Egypte : (Spécial) premier anniversaire de la révolution égyptienne 25.01.12

Publié le par printempsdespeuples44

 

L’Égypte commémore aujourd'hui 25 janvier, le début il y a un an de la révolte contre Hosni Moubarak, dans un climat d’incertitudes et de tensions, entre un pouvoir militaire critiqué, des islamistes triomphants, et un mouvement contestataire à la recherche d’un nouveau souffle. Les mouvements de jeunes qui ont lancé la révolte prévoient en effet ce jour, des manifestations et des appels au départ des généraux.

La journée du 25 janvier, décrétée sous le régime de Hosni Moubarak “Journée de la Police”, est désormais un jour férié célébrant la révolution qui a mis fin au règne de trois décennies du raïs. Une journée que l’Égypte s'apprête à fêter en grande pompe.

Le conseil militaire qui tient les rênes du pouvoir depuis le départ de Moubarak, veut en effet marquer l’événement, dans l’espoir de retrouver l’esprit d’union entre la population et les forces armées, qui avait marqué le début de la transition, et qui est aujourd’hui terni. De leur côté, les militants pro-démocratie égyptiens estiment que la révolution reste encore à faire, et accusent le pouvoir militaire de vouloir récupérer à son profit, ce premier anniversaire.

Que sont les révolutionnaires devenus ?

L'heure est donc au bilan: les élections législatives qui se sont terminées le 10 janvier et dont les résultats officiels ont été annoncés le 21 janvier ont vu la victoire des Frères musulmans et des salafistes, alors que les révolutionnaires de la place Tahrir ne se retrouvent pas dans les résultats des urnes.

Tous partis confondus, ils ont récolté moins de 20% des voix; le résultat du décalage entre les villes du nord d'une part, et l'Égypte profonde d'autre part.

“Les Libéraux du mouvement révolutionnaire ont une véritable popularité au Caire mais ils n’ont aucune popularité dans le reste du pays.”

Mansouria Mokhefi, responsable Maghreb Moyen-Orient à l’IFRI, citée par Huffington Post.

Selon cette dernière, leur popularité s'est effritée davantage, “parce qu’ils ont été rendus responsables de la désorganisation du pays”.

À ce décalage, s'ajoute le manque de structure et d’organisation du mouvement, alors que les Frères musulmans, force centenaire et qui dispose de multiples réseaux, ont pu reprendre les choses en mains.

Et si une partie des révolutionnaires ont rejoint les rangs des salafistes qui ont récolté près de 24% des voix (121 sièges), notamment en mobilisant ces jeunes, c'est, avance Mansouria Mokhefi sur le site du Huffington post, “qu'ils suivent la tendance de l'Égypte qui est fortement islamiste, et qui correspond selon eux à la véritable identité du pays”.

“Ils sont, encore aujourd’hui, occupés à manifester pour renverser les militaires. Ils n’ont donc pas le temps de s’organiser, et sont obligés de faire alliance”, résume la chercheuse.

À l'occasion de l'anniversaire de la révolution, de nombreux révolutionnaires doivent se retrouver pour manifester ce mercredi 25 janvier pour, disent les membres du mouvement du 6 avril, “poursuivre les objectifs de la révolution”.

Pour cette journée, les militaires ont de leur côté multiplié les mises en garde contre tout “chaos visant à déstabiliser l’Égypte”, et annoncé des mesures de sécurité renforcées. Dans une allocution télévisée, le maréchal Tantaoui a déclaré hier que l'état d'urgence en vigueur depuis des décennies allait être levé aujourd'hui, sauf en cas de délits violents.

Hier, a proximite du Parlement egyptien, dont la premiere session de ce Parlement nouvellement elu commencait le jour meme, une grande banderole etait deployee, sur laquelle on pouvait lire, sur fond de roses: "Bienvenue au premier Parlement libre et democratique d'Egypte".

Au pied de la banderole, un groupe de salafistes du parti Al-Nour.

Au bout de la rue, comme dans toutes les rues environnantes, des barrieres, du barbele, des barricades, et des dizaines de forces anti-emeutes deployees.

