Les Yéménites (en haut, photo GAMAL NOMAN/AFP), les Jordaniens (en bas à gauche, photo KHALIL MAZRAAWI/AFP) et les Égyptiens (en bas à droite, photo MOHAMED HOSSAM/AFP) unis par une même volonté, mûs par une même colère.

 

Le printemps arabe ne se fane pas. La volonté des contestataires ne faiblit pas. Six mois après la naissance du mouvement de contestation, les manifestants semblent déterminés à poursuivre le chemin. Hosni Moubarak et Ben Ali sont tombés. Mais pour les Égyptiens comme pour les Tunisiens, cela ne suffit pas. Au Yémen et en Jordanie, le pouvoir tient bon, mais la ténacité des opposants reste forte. Ce vendredi, quatre capitales arabes ont été le théâtre d'un retour des manifestants dont les voix s'accordent pour un même chant revendicatif.

 

Acte I, Le Caire. Des milliers de manifestants se sont rassemblés vendredi à travers le pays pour une journée de mobilisation, point d'orgue d'une semaine de sit-in visant à obtenir un changement politique alors que la frustration des Égyptiens va grandissante face à l'armée qui tarde à réformer. Au Caire, des milliers de protestataires ont convergé vers la place Tahrir, épicentre du mouvement qui a renversé M. Moubarak en février. Les manifestants qui prenaient part à cette journée baptisée "vendredi du dernier avertissement" ont réclamé un plan clair et transparent pour la transition du pouvoir, accusant les militaires d'avoir une totale mainmise sur le pouvoir. Après être longtemps resté silencieux face à la colère de la rue, le Conseil Suprême des forces armées (CSFA) avait assuré mercredi soutenir la révolution et ses idéaux, lors de l'allocution télévisée d'un responsable de l'armée.

Le pouvoir égyptien a en outre cherché à apaiser la contestation en annonçant un report d'un à deux mois des législatives de septembre. Le ministre de l'Intérieur Mansour Issaoui a quant à lui annoncé le renvoi de plus de 650 hauts gradés de la police, dont de nombreux généraux, parlant du "plus grand remaniement de l'histoire des forces de police" en Égypte. Mais toutes ces assurances n'ont pas réussi à convaincre les protestataires: "Nous voulons que nos revendications soient prises en compte, c'est pour cela que nous restons sur Tahrir", a expliqué Ibrahim Aboul Kheir, 25 ans, membre du mouvement du 6-Avril, présent vendredi sur la place emblématique du Caire. Dans la ville de Suez, des centaines de manifestants ont défilé en appelant à la chute du maréchal Hussein Tantaoui, le chef du CSFA. Des centaines d'Égyptiens défilaient également dans les rues d'Alexandrie, a rapporté un photographe de l'AFP.

 

Acte II, Amman. Des policiers antiémeutes armés de bâtons ont affronté, vendredi 15 juillet, des centaines de manifestants qui tentaient d'installer un camp de protestation( sit-in ) dans le centre de la capitale jordanienne Amman, blessant au moins 15 personnes, dans ce qui constitue la plus violente confrontation à Amman depuis mars denier .La veille, le premier ministre jordanien avait averti qu'il ne tolérerait pas de sit-in à durée indéterminée dans la capitale. Le camp de protestation, une initiative de 11 groupes de jeunes, voulait imiter ceux qui se trouvent au coeur des soulèvements populaires en Tunisie ,en Égypte, au Yémen et dans d'autres pays du monde arabe.Les militants ont indiqué qu'ils tenteraient de nouveau d'installer leur camp samedi. Plusieurs journalistes et photographes ont été blessés dans ces affrontements , ce qui en a poussé certains à affirmer que la police les avait délibérément visés pour les empêcher de couvrir la manifestation.La manifestation a commencé après la grande prière du vendredi à Amman. Une échauffourée a d'abord éclaté entre quelques dizaines de manifestants et une trentaine de partisans du gouvernement qui tentaient d'empêcher la foule de se rendre sur une place du centre de la ville. Quelques minutes plus tard, la police antiémeute est intervenue, frappant les manifestants avec des bâtons. Quelque 1000 manifestants étaient alors présents, dont des membres des Frères musulmans.« Le peuple veut réformer le régime! » scandait la foule.Plusieurs journalistes ont été frappés par les policiers. Plus tôt dans la journée, la police avait distribué des vestes orange aux représentants des médias pour pouvoir les repérer parmi les manifestants.Mohammed Hannon, un photographe de l'Associated Press, a affirmé que les policiers l'avaient poussé et lui avaient tiré les cheveux. « Un policier m'a crié de ne pas prendre de photos », a-t-il raconté.Un porte-parole de la police, Mohamed Al-Khatib, a nié que les journalistes aient été intentionnellement visés. Al-Khatib a indiqué que sept policiers avaient été blessés, dont un à l'arme blanche. Une femme âgée de 50 ans a été frappée à la tête et a dû être transportée à l'écart.D'autres manifestations ont eu lieu ailleurs en Jordanie, où des citoyens ont appelé à la démission du premier ministre Marouf Al-Bahkit, nommé en février. Depuis six mois, des Jordaniens manifestent pour réclamer plus de place dans la vie politique du pays, inspirés par les révolutions en Tunisie et en Égypte. Les manifestations en Jordanie ont cependant été plus petites et plus pacifiques qu'ailleurs dans le monde arabe. Le premier ministre jordanien a annoncé jeudi à la télévision nationale que même s'il respectait le droit des citoyens à manifester pacifiquement, il ne tolérerait pas de sit-in indéfini dans la capitale.En mars, de jeunes militants qui avaient tenté d'installer un camp de protestation à Amman avaient été attaqués par des fidèles du gouvernement et des policiers antiémeutes. Une personne avait été tuée et des dizaines d'autres avaient été blessées.

