Algérie : libération de manifestants à Laghouat où la tension persiste au 8e jour de la protestation 12.01.12

Publié le par printempsdespeuples44

 

Face aux policiers qui gesticulaient avec leurs matraques, les jeunes brandissaient des photos du président de la République et offraient des fleurs aux policiers.

 

Décor de révolte à Laghouat. Depuis la matinée d'hier, Laghouat est encerclée par les forces de l'ordre aux aguets. Des policiers en civil, des forces antiémeute ont été mobilisées pour contenir l'ire des citoyens qui ne décolèrent pas depuis une semaine.

C'est dire que dès les premiers jours de 2012, Laghouat et d'autres villes pétrolières et gazières comme Skikda ou Ouargla, sont devenues le théâtre inspiré de manifestations pacifiques. Des manifestations, il faut le souligner, exemplaires. Elles sont organisées par de jeunes chômeurs, déterminés depuis plus de six jours, dans la dénonciation d'injustices socioéconomiques criantes. L'origine du mécontentement à Laghouat, ou plutôt la goutte qui a fait déborder le vase: la distribution de logements. Catégoriques, les citoyens maintenaient leur mot d'ordre, en l'occurrence l'annulation de la liste des bénéficiaires de logements sociaux et le départ du wali Yousef Cherfa auquel ils reprochaient d'avoir échoué dans la gestion des affaires de leur wilaya, souffrant le martyre. «Nous refusons de rentrer chez nous tant que le premier responsable de la wilaya demeure encore à son poste», a soutenu Ahmed, un jeune de 28 ans, avant de souligner que «nous demandons aux hautes autorités du pays d'ouvrir une enquête sur ceux qui ont confectionné la liste des 94 bénéficiaires de logements sociaux». Un jeune brandissait une photocopie de la liste des bénéficiaires de ces logements, sur laquelle on y lit 27 noms de la même famille. Notre interlocuteur Ahmed a souligné que «cette liste suffit, à elle seule, pour introduire en justice plusieurs responsables de la wilaya, qui sont, explique-t-il, à l'origine de leur colère». Lui emboîtant le pas, un autre jeune Mohamed, sirotant un thé, ajoute: «Hier, la police s'est montrée sans pitié avec nous. Elle tabassait et s'attaquait à tout le monde même aux badauds. Les policiers ont arrêté 40 personnes. Et dans les bureaux du commissariat, nous étions insultés et intimidés». Et de poursuivre: «Les brigades antiémeute ont tenté difficilement de disperser les émeutiers» dénonce-t-il avant de prévenir qu'«aujourd'hui nous allons marcher jusqu'à la wilaya pour exiger le départ du wali et l'annulation de sa liste des logements. Nous attendons juste l'arrivée et le regroupement de tous les jeunes».
Vers 11 heures du matin, des groupes de jeunes investissaient la Cour de la libération, située au coeur de la ville de Laghouat. Ces derniers refusaient de prêter attention aux provocations de la police. Ils se sont même montrés plus rusés et plus stratégiques en matière d'organisation. Car, face aux policiers qui gesticulaient avec leurs matraques, les jeunes protestataires brandissaient des photos du président de la République et offraient des fleurs aux policiers. Des centaines de travailleurs de tous les secteurs (fonctionnaires, transporteurs, professeurs) ont participé à une grève générale en signe de solidarité. Ces derniers ne comptent pas s'arrêter avant que leurs revendications ne soient prises en considération. Le mouvement de protestation sera encore ouvert, à en croire les contestataires. À midi, la Cour de la libération a rassemblé environ deux mille citoyens. Ils ont crié leur colère et appelé au départ du wali, tout en chantant des slogans de soutien au président de la République. L'accès au siège de la wilaya a été fermé par des centaines de policiers. Il n'y a pas eu d'arrestations comparativement à hier.
Ceux qui ont été arrêtés la veille, ont été tous libérés tard dans la nuit. Cette mesure d’apaisement, dont ont bénéficié plus dune trentaine de personnes adultes, outre des mineurs, est intervenue mardi soir à l’issue d’une réunion présidée par le wali et regroupant les représentants locaux des corps de sécurité et ceux des protestataires, a précisé M. Smaïl Medekken, cité par l'agence de presse APS. Mais la tension est toujours perceptible dans les  rues de cette ville du sud du pays. Les manifestants sont toujours vent debout non seulement contre les élus qui ont concocté les listes de bénéficiaires de logements mais aussi les services de sécurité qui ont fait montre d'une brutalité lors de l'interpellation mardi de dizaines de manifestants. Si quelques autorités appellent au calme, le problème du favoritisme dans l'attribution des logements demeure.