Devant le parlement, une manifestation de plusieurs centaines de personnes qui reclament le transfert des pouvoirs militaires aux civil-es.

 

Bienvenue en Egypte libre et democratique!!

 

 

Des dizaines de milliers d'Egyptiens - islamistes, libéraux, partisans de gauche et citoyens ordinaires - sont revenus mercredi place Tahrir, au Caire, pour le premier anniversaire du début de la révolte historique contre le président Moubarak.

 

Les manifestants brandissaient des banderoles festives ou militantes, reflétant leurs désaccords sur ce que cette journée devait symboliser.

Les Frères musulmans, qui dominent l'assemblée récemment élue, étaient présents pour célébrer une révolte qui leur a permis de sortir de la semi-clandestinité et obtenir un triomphe dans les urnes.

Mais les mouvements pro-démocratie, moteurs de la révolte, ont affirmé venir pour poursuivre leur révolution inachevée et demander le départ du Conseil suprême des forces armées (CSFA), qui dirige l'Egypte le départ de M. Moubarak. "Nous irons à Tahrir pour faire avancer les objectifs de la révolution quoi qu'il advienne", affirmait Hala Rashad, 46 ans, cuisinière dans un restaurant.

"Célébration du premier anniversaire", pouvait-on lire sur une énorme banderole sur la place, où des "comités populaires" fouillaient les gens se rendant au rassemblement. "Chute du pouvoir militaire", disait une autre.

"Qui saisira l'âme de la révolution?" titrait l'hebdomadaire francophone al-Ahram Hebdo.

 

Symbole des dissonances de cette journée, une fanfare militaire jouait des hymnes patriotiques, tandis qu'un peu plus loin des manifestants scandaient "à bas le pouvoir militaire!".

 

L'opposant Mohamed ElBaradei, une des figures de proue de la contestation début 2011, qui s'est retiré récemment de la course à la présidence en estimant que les conditions démocratiques n'étaient pas réunies, devait se rendre place Tahrir dans la journée.

 

Des manifestations étaient également prévues dans d'autres villes, notamment Alexandrie (nord), ou encore Suez et Ismailiya, en bordure du canal.

 

Des dizaines de milliers d'Egyptiens se sont

rassemblés au Caire. Mahmud Hams/AFP

 

Le pouvoir militaire de son côté a annoncé amnisties, parades militaires et feux d'artifice pour célébrer cet anniversaire, et redorer une image écornée après une année à la tête du pays.

L'Egypte a connu ces derniers mois des élections législatives saluées comme les plus démocratiques depuis la chute de la monarchie en 1952, mais aussi des flambées de violence et une grave crise économique.

 

Mardi, le CSFA a annoncé la fin partielle de la loi très décriée sur l'état d'urgence, en vigueur depuis 30 ans. Mais cette législation restrictive pour les libertés publiques et les droits des détenus, est maintenue pour lutter contre la "violence" commise par des "voyous", une définition vague qui fait redouter qu'elle ne continue d'être appliquée pour toutes sortes de motifs.

L'organisation Human Rights Watch (HRW) a estimé que cette levée partielle, entrée en vigueur mercredi, était une "invitation à la poursuite des mauvais traitements".

Les forces de sécurité ont indiqué qu'elles se tenaient en état d'alerte en cas de "tentative de sabotage" des célébrations.

Le ministère de l'Intérieur a toutefois affirmé qu'il n'y aurait aucune présence policière sur le lieu du rassemblement, et que les forces de l'ordre se concentreraient sur la protection des bâtiments publics.

 

"Il ne s'agit pas d'une véritable levée de l'état d'urgence", a déploré Essam Sultan, député du parti islamiste modéré Wasat. "La loi sur le sujet parle de lever complètement ou d'appliquer complètement l'état d'urgence", a-t-il souligné.

 

Les Etats-Unis ont salué pour leur part les "étapes importantes" franchies par l'Egypte cette semaine en vue de "sa transition vers la démocratie." "Si de nombreux défis restent à relever, l'Egypte a parcouru un long chemin au cours de l'année dernière et nous espérons que tous les Egyptiens fêteront cet anniversaire dans l'esprit de paix et d'unité qui a prévalu en janvier 2011", indique la Maison blanche dans un communiqué publié mardi soir.