 

Acte III, Sanaa. Les opposants au président yéménite Ali Abdallah Saleh et ses partisans ont également manifesté à Sanaa et dans plusieurs autres villes du pays. Les contestataires ont exigé un établissement d'un "État civil" au Yémen, après un appel controversé d'un religieux influent, cheikh Abdel Majid al-Zindani, à la mise en place d'"un État islamique" dans le pays. Les partisans du régime ont, pour leur part, appelé à des manifestations de "remerciements et de gratitude" au roi Abdallah d'Arabie saoudite, où M. Saleh est hospitalisé depuis le 4 juin après avoir été blessé dans une attaque contre son palais à Sanaa. Trois militaires et sept civils ont été tués tandis qu'au moins 37 autres Yéménites ont été blessés vendredi à Taëz, une ville du sud-ouest du Yémen où s'affrontent partisans et adversaires du régime, selon des sources de sécurité et des témoins. Le colonel Ahmed Razzaz, chef de la sécurité dans le secteur nord de Taëz, ainsi que ses deux gardes du corps ont péri dans une embuscade tendue par des combattants armés tribaux hostiles au régime, a précisé la source de sécurité. En outre, sept personnes, quatre combattants tribaux armés et trois civils, ont été blessées dans une embuscade dans le quartier Charab al-Rona à Taëz, selon des témoins. L'incident est survenu alors qu'une vive tension règne dans la ville de Taëz, l'une des premières à s'être soulevées contre le régime du président Ali Abdallah Saleh en janvier dernier.

 

Acte IV, Tunis. La police tunisienne a tiré des gaz lacrymogènes pour disperser des manifestants autour de la place de la Kasbah, le siège du gouvernement à Tunis, a-t-on appris auprès de témoins. Les premiers protestataires étaient arrivés dès le matin de province pour participer à ce sit-in. Les tirs de lacrymogènes ont eu lieu lorsque des centaines de personnes se sont jointes à la manifestation après la prière du vendredi, selon ces témoins. Des véhicules blindés barraient toutes les issues conduisant à la place du gouvernement, autour de laquelle des hauts barbelés étaient érigés. Plusieurs corps de police appuyé par des militaires étaient postés sur la place, en amont et en aval, formant des cordons infranchissables. D'importants renforts étaient également visibles dans le centre de la capitale tunisienne. Ce sit-in, largement relayé sur les réseaux sociaux, avait divers mots d'ordre, dont la démission des ministres de l'Intérieur et de la Justice et la condamnation des auteurs d'exactions pendant la révolution.
"Nous venons pour une manifestation pacifique, nous n'avons rien contre vous", a lancé aux policiers Ziyad, un jeune enseignant venu de Kelibia (120 Km de Tunis). "Nous ne voulons pas la chute du gouvernement, mais il doit cesser de faire appel aux cadres du parti de Ben Ali qui ont repris du service", a-t-il ajouté du haut d'une tribune improvisée. "Personne n'a le droit de confisquer la révolution du peuple", criait une jeune fille en foulard. Depuis la chute du régime de Ben Ali, les manifestations et sit-in se sont multipliés en Tunisie.

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" Printemps des Peuples "

Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent
 
Tunisie, Algérie, Egypte, Jordanie, Yémen... L’histoire ne se répète jamais à l’identique, mais elle se répète. Et si trop de facteurs différents la déterminent entre ici et là, entre un siècle et l’autre, rendent unique chacun de ses évènements, tourments, pulsions, sursauts, bouleversements, assez d’éléments, de causes et d’effets se ressemblent, pour que l’on en tire d’utiles leçons. Aussi, pour n’être que lointaine, la parenté entre le Printemps des Peuples en 1848 et les évènements qui, partis de Tunisie, secouent aujourd’hui le monde arabe, n’en est pas moins évidente. Et les enseignements que l’on peut tirer au sud de la Méditerranée de ce qui se passa il y a 163 ans à son septentrion, sont nombreux, le premier à retenir étant que ceux qui animent les peuples ne doivent jamais relâcher l’attention et la pression. Trop facilement en effet, dès quelques satisfactions mineures (alimentaires et culturelles) obtenues, les masses inertes, égoïstes et craintives, galvanisées un instant, refluent, pour laisser aux renards occuper l’espace ouvert par les nouvelles libertés de circulation et d’alimentation dans le « poulailler » national.
 
 Giulio-Enrico Pisani

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