Egypte: les Frères musulmans face aux salafistes et libéraux pour le 2ème tour des législatives 04.12.11

Publié le par printempsdespeuples44

 

Les islamistes en Egypte, officiellement crédités de 65% des voix au premier tour des législatives, espéraient samedi améliorer davantage leur score à la veille du deuxième tour de ce scrutin qui devrait confirmer leur domination du futur Parlement.
Mais une rude bataille se profile au sein du camp islamiste pour ce deuxième tour organisé dans un tiers des gouvernorats, avec un duel attendu entre la confrérie des Frères musulmans et les salafistes du parti Al-Nour pour une partie des sièges attribués au scrutin uninominal.
La confrérie est officiellement créditée de 36,62% des voix et les salafistes (fondamentalistes musulmans) dont elle s’efforce de se démarquer la talonne avec 24,36% des voix. Une troisième liste islamiste, celle du Wassat, modéré, remporte 4,27% des suffrages.
"Le deuxième tour met fin à la lune de miel entre les Frères et les salafistes", écrit dimanche le quotidien Al Akhbar, évoquant en particulier le cas d’Alexandrie, deuxième ville du pays, où le parti salafiste Al Nour est né après le soulèvement qui a renversé Hosni Moubarak en début d’année.
La bataille opposera également les deux mouvements à Damiette, dans le Delta du Nil, où ils étaient au coude à coude au premier tour.
"Les amis du premier tour devenus ennemis au deuxième tour", titre le quotidien à propos d’une bataille à Louxor (sud) entre un candidat des Frères et un autre de la Gamaa islamiya (salafiste).
Les libéraux, jusqu’à présent les grands perdants des premières élections depuis la chute du président autocrate, tenteront de batailler, en particulier au Caire, pour faire entrer leurs candidats au futur Parlement.
Ce vote concerne un tiers des gouvernorats pour l’Assemblée du peuple (chambre des députés). Le vote des autres gouvernorats s’étalera jusqu’en janvier, avant l’élection de la Choura, la chambre haute consultative, étalée jusqu’en mars.
La percée des salafistes a pris au dépourvu les Frères musulmans, qui se présentent comme "modérés", et a semé la crainte dans les milieux laïques et coptes (chrétiens d’Egypte).
"Nous représentons un islam "centriste" et modéré, nous n’imposons rien par la force", a assuré Mahmoud Ghozlane, porte-parole des Frères musulmans, appelant "à ne pas mettre tous les islamistes dans le même panier", en référence au parti Al-Nour.

Forts de leur percée dans les urnes, les salafistes ont multiplié les déclarations en faveur d’un islam rigoriste.

Le dirigeant salafiste Abdel Monem Chahat a assuré que les romans de l’écrivain égyptien et prix Nobel de littérature Naguib Mahfouz "encourageaient le vice car ils portent sur la prostitution et la drogue".
Une autre personnalité de ce courant, Hazem Abou Ismaïl, a estimé qu’il fallait "créer un climat pour faciliter" le port du voile, et dit que s’il était élu président, il "ne permettrait pas à un homme et à une femme de s’asseoir ensemble dans un lieu public".

Ces prises de position ont provoqué de vives réactions, en particulier sur les réseaux sociaux comme Twitter. "C’est parti pour qu’on devienne un nouvel Afghanistan!" lançait un internaute.
Dans la région, le Hamas palestinien, qui contrôle la bande de Gaza, s’est réjoui de cette percée des islamistes égyptiens, tandis que plusieurs responsables israéliens ont fait part de leur inquiétude devant la montée de l’islamisme dans les pays arabes, après les victoires du parti Ennahda en Tunisie et du Parti de la Justice et du développement (PJD) au Maroc.
Le scrutin en Egypte, nation la plus peuplée du monde arabe (plus de 80 millions d’habitants) a été marqué par un taux de participation historique (62%).

Les élections se déroulent au moment où un nouveau gouvernement est sur le point d’être formé par le Premier ministre Kamal el-Ganzouri, qui a annoncé samedi que le cabinet pourrait être investi d’ici à mercredi.
Kamal el-Ganzouri a été nommé le 25 novembre par l’armée au pouvoir, remplaçant Essam Charaf, qui avait démissionné à la suite des affrontements meurtriers ayant opposé forces de l’ordre et manifestants en marge de rassemblements hostiles au pouvoir militaire.
D’après le quotidien indépendant Al Masri al Youm, la formation du gouvernement a été reporté plusieurs fois après le refus de nombreuses personnalités d’y participer.
Le nouveau Premier ministre est contesté par les manifestants qui continuent de se mobiliser sur la place Tahrir au Caire pour réclamer le départ du pouvoir militaire, qu’ils assimilent à Hosni Moubarak.