 

L'armée a gracié cette semaine quelque 2.000 personnes condamnées par des tribunaux militaires depuis la chute d'Hosni Moubarak, dont l'opposant Michael Nabil.

D'après un groupe de pression crée après la révolte, "No to Military Trials" ("Non aux tribunaux militaires"), la justice militaire a traité pas moins de 12.000 affaires depuis février. Selon cette ONG, les condamnations ont été le plus souvent rendues à huis clos en l'absence d'avocats de la défense.

 

Répondant à l'une des principales revendications des manifestants, le président de la nouvelle Assemblée, Saad el Katatni, a annoncé mardi que le parlement allait mener sa propre enquête sur les violences de la révolution. Au lendemain de sa séance inaugurale, les élus qui appartiennent pour un peu plus des deux tiers à des partis islamistes, ont débattu des moyens de rendre justice aux 800 morts du soulèvement.

"M. le président, cela fait un an, où est le verdict? La justice tardive, c'est de l'oppression", a lancé Akram al Chaïr, l'un des nombreux élus qui ont pris la parole pour demander justice. "L'Assemblée va mettre sur pied une commission d'enquête à l'issue de ces discussions", a répondu le président de l'Assemblée et secrétaire général du parti des Frères musulmans.

 

Le ministère public a requis début janvier la peine de mort contre Hosni Moubarak, poursuivi pour sa responsabilité présumée dans la mort de 850 manifestants tués lors du soulèvement populaire. 

 

Un an après la révolution, où en est la démocratie?

 

Les Égyptiens marquent le premier anniversaire de la «Révolution du Nil» qui a vu la chute du président Hosni Moubarak…
Un an après, ils sont de retour sur la place Tahrir. Les Egyptiens ont convergé par  dizaines de milliers ce mercredi sur la place du centre du Caire, pour marquer le premier anniversaire de la «Révolution du Nil», le soulèvement populaire qui a renversé l’ancien dirigeant Hosni Moubarak. Ces manifestants qui convergeaient vers l’épicentre de la contestation de janvier 2011 réclament également le départ immédiat du Conseil suprême des forces armées (CSFA), qui assure l’intérim dans la nouvelle Egypte.

Car cet anniversaire a lieu dans un contexte d’incertitudes et de divisions face au rythme du processus de transition politique. Le CSFA est soupçonné de chercher à s’accrocher au pouvoir. Sous la pression de la rue, les militaires se sont engagés à restituer le pouvoir aux civils à l’issue de l’élection présidentielle prévue au mois de juin prochain, sans toutefois parvenir à convaincre l’ensemble des Egyptiens. «Nous ne nous sommes pas réunis pour faire la fête mais pour manifester contre le conseil militaire et le sommer de quitter le pouvoir immédiatement et de le restituer aux civils», explique Mohamed Ismaïl, jeune contestataire de 27 ans rencontré au rassemblement organisé à Suez.
Levée partielle de l’état d’urgence

Mais ce nouveau mouvement de contestation inquiète. Discrets lors des manifestations qui ont éclaté ces derniers mois, les Frères musulmans, dont le parti Liberté et Justice a remporté une victoire écrasante lors des premières élections législatives libres du pays, craignent une répétition du scénario de 2011. Le chef de la confrérie musulmane, Mohamed Badie, s’est ainsi déclaré opposé la semaine dernière à l’émergence d’un nouveau mouvement de contestation contre l’armée.

A la veille de cet anniversaire, le maréchal Mohamed Hussein Tantaoui, chef du CSFA, a annoncé lors d’une allocution télévisée la levée partielle à compter de ce mercredi de l’état d’urgence, en vigueur depuis 1981. Il a cependant ajouté que la mesure continuerait à s’appliquer aux cas de «brutalités», sans plus de précisions. «Il ne s’agit pas d’une véritable levée de l’état d’urgence», a aussitôt déploré Essam Sultan, député du parti islamiste modéré Wasat. «La loi sur le sujet parle de lever complètement ou d’appliquer complètement l’état d’urgence», a-t-il souligné.
«Justice pour les martyrs de la révolution»

Aucun chiffre officiel n’a été communiqué sur l’ampleur des manifestations de ce mercredi, mais certains témoins ont évoqué la présence de 150.000 personnes à Tahrir. Et, dans les rues du Caire, les appels à la «justice pour les martyrs de la révolution» semblaient au final l’un des seuls slogans consensuels parmi les manifestants de toute obédience.

