Egypte: 79 blessés dans des affrontements sur la place Tahrir, nouvelles manifestations vendredi 30.11.11

Publié le par printempsdespeuples44

 

Près de 80 personnes ont été blessées mardi soir dans des affrontements sur la place Tahrir dans le centre du Caire. Celle-ci a résonné de coups de feu d'origine indéterminée et d'explosions de cocktails Molotov.

Mohamed ElBaradeï, candidat à la présidentielle et figure du camp libéral, a déclaré que les manifestants hostiles aux militaires qui occupent la place depuis onze jours avaient été attaqués par des "voyous". Vingt-sept blessés ont dû être hospitalisés, d'après l'agence de presse officielle Mena.

Selon Mohammed al Saïd, représentant d'un des mouvements à l'origine de l'occupation de la place emblématique du Caire, des jeunes ont tenté de s'infiltrer parmi les manifestants qui demandent le transfert du pouvoir aux civils.

La télévision officielle rapporte que les échauffourées ont opposé des vendeurs ambulants à des jeunes manifestants. Sur son compte Twitter, Mohamed ElBaradeï a écrit: "Des voyous attaquent les protestataires de Tahrir. Un régime incapable de protéger ses citoyens est un régime incapable d'assurer sa première mission."
Service d'ordre

Sous le règne d'Hosni Moubarak, le terme de "voyou" était fréquemment utilisé pour désigner les éléments favorables au pouvoir qui perturbaient les élections, ou encore ceux qui ont chargé les manifestants à dos de chameau pendant la révolution du Nil qui a conduit au départ de l'ancien raïs le 11 février.

Au moins dix coups de feu ont été entendus près du Musée égyptien, non loin du campement des manifestants sur la place Tahrir, où le calme était revenu jeudi dernier grâce à une trêve conclue entre forces de l'ordre et protestataires après cinq jours d'émeutes qui ont fait 42 morts dans tout le pays.

Selon Mohamed al Saïd, les manifestants qui campent place Tahrir depuis le 18 novembre pour demander le transfert des pouvoirs aux civils ont mis sur pied un service d'ordre pour "protéger les gens et les familles" des jeunes casseurs.
Si la place Tahrir a été le théâtre de violences, la première phase des élections législatives lundi et mardi s'est déroulée dans le calme. 

 

Les islamistes semblaient se diriger mercredi vers une victoire aux élections législatives égyptiennes, selon les résultats préliminaires du décompte des votes de la première phase du scrutin.

 

Initialement prévus mercredi soir, les résultats du vote de lundi et mardi, qui a été connu une mobilisation inédite dans l'histoire de l’Égypte, seront finalement rendus publics jeudi soir, selon la Haute commission électorale (HCE).

Mais les Frères musulmans, la force politique la mieux organisée du pays, ont d'ores et déjà annoncé que leur façade politique, le Parti de la liberté et de la justice (PLJ), était en tête selon des résultats préliminaires du premier tour du scrutin.

"Les premiers résultats obtenus depuis le début du dépouillement montrent que les listes du Parti de la liberté et de la justice arrivent en tête, suivies par le parti al-Nour (salafistes) et le Bloc égyptien (coalition libérale)", a indiqué le PLJ dans un communiqué.

 

Si cette tendance venait à être confirmée pour les prochaines étapes du scrutin, les Frères musulmans deviendraient la première force politique en Égypte, après avoir été bannis et réprimés pendant des décennies sous le président déchu Hosni Moubarak.

La confrérie exige que la majorité parlementaire forme le prochain gouvernement, qui "sera un gouvernement de coalition" selon le président du PLJ, Mohammad Moursi, cité par le site du parti.

La confrérie ne revendique pas ouvertement un "État islamique", mais son ascension politique inquiète les milieux laïques et coptes (chrétiens d’Égypte). Les islamistes ont déjà été les grands vainqueurs des élections qui se sont tenues récemment en Tunisie et au Maroc dans la foulée du Printemps arabe.

 

Chaque phase du scrutin égyptien se déroule sur deux tours dans un tiers des 27 gouvernorats du pays le plus peuplé du monde arabe, avec plus de 80 millions d'habitants et la dernière phase des législatives doit s'achever le 11 janvier et sera suivie d'élections pour la Choura (Chambre haute consultative).

Le premier tour des élections s’est tenu dans neuf gouvernorats, notamment les deux plus grandes villes du pays Le Caire et Alexandrie. Il a été salué comme un "test de la démocratie" réussi et s'est achevé sans accroc, après deux semaines de manifestations massives hostiles aux militaires émaillées d'affrontements meurtriers.

La presse locale note toutefois des tentatives d'intimidation de la part des islamistes. Al-Chourouq (indépendant) a ainsi soutenu que des islamistes à Louxor et Assiout (sud) ont "menacé de déclarer infidèle toute personne votant pour le Bloc Égyptien", dont le magnat copte Naguib Sawiris est le chef de file.

 

La campagne électorale avait été éclipsée par une poussée de contestation du pouvoir militaire, émaillée ces derniers jours de violences qui ont fait 42 morts et plus de 3.000 blessés.

Si la mobilisation, notamment sur l'emblématique place Tahrir au Caire, s'est tassée lors du scrutin, elle devrait rependre avec de nouveaux appels lancés pour deux manifestations rivales vendredi, l'une favorable, l'autre hostile au pouvoir militaire.

 

Les "comités populaires pour la défense de la révolution égyptienne" ont appelé à un rassemblement à Tahrir pour rendre hommage "aux martyrs" tués dans les récentes violences.

De son côté, "l'Union des mouvements de la majorité silencieuse", favorable à l'armée, a également appelé à manifester sous le slogan "le vendredi du soutien à la légitimité", sur la place d'Abbassiyah, près de Tahrir.

 

Sous la pression de la rue, le chef de l'armée, le maréchal Hussein Tantaoui, avait annoncé une date butoir -juin 2012- pour la tenue de l'élection présidentielle après laquelle le pouvoir serait transféré à une autorité civile.

Le futur Parlement devra nommer une commission chargée de rédiger une nouvelle Constitution, une étape décisive dans la transition du pays vers la démocratie promise.

Les risques d'instabilité demeurent en raison de la longue durée du processus électoral et les incertitudes de la période post-électorale.

 

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