Kamal el-Ganzour, 78 ans, et ancien Premier ministre sous Hosni Moubarak, a fait savoir que son équipe comprendrait au moins une dizaine de membres du gouvernement démissionnaire.

 

Poussée de fièvre islamiste en Egypte, au lendemain du 1er tour des élections législatives 

 Les partis islamiques, vainqueurs de cette consultation, selon les premiers résultats, commencent à faire peur et à faire craindre un scénario-catastrophe pour la jeune démocratie en Egypte, née avec les manifestations qui ont fait tomber le régime de Hosni Moubarak.

Les déclarations d'un ancien membre influent des Frères musulmans et chef de file actuel des Salafistes sur les questions très sensibles de la mixité, de l'alcool et de la démocratie ont vite fait de provoquer une levée de boucliers au sein de la jeunesse égyptienne, mais surtout parmi les courants modérés et laïques.      

  Abou Hazem Ismaïl, un des ténors de ce courant très influent après les Frères musulmans affirme que s'il était président de la République, il interdirait la mixité au travail et la vente d'alcool. Le cheikh Hazem Abou Ismaïl, candidat déclaré à la future présidentielle sous la bannière d'«indépendant», estime que legouvernement devrait «créer un climat pour faciliter» le port du voile. «Je ne permettrais pas à un jeune homme et une jeune femme de s'asseoir ensemble dans un lieu public car cela est contraire aux traditions sociales», a-t-il ajouté jeudi soir sur la chaîne privée CBC. Pour lui, «la mixité dans les lieux de travail est inacceptable», et s'il était élu, il interdirait «la vente et la fabrication de l'alcool», tout en laissant aux citoyens la liberté de boire...chez eux. Et pourtant, il n'est pas membre du parti salafiste Al Nour qui a créé la surprise en raflant 20 à 30% des voix, selon les estimations, derrière les Frères musulmans.

Ces déclarations ont cependant provoqué une levée de boucliers en Egypte parmi les jeunes qui, pour beaucoup, ont participé aux manifestations et aux affrontements place Tahrir, qui ont provoqué la chute du régime de Moubarak. Sur les réseaux sociaux, beaucoup s'insurgent contre les islamistes toutes tendances confondues, les accusant d'avoir volé «leur» révolution qui a chassé le président Hosni Moubarak en début d'année.

 Pour autant, le porte-parole du parti d'Al Nour, salafiste et second aux législatives, dénonce une «campagne de diabolisation et de diffamation» à l'encontre des salafistes. En Egypte, où les courants religieux sont très influents, autant salafistes que les Frères musulmans, ainsi que les membres de l'église orthodoxe notamment les Coptes, le débat risque très vite de s'épaissir sur le thème fondamental de la laïcité, dont les défenseurs et les détracteurs ne manqueront pas d'animer de vifs débats politiques dans un pays qui pourrait vite basculer vers des sentiers dangereux.

Le parallèle peut être également vite fait avec la Tunisie où le parti Ennahda, officiellement modéré, tente de calmer le jeu après une méga manifestation de militants islamistes hier samedi devant le siège de l'Assemblée constituante à Tunis, où campent depuis trois jours des centaines de personnes dont de nombreux sympathisants de gauche. Islamistes et militants de gauche étaient «face à face». «On a gagné! La majorité est là», «dégage!» «Allahou Akbar», scandaient les pro-islamistes qui agitaient des drapeaux d'Ennahda (le parti islamiste vainqueur des élections), mais aussi pour certains des drapeaux noirs du Hizb Tahrir, le parti salafiste non légalisé en Tunisie. En face, les militants de gauche répliquaient par «Liberté, travail et dignité». Nourredine Bhiri, le porte-parole d'Ennahda, a démenti être à l'origine du rassemblement islamiste, et est allé parler aux manifestants pour tenter de calmer la tension. Des renforts policiers ont été acheminés et six blindés stationnaient devant les entrées du palais où siège l'Assemblée constituante. En fait, islamistes et militants de gauche faisaient le siège de l'assemblée constituante pour demander une amélioration du climat social dans le pays, et notamment la lutte contre le chômage. Pour autant, certains en Europe, au vu de l'actualité égyptienne et tunisienne, commencent, à tort ou à raison, à échafauder des scénarios afghans pour certains pays d'Afrique du Nord, y compris la Libye et le Maroc.

Publié dans Egypte

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