Signe encourageant, l’armée a gracié cette semaine quelque 2.000 personnes condamnées par des tribunaux militaires depuis la chute d’Hosni Moubarak. Cependant, là encore, il reste des progrès à faire, puisque l’une des principales revendications des manifestants est une transparence totale des procès. D’après un groupe de pression créé après la révolte, «No to Military Trials» («Non aux procès militaires»), la justice militaire a traité pas moins de 12.000 affaires depuis février. Des condamnations le plus souvent rendues à huis clos en l’absence d’avocats de la défense, selon l’ONG.

La nouvelle Assemblée du peuple, issue des élections qui se sont tenues entre le 14 et le 22 décembre 2011, et qui appartient pour un peu plus des deux tiers à des partis islamistes, s’est elle aussi saisie du sujet. Son président, et secrétaire général du parti des Frères musulmans, Saad el Katatni, a annoncé mardi que le parlement allait mener sa propre enquête sur les violences de la révolution. Une demande des élus, qui ont pris la parole pour demander justice et qui ont débattu des moyens de rendre justice aux 800 morts du soulèvement populaire. Quant à Hosni Moubarak, jugé depuis août pour sa responsabilité présumée dans la mort de ces manifestants, le ministère public a requis début janvier la peine de mort. Il pourrait connaître son sort dans un avenir proche: le juge veut conclure le procès d’ici à la mi-février.

 

Libre, le blogueur Maïkel Nabil découvre la nouvelle Egypte

Maïkel Nabil à sa sortie de prison le 24 janvier 2012

A quoi peut bien penser Maïkel Nabil en découvrant, après presque un an passé sous les verrous, l'Egypte post-Moubarak ? Arrêté le 28 mars 2011 (voir une note de blog précédente) puis condamné à deux ans de prison pour avoir, selon les charges retenues contre lui, insulté l'armée et diffusé de fausses informations à son sujet dans une note de blog, le blogueur copte égyptien a été libéré mardi 24 janvier. Sa libération a été annoncée par son frère Mark dans un tweet. Le blogueur serait "fatigué" par de longs mois de détention dont certains passés en grève de la faim en signe de contestation de sa condamnation.

Sa libération avait été annoncée samedi par une source au sein de la justice militaire. Le blogueur a bénéficié, tout comme 1 959 autres détenus, de la grâce décrétée par le Conseil suprême des forces armées (CSFA) à l'occasion du 1er anniversaire de la révolte en Egypte. Il aura ainsi une nuit pour se reposer avant d'aller célébrer l'an I de la révolution.

Mais, aura-t-il vraiment le cœur à célébrer une révolution qui a amené au pouvoir, même de façon annoncée comme transitoire, ceux qui l'ont jeté en prison ? Pour une note de blog où il avait osé dire que l'armée protégeait ses propres intérêts et non ceux du peuple égyptien.

Son arrestation avait provoqué un tollé à l'étranger. En Egypte, les jeunes révolutionnaires n'ont cessé de protester contre les arrestations et procès militaires infligés par l'armée à des milliers de civils, inculpés pour agression ou viol, mais aussi insultes envers des généraux au pouvoir. Le procès intenté à Maïkel Nabil pour délit d'opinion n'est pas un cas isolé. Alaa Abdelfattah, un autre blogueur et militant, a lui aussi été détenu pendant deux mois. Ce dernier était accusé d'avoir incité à la violence le 9 octobre, lorsqu'une manifestation de coptes protestant contre l'incendie d'une église qui a dégénéré en affrontements avec l'armée et les forces de l'ordre.

