir le 11 février.

 

La détermination de la rue, qui a déjà provoqué la démission du gouvernement mis en place par le pouvoir militaire, laisse présager un bras de fer de longue durée, alors que les premières législatives depuis la chute de M. Moubarak doivent débuter dans cinq jours, le 28 novembre.

 

"Une deuxième révolution", titrait mercredi le quotidien gouvernemental Al Akhbar, tandis qu'Al Ahram notait : "plus la période de transition se prolonge, plus la crise de confiance s'approfondit entre les deux parties". "Le conseil (militaire) est le problème et pas la solution", avançait dans un éditorial le quotidien indépendant Al Masri al Yom.

 

Les manifestations ont non seulement secoué le centre du Caire mais plusieurs villes du pays, avec des affrontements notamment à Alexandrie et Port-Saïd (nord), Suez, Qena (centre), Assiout et Aswane (sud) ainsi que dans la province de Daqahliya, dans le delta du Nil.

 

Ce contexte de crise fait craindre que les premières législatives depuis la chute de Hosni Moubarak prévues dans quelques jours ne soient émaillées de violences. Le maréchal Tantaoui a assuré qu'elles débuteraient à la date prévue, le 28 novembre. Le chef de l'armée a aussi accepté la démission du gouvernement du Premier ministre Essam Charaf, nommé par le conseil militaire en mars pour gérer les affaires courantes, sans toutefois annoncer le nom du prochain Premier ministre.

 

Ces annonces ont été faites à l'issue d'une réunion du Conseil suprême des forces armées (CSFA) avec plusieurs mouvements politiques, dont les influents Frères musulmans, pour chercher une issue à la crise. Le CSFA a évoqué durant cette réunion la possibilité de nommer l'ancien chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), Mohamed ElBaradei, comme nouveau Premier ministre, a affirmé à l'AFP une source militaire, mais cette hypothèse n'a pas été confirmée.

 

M. ElBaradei a quant à lui dénoncé un "massacre" sur la place Tahrir, en accusant les forces de sécurité d'utiliser "du gaz lacrymogène contenant des agents innervant".

Les Frères musulmans, qui représentent la force politique la mieux organisée du pays, ont boycotté la manifestation de Tahrir mardi et appelé au calme, soucieux de voir le scrutin, pour lequel ils s'estiment en position de force, débuter comme prévu lundi.

 

Les Etats-Unis ont eux condamné "l'usage excessif de la force" par la police et demandé au gouvernement de protéger le droit de manifester, tandis que trois Américains ont été arrêtés "en relation avec les manifestations", selon le département d'Etat.

 

Par Nadéra Bouazza

Les élections législatives vont-elles avoir lieu dans moins d’une semaine, alors qu’on attend des milliers de personnes dans les rues du Caire ce mardi 22 novembre?

Depuis 4 jours, les heurts entre manifestants et forces de sécurités secouent l’Égypte et la campagne électorale, au grand dam des Frères musulmans, annoncés grand vainqueur du prochain scrutin.  Les manifestants n’ont qu’une seule demande, la chute du Muchir, Mohammed Hussein Tantawi, ex-ministre de la Défense d’Hosni Moubarak et actuel chef du Conseil suprême des forces armées, au pouvoir depuis le 11 février dernier, date à laquelle Hosni Moubarak a quitté le pouvoir.

Mais encore une fois, la télévision d’Etat va bon train et présente les manifestants comme des voyous et des fauteurs de troubles en Égypte. Nombre d’entre-eux viendraient de l’étranger, c’est en tout cas ce que montre un reportage de la télévision d’État, où figure trois occidentaux arrêtés par les forces de police.

Sur la vidéo ci-dessous, on peut voir des partisans du pouvoir militaire et du maréchal Tantawi.

« N’ait pas peur, n’ait pas peur muchir[ Tantawi], nous sommes avec toi, nous te soutenons », déclare une femme. Elle rappelle aux journalistes que la majorité des Égyptiens soutient le pouvoir militaire.

Lundi 21 novembre, les échanges tirs et les gaz lacrymogène n’ont pas cessé sur la place Tahrir et dans les rues adjacentes. Les manifestants se protègent avec des masques, en vain, car les gaz s’avèrent plus puissants et nocifs que ceux utilisés lors des 18 jours de contestation qui ont conduit à la démission d’Hosni Moubarak. La vidéo ci- dessous montre la brutalité de la répression policière.


Depuis le début des violences, les familles attendent leurs fils et frères perdus. Certaines familles se sont même rendues à la morgue  pour en savoir plus sur la disparition de leurs proches. Entre 17 et 24 corps seraient arrivés à la morgue dans la journée de lundi, rapporte le quotidien Al AhramOnline. Toutefois, la morgue aurait jusqu’ici refusé d’effectuer un examen médico-légal sur les cadavres, a confié un témoin au journaliste d’ Al AhramOnline. Des analyses en surface seraient à la charge des hôpitaux.

En réponse à cet état de siège dans les rues du Caire, le gouvernement d’Essam Sharaf a annoncé sa démission lundi 21 novembre dans la soirée et le Conseil suprême des forces armées a appelé à un dialogue avec les partis, notamment avec celui des Frères musulmans qui espère un retour au calme rapide, d’où son boycott de la manifestation prévue ce mardi 22 novembre, rapporte la chaîne Al-Jazeera.

Pour les perspectives, un gouvernement d’union nationale pourrait être crée avec à sa tête Mohammed El Baradei, ancien directeur de l’AIEA,  et l’un des candidats à la présidentielle. Mais aucune certitude sur la suite politique car la tension ne faiblit pas au Caire. La mobilisation au cours de la journée déterminera certainement la tenue ou non des élections législatives le 28 novembre prochain.

 

Publié dans Egypte

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