«Les habitants de Laghouat ont subi la réponse par la force pour avoir osé manifester leur mécontentement et demandé légitimement la reconnaissance de leurs droits», se plaint un citoyen qui a refusé de décliner son nom de peur de représailles. «Il y a des centaines de policiers en civil qui prennent des photos et écoutent tout» dit-il. La nature des manifestations, composées essentiellement de jeunes chômeurs, est donc intimement liée à ces difficultés socioéconomiques auxquelles les autorités locales n'ont pas accordé une grande importance.
Laghouat n'est pas une exception, bien d'autres villes ont la même configuration, mais elle vient de montrer en ce début d'année un exemple de la voie à suivre pour le changement pacifique.

Des bénéficiaires de logements indus

Les membres de l’Assemblée de la wilaya de Laghouat ont appelé le wali à procéder à l’annulation de la liste contestée des bénéficiaires des 190 logements destinés à la résorption de l’habitat précaire et à poursuivre les auteurs des éventuels dépassements qui auraient entaché son élaboration, selon l'agence APS. Des manifestants étaient toujours rassemblés mercredi sur une place de Laghouat pour réclamer le départ du wal et du chef de la sécurité  ainsi que l'annulation de la liste de logements contestée, selon la même source. "25 personnes d'une même famille ont bénéficié de logements neufs alors qu'ils ne sont pas dans le besoin, on veut que tout soit annulé", s'insurge un manifestant.

Dans cette ville, une grève avait été lancée dès dimanche à l'appel de dizaines d'habitants qui contestent cette liste.

Des incidents ont opposé également mercredi à Baraki, dans la banlieue sud d'Alger les forces de l'ordre à des manifestants qui réclamaient de meilleurs logements, ont indiqué à l'AFP des habitants de ce quartier populaire Des dizaines de jeunes ont bloqué pendant plusieurs heures la circulation automobile sur un axe routier très fréquenté, provoquant un énorme embouteillage, pour protester contre leur exclusion d'un programme de relogement destiné à des familles vivant dans des habitations précaires, selon ces sources.

Plus d'un million de logements ont été promis par le président Abdelaziz Bouteflika pour le plan quinquennal s'achevant en 2014, mais le rythme des constructions est lent et les accusations d'abus et de corruption sont nombreuses. En Algérie, la distribution de logements sociaux donne souvent lieu à des contestations, parfois à des émeutes.

Annulation « provisoire » des listes d’attribution de logements

Le wali de Laghouat, Youcef Cherfa, a décidé, mercredi 11 janvier, d’annuler «provisoirement » et « à titre conservatoire » les listes des bénéficières de logements sociaux, à l’origine d’un large mouvement de contestation entamé, depuis plus d’une semaine, par des demandeurs de logements.

Depuis l’affichage, le 2 janvier dernier, des listes contestées par une partie des demandeurs de logements, Laghouat est sous tension. Les listes annulées « provisoirement » concernent 194 familles des bidonvilles de Lefrane et El M’hafir, selon l’instruction écrite émise par le wali, dont El Watan a pu se procurer une copie.

L’instruction prévoit, en outre, le maintien dans leur logement des familles ayant bénéficié de décisions d’attribution, et ce jusqu'à l’achèvement des enquêtes administratives diligentées par les autorités locales il y’a quelques jours.

Le premier responsable de la wilaya de Laghouat a également instruit les directeurs du logement (DLEP), de l’urbanisme (DUC) ainsi que le directeur de l’Opgi et le chef de daïra de lui établir la liste des indus bénéficiaires.