"RIEN N'A CHANGÉ"

Leur libération ne sera certainement pas suffisante à apaiser les craintes des révolutionnaires du 25 janvier. Nombreux sont ceux, à l'instar de l'auteur du blog Just an Egyptian, à envisager l'avenir avec pessimisme. Le pouvoir militaire suscite encore la défiance. Certains craignent déjà que les Frères musulmans, qui ont remporté une écrasante victoire aux législatives, pactisent avec l'armée pour pouvoir gouverner sans entraves.

"A mesure que le second 25 janvier approche, nous réalisons que rien n'a changé mais qu'en fait, tout est pire. Les blogueurs sont emprisonnés, les militants sont torturés, enlevés ou assassinés, les révolutionnaires sont pointés du doigt comme des traîtres et des voyous", note le blogueur. La portion congrue dévolue aux représentants des révolutionnaires du 25 janvier dans l'Assemblée du peuple nouvellement élue, face à des formations islamistes omniprésentes, traduit en effet le fossé qui s'est creusé entre les jeunes du 25 janvier et le peuple égyptien.

"Il est aujourd'hui clair qu'aucune des demandes de la révolution n'a été réalisée, si ce n'est le départ de Hosni Moubarak. Aucune des demandes pour du pain, de la liberté, de la justice sociale et pour la chute du régime n'a été réalisée", poursuit-il. Les jeunes du 25 janvier se sont à nouveau donné rendez-vous pour le premier anniversaire de leur soulèvement. Mais, ils sont plus que jamais divisés entre partisans de la poursuite de la révolution et partisans de la réforme.

 

Témoignage du cinéaste Yousry Nasrallah

En janvier-février 2011 sur la place Tahrir, au Caire, il filmait le soulèvement populaire contre Hosni Moubarak. Un an plus tard, le cinéaste Yousry Nasrallah boucle son film Après la bataille, dans l'amertume d'une révolution qu'il juge confisquée.
“Un an après, la question n'est pas d'être optimiste ou pessimiste. Tout le monde le sent: on confisque la révolution”, explique-t-il dans un entretien à l'AFP sur le premier anniversaire du 25 janvier. “On” ? L'armée essentiellement: “ils sont prêts à tout pour garder la place. Mais la nouveauté, c'est de pouvoir en parler alors qu'ils agissaient dans l'ombre et le silence” sous l'ordre ancien. 
Pour Yousry Nasrallah, “la situation aujourd'hui pose plus de questions qu'elle n'apporte de réponses” sur l'avenir de ce pays, dont il n'a cessé de capter l'esprit et les drames depuis ses débuts au côté du grand homme du cinéma égyptien, Youssef Chahine.

Ce mercredi 25 janvier 2012 marque l’anniversaire de la révolution égyptienne, lorsqu’il y a tout juste un an, les jeunes inspirés par la révolution tunisienne, ont fait tomber le mur de la peur et sont descendus par milliers dans les rues des grandes villes et notamment sur la place Tahrir au Caire. Une place devenue le symbole de la contestation.

 

les rassemblements de jeunes se multiplient pour l’anniversaire du début de la contestation

 

La foule est déjà dense sur la place Tahrir. Au centre, des tentes sont installées depuis un mois et demi, depuis les incidents de novembre qui ont fait plus de 30 morts. A l’origine de ces incidents, des blessés qui campaient sur la place et que la police a violemment délogés. Dans l’une des tentes, une exposition avec dessins, photos et commentaires explique ces attaques dans le détail.

Mahmoud Sobhi vient de Mahalla dans le delta du Nil, il a quitté son travail, et campe sur la place depuis fin novembre pour se consacrer entièrement à la suite de la révolution. « On présente cette exposition pour montrer les violences policières, parce que les médias sont encore partiaux et ne disent pas toute la vérité. On veut montrer aux gens la réalité de ces violences sur les manifestants ».

Ibrahim Abdelal, lui, a été blessé au début de la révolution en janvier 2011, puis en novembre, il a été battu à nouveau à la tête et a perdu l’usage de son œil droit. « Nous sommes ici pour demander nos droits, ils ont rayé nos noms des listes de ceux qui avaient droit à réparation, on ne comprend pas pourquoi, donc nous sommes venus réclamer nos droits. Personne ne bougera d’ici sans les avoir obtenus ».