L’instruction autorise également l’expulsion de toute personne reconnue formellement comme non éligible au logement sociale. Des poursuites
judicaires seront, par ailleurs, engagées à l’encontre des personnes ayant fourni de faux documents pour bénéficier de l’opération de recasement, lit-on dans le même document.

Cette mesure d’apaisement, prise sous la pression des protestataires, intervient moins de 24 h après la libération d’une trentaine de jeunes
arrêtés mardi dernier par la police.

La place de la Grande poste, à Laghouat, a de nouveau été occupée par des dizaines de manifestations, dans la matinée du jeudi 12 janvier.

Plusieurs d’entre eux estiment que la décision prise par le wali est «insuffisante», réclamant l’annulation pure et simple des lites d’attribution.

 

 

Les habitants de Derb affrontent la police

 

Les policiers ont dispersé les protestataires pendant que ces derniers, tout en se repliant dans les entrailles de Derb, les caillassaient.

Ça chauffe sérieusement dans la deuxième capitale du pays. La commune d'Oran entame la nouvelle année sous le rythme des affrontements et des échauffourées. La cause principale est le logement tandis que les acteurs principaux ne sont autres que les habitants du quartier populaire de Derb. Ces derniers sont sortis dans la rue pour revendiquer des mesures réelles et effectives quant à leur droit au logement. Plusieurs dizaines d'habitants, dont des bénéficiaires de logements par voie de pré-affectation, se sont dirigés hier matin vers le siège de la commune d'Oran pour protester contre la décision mise en oeuvre par la wilaya d'Oran, leur affectant des logements sur la base d'un simple papier administratif.
Les protestataires ont expliqué leur présence sur les lieux par le fait qu'ils ne peuvent plus prendre leur mal en patience vu qu'ils vivent sous la menace permanente des effondrements et les dégâts qui s'ensuivent. «Notre situation est grave, nous ne pouvons pas patienter encore 2 ans», a indiqué un habitant de Derb.
Mais ce qui a motivé ces derniers à monter au créneau est ce qu'ils continuent de qualifier «de promesses non tenues» du wali d'Oran. «Il s'est engagé à ce que nous fêtions deux fêtes, la première est celle de notre relogement tandis que la seconde est celle l'Aïd El Seghir, et depuis, rien hormis un petit papier», a déploré un autre occupant d'une vieille bâtisse du même quartier. Les ayant dignement accueillis, les responsables locaux, tout en orientant les contestataires vers la daïra d'Oran, leur auraient signifié que la question dépassait leurs prérogatives. Et de là, les dégâts ont commencé, les présents ont caillassé le siège de la commune. Celle-ci a aussitôt procédé à la fermeture de ses portes tout en attendant l'arrivée des renforts des services antiémeute. Ces derniers ne tardèrent oas à se pointer à la place d'Armes. Sur le champ, ils ont procédé à la dispersion des protestataires sous les coups de matraques pendant que ces derniers, tout en se repliant dans les entrailles de Derb, les caillassaient. L'affrontement, qui a commencé dans le début de l'après-midi d'hier, s'est soldé, selon des témoignages recueillis sur place, par l'interpellation de 4 personnes dont un membre du «comité d'organisation du Festival international de l'habitat précaire». Cette «festivité» informelle, qui a survécu jusqu'au début des affrontements d'hier, a été anéantie par les policiers venus en renfort arrachant et déchirant les pancartes affichés sur le mur d'enceinte de l'APC d'Oran. A l'heure où nous mettons sous presse, les habitants de Derb se sont repliés dans leur quartier tandis que les policiers les pourchassaient, afin de les empêcher de gagner la ville, d'où le risque de la contagion au reste des quartiers. La station des bus du Boulevard Maata (ex-Valero) a été désertée dès les premiers coups de pierres tandis que les commerces environnants ont vite fait de baisser rideau. Pour l'heure, aucun blessé n'a été signalé mais au vu de l'impressionnant dispositif policier mobilisé et les centaines d'émeutiers qui se sont repliés à l'intérieur de Derb, cela n'augure rien de bon vu la colère des habitants du dit quartier.

 

 

Publié dans Algérie

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