Le Conseil supérieur des forces armées avait promis des réparations aux familles des victimes de la révolution, ainsi qu’aux milliers de blessés, des aides pour leur fournir un travail et des soins gratuits. Mais sur les milliers de cas, seuls quelques uns ont reçu des réponses.

 

Des manifestations avaient commencé le 25 janvier d’abord pour protester contre les violences policières, car le 25 janvier, c’était le jour de la police. C’est surtout dans la ville de Suez au bord du canal que les heurts ont été les plus sanglants. C’est là que sont tombés les premiers manifestants sous les balles des policiers.

 

La ville s’est enflammée, et les mouvements ont pris de l’ampleur dans d’autres villes et bien sûr au Caire. Mais c’est surtout le vendredi de la colère qui a été le plus sanglant. La police a ensuite quitté l’espace public, on estime à plus de 850 le nombre de mort et des milliers de blessés. Les citoyens sont descendus par milliers dans les rues, la parole s’est libérée après 30 ans de règne du président Hosni Moubarak, qui est actuellement en procès.

Un procès spectacle pour certains alors que les violences policières elles sont toujours impunies. Il y a donc un sentiment de grande frustration notamment parmi les jeunes, qui ont l’impression de s’être fait voler la révolution. Maintenant que le parlement s’est réuni pour sa première session ce lundi, certains opposants historiques comme les Frères musulmans demandent aux manifestants de ne plus occuper les rues. Mais hier soir la place était déjà pleine de monde, notamment des familles des victimes et des blessés de la révolution qui attendent toujours réparation.

L’état d’urgence levé

Le maréchal Tantaoui qui dirige le conseil militaire aux commandes du pays depuis la chute de Moubarak a annoncé hier la levée de l’état d’urgence. En réaction, les slogans scandés hier soir sur la place Tahrir, « à bas les militaires » ont donné le ton.

Les gens en tous cas sur la place ne prennent pas ces déclarations très au sérieux, d’autant que le maréchal Tantaoui a émis une exception de l’application de la loi d’urgence pour ceux qu’on appelle ici les « baltagueyas », les voleurs, les criminels, mais cette notion est très vague, et les forces de sécurité ont déjà utilisé cette parade pour réprimer violemment les manifestants ces trois derniers mois.

 

Un film sur la révolution

Les révolutionnaires préparent cette journée du 25 janvier et la suite de leur mouvement, en organisant des événements comme cette projection en pleine rue d’un film documentaire sur la révolution.

Avec notre envoyée spéciale au Caire

La projection était organisée mardi 24 janvier dans la soirée, à la veille de l’anniversaire de la révolution. A l’affiche, le film Tahrir 2011, le bon, la brute et le politicien, réalisé par trois jeunes réalisateurs égyptiens. Un écran est installé sur le trottoir, devant l’entrée de la maison d’édition Merit, qui publie des ouvrages d’auteurs engagés.

« C’est un documentaire qui raconte trois étapes de la révolution, explique Ayan Egma, une des organisatrices de la projection, c’est très complet : le bon, c’est le citoyen qui manifeste pour réclamer ses droits, la brute, ce sont les forces de police et militaires, et le politicien, ce sont ceux qui se sont appropriés la révolution sans y avoir participé. C’est très important de diffuser ce film ce soir ».
 

Devant l’écran, environ 150 jeunes débordent largement sur la rue, et réagissent à chaque scène. La pluie qui tombe ne les a pas fait fuir. « Le fait de voir ce film ce soir nous donne du courage pour ce 25 janvier, s'enthousiasme Ahmed Ali, 25 ans, venu découvrir les images. On y voit tous les mensonges qu’on a vécu pendant les trois décennies avec ce dirigeant Moubarak, j’ai vu des scènes qu’on n’avait jamais vues, par exemple Moubarak sous ses vrais traits de vieux, son maquillage, et le fait que quelqu’un retouchait spécialement ses photos. On voit bien à quel point on était manipulés ».

Ces événements de rue se sont multipliés ces dernières semaines. Ce 25 janvier, les jeunes veulent aussi signifier au Conseil supérieur des forces armées qu’ils ne sont plus dupes et qu’ils ne veulent plus être manipulés.

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